Controverses sur le vote frontiste
Comment expliquer l’installation du Front national dans la vie politique française ? Faut-il s’attacher aux raisons politiques, sociologiques ? Derrière la difficulté à saisir le profil des électeurs frontistes, trois polémiques récurrentes opposent les analystes du vote, qui portent sur le vote ouvrier, le vote catholique et le vote périurbain.
Comment le Front national parvient-il à élargir progressivement sa base électorale ? Le parti de Jean-Marie Le Pen a réussi depuis longtemps à aller chercher des voix au-delà du noyau des nationalistes identitaires (droite vichyste, nostalgiques coloniaux, antigaullistes radicalisés, fascistes pathologiques…). La transmission familiale à Marine Le Pen a été l’occasion d’une dédiabolisation auprès de nouveaux électeurs. Mais qui sont-ils ? Leur profil a toujours paru difficile à cerner. D’une part, l’adhésion au vote FN a longtemps été sous-déclarée dans les enquêtes électorales. D’autre part, ce vote exprime un comportement politique de rupture, difficile à appréhender dans les catégories habituelles de l’analyse politique. Mais au lieu de parler, avec une stupeur feinte ou réelle, de « vague bleu Marine », comme si elle était « irrésistible », il faut essayer de comprendre la force électorale actuelle de l’extrême droite et pour cela explorer quelques controverses de l’analyse électorale.
Assiste-t-on à des adhésions temporaires ou à un élargissement progressif d’une base solide ? L’analyse électorale, qui mesure l’expression dans les urnes et non ses motivations, hésite toujours entre la thèse d’un vote de protestation et celle d’un vote d’adhésion. Le Front national a-t-il simplement repris la fonction tribunitienne, longtemps tenue par le parti communiste, ou a-t-il réussi à façonner une part des mentalités nationales1 ? Lors des dernières élections européennes, qui ont été un indéniable succès pour l’extrême droite, les enquêtes d’opinion montraient en même temps que les électeurs ne croyaient pas à l’efficacité des mesures préconisées par le Front national, en particulier la sortie de l’euro…
Incontestablement, le vote de rejet des partis de gouvernement, et conjoncturellement de François Hollande, se porte facilement sur le Front national, qui a toujours tenu un discours antisystème. Mais n’est-ce pas se rassurer à bon compte de ne voir dans le vote FN qu’un exutoire au malaise économique et social ? Il n’est pas si facile de cerner cet électorat frontiste : fidèle ou frivole, en progression ou stabilisé, rivé à une culture minoritaire ou s’élargissant progressivement vers une majorité politique ? Ces questions donnent lieu à des polémiques en série parmi les analystes du vote. Elles sont d’autant plus sensibles qu’elles invitent à suivre des lignes de faille de la société française, des évolutions sous-estimées, des ruptures déniées, des souffrances inexprimées. L’évolution des appartenances sociales, des références culturelles et de la continuité de notre espace national est au centre des querelles d’interprétation autour des électeurs frontistes.
L’interprétation du vote FN est rendue difficile par sa connivence avec l’effacement des appartenances politiques qui s’exprime dans la volatilité électorale2. En effet, le vote FN est d’abord rendu possible par un mouvement de désaffiliation partisane. Une part importante des électeurs du Front national se recrute parmi les désaffiliés idéologiques : à l’approche des élections, ils hésitent entre l’abstention et le vote FN ; ils se sentent éloignés des partis de gouvernement (succession des « affaires », rejet des « élites »…) ; ils refusent de se situer sur une ligne gauche-droite classique3. Ce profil électoral est donc difficile à saisir et il nourrit trois grandes controverses, souvent passionnelles, qui portent sur des éléments emblématiques du paysage politique français : le vote ouvrier, le vote catholique, le vote périurbain.
La désaffiliation politique, facteur de modération ou de radicalisation ?
La volatilité électorale et la désaffiliation partisane sont deux expressions d’un phénomène plus global : le recul des deux grandes familles idéologiques, communiste et catholique, dont l’opposition structurait la vie politique (mais aussi culturelle et intellectuelle) française au siècle dernier. Or le recul de ces appartenances ne se traduit pas dans les deux cas par des évolutions analogues. Le recul du vote ouvrier ne produit pas les mêmes effets que celui du vote conservateur catholique.
En ce qui concerne le vote ouvrier, un double phénomène à l’œuvre. D’une part, le nombre d’ouvriers au sein de la population active est en baisse. D’autre part, le soutien des ouvriers à la gauche disparaît progressivement dans les années 1980 et 1990, ce qui conduit à l’échec de Lionel Jospin en 2002 comme à celui de Ségolène Royal en 20074. Symétriquement, on observe une progression du vote ouvrier favorable à l’extrême droite. Mais cela ne veut pas dire que les ouvriers qui votaient à gauche se prononcent désormais pour le Front national5. En effet, le vote frontiste n’est pas le fait de tous les ouvriers, il est plus marqué chez les ouvriers de droite, qui apparaissent désormais plus favorables à l’extrême droite qu’à la droite modérée. On observe en outre un phénomène générationnel. Les ouvriers socialisés dans les années 1960 gardent une culture politique marquée par la gauche. Ce sont les nouvelles cohortes arrivées dans le monde ouvrier depuis les années 1990 qui votent plus facilement pour le Front national6.
Enfin, les conditions de travail, de plus en plus différenciées en fonction du type de contrat (stable/précaire), du temps de travail (temps complet/temps partiel), du type d’employeur (grandes marques/sous-traitants), expliquent un écart de comportement entre les ouvriers spécialisés qui se situent dans une trajectoire d’agrégation aux classes moyennes et les non-qualifiés, qui occupent des emplois, notamment de manutention, dans les services, et qui sont isolés, coupés de la culture ouvrière organisée et par conséquent très loin de toute « conscience de classe », plus touchés par l’abstention et une éventuelle radicalisation. En 2012, les ouvriers précaires se sont largement abstenus. Quand ils ont voté, cependant, ils ont préféré le candidat socialiste. Mais les ouvriers non précaires ont voté à 36, 8 % pour Marine Le Pen7, un vote largement motivé par la peur du déclassement8.
Quand le vote communiste se décompose, comme dans les anciens bassins industriels, il laisse donc place à l’abstention ou à la radicalisation9. Cela se traduit bien dans la géographie électorale, qui exprime les évolutions lentes de l’électorat. Le Front national ne progresse pas de manière homogène partout : il est plus présent dans le Sud-Est, où la mémoire des guerres coloniales est vive, dans le Nord et l’Est, où la désindustrialisation a laissé la classe ouvrière orpheline, mais il reste relativement plus faible dans les zones économiquement bien reliées aux opportunités de l’ouverture européenne et internationale (grand Ouest et métropoles10).
Au contraire, en ce qui concerne le vote catholique, il apparaît que sa décomposition favorise plutôt les partis de gouvernement, y compris à gauche, comme en témoigne par exemple l’évolution du grand Ouest : à mesure que le vote catholique de droite y a reculé, c’est le socialisme modéré qui a gagné des votes, et le vote FN est resté faible11. Quand on regarde la géographie électorale, le vote catholique, rétif aux extrêmes, apparaît à double détente. En effet, on constate à la fois un recul et une réaffirmation du vote catholique12.
D’une part, l’ancrage géographique de longue durée du vote catholique se défait. Celui-ci avait trois caractéristiques dont les effets s’atténuent progressivement : il était marqué par le degré de distance à la capitale et exprimait dans la longue durée, parfois depuis la Révolution, une résistance notable et provinciale au centralisme parisien (cas typique de la Vendée) ; il s’inscrivait également en creux par rapport à la carte du vote ouvrier, ce qui traduisait la distance sociale du catholicisme des xixe et xxe siècles à la question ouvrière ; il exprimait enfin le maintien d’un vote rural. Là où ce vote traditionnel disparaît, ou plutôt là où il se délie d’une appartenance au catholicisme pratiquant, il laisse place à un ensemble de comportements politiques plutôt légitimistes et modérés.
Cependant, la sociologie du catholicisme évolue et apparaît désormais plus directement corrélée à des catégories socioprofessionnelles favorisées, qui vivent plutôt en ville et dans les zones les plus aisées de la banlieue parisienne. D’où l’apparition d’un nouveau vote catholique, plus urbain, plus proche de la capitale, sensible au discours sur les valeurs (type « manif pour tous ») mais, par ancrage professionnel, plutôt hostile au discours de fermeture des frontières.
Ce nouveau vote catholique sera-t-il aussi hermétique que l’ancien aux thèses du Front national ? La réponse à cette question est complexe car une reprise du discours sur les valeurs peut séduire des catholiques au profil sociologique plus conservateur, surtout chez les jeunes. Mais la doctrine économique protectionniste du Front national, qui associe la xénophobie et le rejet de l’Europe, ne les convaincra pas.
Le Front national peut-il faire la synthèse entre un vote de colère populaire ou d’inquiétude des classes ouvrières industrielles menacées par le chômage et des milieux catholiques bourgeois séduits pas la défense de la laïcité et par un discours d’autorité ? Cela supposerait qu’il devienne un parti « attrape-tout », à l’idéologie nécessairement composite. Mais ne perdrait-il pas alors son positionnement « hors système » qui fait sa force d’attraction ?
Quelle France invisible ? Le territoire français et la mondialisation
Cette analyse électorale repose sur un présupposé, peut-être périmé, selon lequel on pourrait encore opérer, au sein de la population française, de grands partages par familles idéologiques ou sociologiques : ouvriers/bourgeois, laïques/catholiques, urbains/ ruraux, Paris/province, etc. Or l’émergence du Front national est peut-être précisément liée à l’effritement de ces appartenances et à l’émergence de modes d’identifications politiques inédits et méconnus. C’est le sens d’un deuxième grand débat de géographie électorale qui s’est développé ces dernières années, centré sur la question périurbaine, c’est-à-dire sur une France marginalisée, invisible et inaudible, qui trouverait dans le vote FN l’occasion d’exprimer le malaise d’une condition sociale ignorée13.
Qu’est-ce que le vote périurbain ? Des analyses de la géographie électorale ont mis en avant les différenciations des votes à l’échelle urbaine14. On constate en effet schématiquement une distribution remarquable des votes de manière concentrique : dans les villes centres, où la population est mélangée mais plutôt aisée (par exemple, le 3e arrondissement de Paris a eu le plus faible taux de vote FN aux législatives de 2012), le vote FN est faible. Ensuite, dans la proche banlieue (la première couronne parisienne, par exemple), le vote FN n’est pas tellement plus élevé. Quand on s’éloigne de la ville, on retrouve le vote rural, modéré, où le Front national s’implante peu. Mais le vote FN explose dans l’entre-deux, entre la banlieue proche et le rural profond. Comment expliquer cette différenciation spatiale du vote, et surtout comment expliquer cette surreprésentation du vote FN dans ces communes en général tranquilles du périurbain ?
Pour Jacques Lévy, on peut mettre en cause un type d’urbanisme où le « gradient d’urbanité » décline dramatiquement : en centreville, l’« urbanité » fait son office et rend les esprits ouverts et tolérants, alors que dans le périurbain les équipements publics sont insuffisants, les temps de transport épuisants, l’investissement immobilier peu rentable, l’enclavement complet en cas de chômage. Tout cela favoriserait un repli sur soi, choisi ou subi, poreux aux discours victimaires et xénophobes du Front national15.
Pour Christophe Guilluy, on valorise trop l’esprit métropolitain et le métissage de la banlieue, qui ont partie liée entre eux dans leur articulation aux flux de la mondialisation. On n’a pas voulu entendre le malaise exprimé par les nouveaux invisibles de la représentation politique, ceux dont la plainte n’est plus légitime (« petits Blancs ») aux yeux des élites urbaines et qui n’auraient d’autre exutoire au malaise économique et à la colère que le vote FN. Après la souffrance des banlieues, le mal de vivre pavillonnaire… Avec l’étalement des villes, le développement périurbain promettrait un bel avenir au Front national, notamment auprès des jeunes électeurs, chassés des centres-villes par l’explosion des prix de l’immobilier mais non éligibles aux logements sociaux des premières couronnes, réservés aux pauvres et aux immigrés (cet électorat serait, de ce fait, très sensible à la critique de l’« assistanat »).
Cette lecture, qui a le mérite d’introduire dans le débat une dimension spatiale nouvelle et permet de rendre compte de situations de surreprésentation du vote FN dans certaines communes périurbaines, connaît un fort engouement médiatique. Elle permet de répondre à cette énigme récurrente de l’analyse électorale : pourquoi observe-t-on un fort vote d’extrême droite dans des communes de banlieues très tranquilles où ne vit aucun étranger ? La réponse se trouverait précisément dans cette forme de sécession résidentielle poussant les petites classes moyennes descendantes ou menacées de déclassement toujours plus loin des villes (c’est le phénomène bien connu des géographes et des urbanistes, de l’« étalement urbain »). Au lieu d’un contexte favorable à leur stratégie sociale, ils y découvriraient l’envers du rêve pavillonnaire : une qualité de vie minée par l’anomie sociale, le coût du transport, les faibles opportunités professionnelles.
Ce schéma de la « France périphérique » est critiqué par de nombreux géographes. Il apparaît tout d’abord trop homogène. Si elle peut résumer des situations locales, la grille géométrique opposant le centre à la marge ne peut pas faire l’objet d’une généralisation à l’ensemble du territoire national. L’analyse du vote FN montre que ce parti rassemble désormais des publics hétérogènes16 : on peut observer, dans certaines zones périurbaines, qu’il obtient de très bons scores dans des cantons aisés, où il correspond à un vote préventif anti-immigré, un vote de droite aisée radicalisée, pour laquelle l’entre-soi périurbain est tout à fait volontaire (et non le résultat d’une éviction subie par des petites classes moyennes en plein désarroi). Il existe en outre un vote FN de centre-ville, comme à Paris, où il est corrélé à une sociologie de droite traditionnelle, ou encore à Marseille, où le centre-ville vote FN plus largement que le périurbain. Les études électorales locales ne retrouvent donc pas sur le terrain la séparation métropole/périphérie censée tout expliquer dans le schéma de Christophe Guilluy17. Les métropoles ne sont pas des espaces unis, ni les banlieues des territoires homogènes. Tous les habitants des villes, et encore plus des banlieues, ne sont pas des gagnants de la mondialisation, même s’ils sont géographiquement plus proches des opportunités d’emploi liées au phénomène métropolitain.
De plus, Christophe Guilluy passe rapidement de l’analyse spatiale à des considérations sur un conflit de « valeurs » : il identifie un désir de « séparatisme culturel » qui pousse des Français à s’éloigner des banlieues où, affirme-t-il, la politique de la ville favorise en priorité les immigrés. Son discours sur les « perdants » de la mondialisation et les « victimes » du mépris social des urbains intégrés correspond à une rhétorique compassionnelle qui accepte naïvement la prétention du Front national à défendre les exclus de la représentation politique18. Enfin, il dramatise une séparation entre les métropoles et leur arrière-pays que d’autres géographes n’observent pas. Pour Laurent Davezies, il existe au contraire « une forte communauté de destin entre les villes et leurs hinterlands » : il est faux de présenter un développement métropolitain « hors sol » opposant des « intégrés centraux » et des « exclus péri -phériques ». En effet, les territoires « périphériques » ont un destin économique lié à la dynamique métropolitaine et, symétriquement, les métropoles qui se développent le plus sont celles qui ont un hinterland résidentiel attractif.
C’est pourquoi Laurent Davezies conteste les chiffres avancés par Guilluy, d’après lesquels, on peut estimer, en comptant la population qui se trouve en dehors des métropoles, que 64% de la population appartient à la France des fragilités sociales. Cela suppose de prendre toute la population rurale, néorurale, périurbaine et même urbaine (des petites villes) comme un tout, indépendamment des clivages sociaux, générationnels ou culturels qui la traversent. Il est abusif de compter tout habitant « périphérique » comme une victime économique et un marginal potentiel. Pour Laurent Davezies, les métropoles forment des systèmes bien intégrés avec leurs hinterlands (des systèmes productifs et résidentiels, Spr), qui regroupent en fait 80 % de la population : il ne faut donc compter, tout au plus, que 20 % de la population qui se trouve exclue du système métropolitain.
Au final, pour Laurent Davezies, « la fracture actuelle et prévisible n’est donc pas entre les métropoles et le reste du pays » mais entre les ensembles constitués par les métropoles et leur arrièrepays, dont le développement ou le déclin sont solidaires. Ce qui doit conduire à reconnaître les vraies difficultés des territoires qui sont « triplement pénalisés » au sens où ils rassemblent peu d’activités économiques, qu’ils bénéficient de peu d’investissements publics et qu’ils ne sont pas attractifs en termes de qualité résidentielle19. Le risque de rupture territoriale, reconnaît Davezies, existe bien mais il n’est pas là où le voit Guilluy : au lieu d’opposer métropoles et périphéries, en faisant l’éloge de l’autochtonie, mieux vaut se demander comment profiter de la dynamique métropolitaine. Il ne suffit pas d’identifier un malaise social « expliquant » le vote FN. Encore faut-il comprendre en quoi les dynamiques territoriales en cours pourraient fonctionner en faveur de l’intégration sociale, et non prôner un repli territorial contre le développement périurbain20.
Les failles françaises
Le parcours dans ces deux grandes controverses de l’analyse électorale a fait ressortir des questions qui renvoient à notre difficulté à analyser des évolutions profondes des formes d’appartenance à la société française (identités professionnelles, modes de vie, ancrages territoriaux…). Il apparaît trop facile d’identifier le vote extrême à un retour des exclus de la représentation sur la scène politique : ni les abstentionnistes négligés par les partis traditionnels, ni la classe ouvrière « trahie par la gauche », ni la France périphérique « méprisée par les élites » ne constituent des catégories convaincantes décrivant des comportements homogènes captés par le Front national.
On voit au contraire à l’œuvre de nouveaux comportements électoraux, faiblement articulés à des repères idéologiques ou historiques anciens. On voit s’inscrire dans la géographie nationale des dépendances complexes entre l’échelle locale et l’ouverture internationale. Enfin, on voit de nouvelles synthèses idéologiques se dessiner à droite, où une radicalisation ou une « fusion par la base », qui s’est encore observée aux élections sénatoriales, favorise l’extrême droite21. Le choix de Marine Le Pen de mettre en avant des thèmes très rassembleurs (protection sociale, laïcité…) permet de créer une porosité nouvelle avec la droite conservatrice, sans pour autant modérer son propre discours.
Mais l’élargissement de l’électorat du Front national fait aussi ressortir l’archaïsme de sa représentation unanimiste du peuple français. Son idéologie de l’unité de la nation, consolidée par la recherche du bouc émissaire, ne suffira pas à surmonter les intérêts contradictoires de ses nouvelles clientèles électorales, particulièrement volatiles. De ce point de vue-là, l’analyse que le Front national fait de la société française n’est pas plus réaliste que celle proposée par les autres partis. C’est pourquoi il faut retrouver une capacité de description de la société française, de ses failles et de ses contradictions, et ne pas se laisser impressionner par les appels aux « sans voix » et aux oubliés de la représentation qui retrouveraient leur pouvoir d’expression grâce au vote contestataire.
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Voir aussi sur notre site (www.esprit.presse.fr, rubrique Actualités, À la une) l’enquête lancée à partir d’un questionnaire sur l’installation du Front national dans la politique française.
- 1.
Les organes idéologiques de l’extrême droite, très divisés, restent marginaux et sont au bord du dépôt de bilan (Abel Mestre, « La progression du FN ne profite pas à la presse d’extrême droite », Le Monde, 6 octobre 2014). Il est vrai que simultanément des titres de droite plus classique ou des plumes « de gauche » ont nettement radicalisé leur discours.
- 2.
Erwan Lecœur, « À qui profite la crise des partis ? », Esprit, août-septembre 2013.
- 3.
Marc-Olivier Padis, « Vers une nouvelle alliance électorale à gauche ? », dans Olivier Duhamel et Édouard Lecerf, l’État de l’opinion 2013, Paris, Tns-Sofres/Le Seuil, 2013.
- 4.
M.-O. Padis, « Vers une nouvelle alliance électorale à gauche ? », art. cité.
- 5.
Voir les controverses autour de la thèse du « gaucho-lepénisme » de Pascal Perrineau. Il serait intéressant de disposer d’enquêtes sur le rapport entre militantisme syndical et vote frontiste.
- 6.
Florent Gougou, « Le FN, parti des ouvriers ? », Fondation Jean-Jaurès/Observatoire des radicalités politiques, intervention le 25 février 2014.
- 7.
Joël Combin, « Vote FN aux européennes : une nouvelle assise électorale ? », Fondation Jean-Jaurès/Observatoire des radicalités politiques, note no 9, 9 septembre 2014.
- 8.
Pour le débat sur le déclassement, voir notamment Camille Peugny, le Déclassement, Paris, Grasset, 2009 et Éric Maurin, la Peur du déclassement. Une sociologie des récessions, Paris, Le Seuil/La République des idées, 2009.
- 9.
Hervé Le Bras et Emmanuel Todd, le Mystère français, Paris, Le Seuil/La République des idées, 2013.
- 10.
« France, pouvoirs et territoires », Hérodote, no 154.
- 11.
Thierry Guidet, la Rose et le Granit. Le socialisme dans les villes de l’Ouest (1977-2014), La Tour-d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2014.
- 12.
Jérôme Fourquet et Hervé Le Bras, la Religion dévoilée. Nouvelle cartographie du catholicisme, Paris, Fondation Jean-Jaurès, 2014.
- 13.
Voir notre dossier « Tous périurbains ! », Esprit, mars-avril 2013, notamment Laurent Davezies et Christophe Guilluy, « La France périphérique et marginalisée : les raisons du ressentiment », et Jean Rivière, « Sous les cartes, les habitants. La diversité du vote des périurbains en 2012 ».
- 14.
Voir, par exemple, les travaux de Jacques Lévy ou de Christophe Guilluy, dont les interprétations sont opposées. Voir le débat qui entoure le nouveau livre de Christophe Guilluy, la France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Paris, Flammarion, 2014.
- 15.
Voir, par exemple, Jacques Lévy, « Cartogramme du vote Le Pen, 22 avril 2012 », Le Monde, 24 avril 2012.
- 16.
J. Gombin, « Vote FN aux européennes : une nouvelle assise électorale ? », art. cité.
- 17.
Voir J. Rivière, « Sous les cartes, les habitants. La diversité du vote des périurbains en 2012 », art. cité.
- 18.
Voir « Contre le populisme géographique de Christophe Guilluy dans la France périphérique » (www.prospectiveurbaine.fr), 28 septembre 2014, et Michel Lussault, « Mélancolie française », Tous urbains, Paris, Puf, no 4, janvier 2014.
- 19.
Laurent Davezies et Thierry Pech, « La nouvelle question territoriale », note Terra Nova, 3 septembre 2014.
- 20.
Voir Jacques Donzelot, « De quelle politique “l’égalité des territoires” est-elle le nom ? », Esprit, août-septembre 2012, et « De la ville industrielle à la ville des flux », Esprit, mars-avril 2013.
- 21.
J. Gombin, « Le personnel politique de proximité manifeste le rejet des grands partis », Libération, 30 septembre 2014.