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Michel SerresTEMPS DES CRISES
Paris, Le Pommier, "coll. « Manifeste »", 2009
84 p. p. 10,00 € S’arrêtant sur la signification du mot « crise » (de krinein : juger et donc prendre une ou des décisions) et revenant sur la crise financière de septembre 2008, Michel Serres met en scène les « six événements majeurs » dont elle est, selon lui, indissociable sur le court terme : un mouvement d’urbanisation généralisé et rapide, une prégnance des mobilités et des flux, un nouveau code de la santé et du bien-être, la place croissante du vieillissement, le rôle des connexions et la crise de la puissance (des États) qui exacerbe des formes de conflictualité non politique. Porté par ses analyses, Serres en évoque la « globalité » qui exige de renverser les rapports du fini et de l’infini : « Nous pensions, courageux, que notre histoire consistait à lutter sans cesse contre une force toujours plus haute et profonde que la nôtre. L’image se renverse : nous savons désormais que nous sommes infinis, de raison, de recherche, de désir et de volonté, d’histoire et de puissance, même de consommation, et que la nature, face à nous, est finie. » Mais cela implique de substituer de concert à la triade de G. Dumézil (Jupiter pour la religion, Mars pour la guerre, Quirinus pour l’agriculture) un nouveau jeu à trois et de respecter la « biogée » : « Le jeu à deux qui oppose le Maître contre l’Esclave, la gauche contre la droite, les verts contre les bleus… disparaît en partie dès lors que ce tiers intervient. Et quel tiers ! Le Monde soi-même ? Ici, la lise ; demain, le climat. L’eau, l’air, le feu, la terre, flore et faune, l’ensemble des espèces vivantes… Ce pays archaïque et nouveau, inerte et vivant que j’appelle la Biogée. » On ne peut que saluer la volonté de l’auteur de prendre au sérieux la multidimensionnalité de la crise et sa radicalité, mais on est moins convaincu par ce qui demeure chez lui une foi quasi religieuse en la science et par une appréhension par la très longue durée qui tendent à atténuer la force d’une analyse qui vise au contraire la discontinuité.
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