19 mars 2010

Un anniversaire

Emmanuel Mounier, une philosophie et une inspiration


Le fondateur d'Esprit est mort il y a soixante ans, le 22 mars 1950 : que signifie aujourd'hui l'anniversaire de sa disparition ?
La disparition de Mounier fut soudaine, laissant très incertain l'avenir de la revue qu'il avait contribué à fonder en 1932. La décision, pourtant, de poursuivre le travail de la revue au-delà de la figure de son premier directeur allait marquer rapidement l'identité d'une aventure collective capable de passer le relais de plusieurs générations. De fait, la longévité de ce projet intellectuel atteste du bien fondé de ce choix qui impliquait une forme d'émancipation vis-à-vis du personnalisme originel. Pour autant, la mémoire des débuts ne fut pas refoulée mais prit la forme d'une fidélité à une inspiration, le choix de lire le présent, de suivre les événéments éclairant notre relation à l'histoire, sans céder aux lectures réductrices ou instrumentales de la condition humaine.
Le numéro d'hommage publié en décembre 1950 témoigne précisément de cette double orientation, illutre le souci de poursuivre un engagement dans la Cité sans figer une doctrine de pensée. Dans ce numéro passionnant, nous donnons ici à lire en accès libre deux articles signficatifs, l'un de Paul Ricoeur sur le personnalisme (complété plus tard, dans un numéro de janvier 1983, par un autre geste de fidélité en forme d'adieu : "Meurt le personnalisme, revient la personne"), l'autre du philosphe Jean Lacroix (pressenti pour succéder à Mounier, il préfère laisser la place à Albert Béguin, moins réticent que lui à venir s'installer à Paris), qui voit précisément dans la figure de l'"éducateur" un maître qui rend libre (voir la colonne de droite).