Notes de lecture

La foi, épreuve de la vie. Guy Coq

Préface de Christian Bobin

février 2018

#Divers

Les mots « Dieu » et « foi » sont aujourd’hui illisibles, observe Christian Bobin dans sa lettre-préface. Pourtant, il est possible de devenir un athlète de l’espérance, soutient Guy Coq, qui incite même à s’y entraîner sans délai. En effet, « tout homme peut à tout âge devenir un héros, un saint, un sage digne d’immortalité ». Cependant, si l’on ne retenait que cette « illumination » roborative, on risquerait de manquer l’essentiel du propos qui porte sur « le travail de la foi » appréhendé comme une « recherche vitale » du sens de l’existence, qui a fini par placer l’auteur, épris de vérité et d’authenticité, devant une alternative radicale : « Le Christ ou la mort, il n’y a pas de troisième terme. » Afin de transcrire un cheminement spirituel personnellement vécu sous la menace permanente du doute et de l’angoisse, le récit-réflexion met en suspens « les mots lourds de la foi » ainsi que les rationalisations philosophiques et théologiques, pour se situer « au ras de l’expérience ». La foi est alors appréhendée comme un « retournement », selon l’image récurrente du livre, mais aussi un « appel » et un « saut » qui évoquent davantage la rupture et le risque que la plénitude accessible : « Au moment où je me déclare chrétien, je suis loin de l’être. » Nul dolorisme ne dicte cette considération que l’on croirait écrite par Mounier, puisque la foi est aussi reconnue comme un « désir » s’incarnant dans tout l’être. Il est vrai que si « la foi est l’instance suprême de la vie », peu de vies concrètes lui correspondent : « Je ne supporte pas la notion commune de témoignage qu’il est tentant de m’appliquer. » On s’interroge alors sur les motivations qui ont conduit l’auteur à relater l’effraction de la foi au détour d’une vie d’intellectuel très tôt engagé sur le plan politique contre les injustices sociales. La « foi falsifiée » de l’enfance, nourrie par la « haine de soi » et de la vie, s’avère déterminante pour cette compréhension. La terrible épreuve du croyant privé de certitude qui contribue à l’humaniser aux yeux du non-croyant, ainsi que celle du long temps nécessaire pour révéler l’humain à lui-même et lui permettre de tenter de vivre enfin sa foi sont les autres aspects de l’ouvrage qui met ainsi en pratique ce que l’auteur appelle « la foi dialogue ». Une foi toute laïque, en somme.

Isabelle de Mecquenem

Parole et Silence, 2012
186 p. 17 €