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Notes de lecture

Dans le même numéro

La catacombe de Molussie de Günther Anders

Traduit par Annika Ellenberger, Perrine Wilhelm et Christophe David - Préface des traducteurs et postface de Gerhard Oberschlick

mai 2022

Günther Stern (1902-1992) étudie la philosophie auprès de Husserl et de Heidegger, publie de nombreux articles dans la presse, jusqu’à ce qu’un rédacteur en chef lui demande d’en signer certains d’un pseudonyme « différent », « autre » : ce sera Anders ! Il épouse une étudiante de Heidegger, Hannah Arendt, dont il divorce rapidement. Il part aux États-Unis pour fuir le nazisme, écrit des scénarios pour Hollywood et travaille comme accessoiriste dans les studios, avant de revenir en Europe, où il vit de sa plume tout en militant activement contre l’armement nucléaire. Il est l’auteur d’une œuvre majeure que l’on découvre enfin en France grâce à de nombreuses traductions, dont L’Obsolescence de l’homme ([1956], L’Encyclopédie des nuisances, 2002).

En 1938, il publie en Allemagne son seul roman, La Catacombe de Molussie, qu’il commence à rédiger au début des années 1930, reprend lors de son exil en France en 1935 et termine aux États-Unis. Ce roman relate le dialogue qui se noue entre deux prisonniers, Olo et Yegusa, dans un pays imaginaire, la Molussie, dirigé par le dictateur Burru. Il s’agit d’une parodie du régime nazi qui contrôle alors l’Allemagne sous la férule du Fürher Adolf Hitler, auteur de Mein Kampf, que Anders et Arendt ont décortiqué avec un petit groupe de travail avant de devoir s’exiler. On pense aussi à la caverne de Platon, même si, ici, les deux prisonniers savent des choses sur le monde, la société, la politique

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
L’Échappée, 2021
570 p. 24 €

Thierry Paquot

Philosophe, professeur à l'Institut d'urbanisme de Paris, il est spécialiste des questions urbaines et architecturales, et participe activement au débat sur la ville et ses transformations actuelles. Thierry Paquot a beaucoup contribué à diffuser l'oeuvre d'Ivan Illich en France (voir sa préface à Ivan Illich, La Découverte, 2012), et poursuit ses explorations philosophiques du lien entre nature,…

Dans le même numéro

Patrimoines contestés

Depuis la vague de déboulonnage des statues qui a suivi l’assassinat de George Floyd, en mai 2020, la mémoire et le patrimoine sont redevenus, de manière toujours plus évidente, des terrains de contestation politique. Inscrire ces appropriations de l’espace urbain dans un contexte élargi permet d’en comprendre plus précisément la portée : des manifestations moins médiatisées, comme l’arrachement de la statue d’un empereur éthiopien en Grande-Bretagne, ou touchant à des strates d’histoire inattendues, comme la gestion de la statuaire soviétique, participent d’une même volonté de contester un ordre en dégradant ses symboles. Alors qu’une immense statue célébrant l’amitié russo-ukrainienne vient d’être démontée à Kiev, le dossier de ce numéro, coordonné par Anne Lafont, choisit de prendre au sérieux cette nouvelle forme de contestation, et montre que les rapports souvent passionnés que les sociétés entretiennent avec leur patrimoine ne sont jamais sans lien avec leur expérience du conflit. À lire aussi dans ce numéro : l’histoire, oubli de l’inconscient ?, le prix de l’ordre, pour une histoire européenne, les femmes dans l’Église, les réfugiés d’Ukraine et nos mélancolies secrètes.