Notes de lecture

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La Seconde Vie de Mahomet. Le Prophète dans la littérature, de Nedim Gürsel

septembre 2018

#Divers

L’image occidentale du prophète Mahomet est en général très négative aujourd’hui. Il n’en a pas toujours été ainsi, en tout cas dans la littérature, comme le montre Nedim Gürsel, directeur de recherche au Cnrs, surtout connu pour ses nombreux romans et essais. Durant les premiers siècles de l’islam, s’est certes installée en Occident chrétien une image peu flatteuse du prophète de l’islam, dont la représentation quasi scatologique de Mahomet fendu en deux dans la Divine Comédie est le témoin. De Voltaire, on retient surtout aujourd’hui Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète, mais d’autres textes sont beaucoup moins négatifs sur le «mahométisme», «sans doute plus sensé que le christianisme». Mais avec les romantiques – Goethe, Lamartine, Victor Hugo à un degré moindre… – le Prophète et son œuvre trouvent des défenseurs, voire des admirateurs, en particulier dans sa dimension «poétique». Renan loue Mahomet d’être resté un simple «humain» (contrairement au Christ) dont l’historicité est assurée, mais voit dans l’islam un fanatisme. Curieusement, quand le prophète «historique» est mieux connu, aux xixe et xxe siècles, il peut être loué ou critiqué, mais aussi devenir un personnage de roman désacralisé, où chaque fiction recrée ce qu’elle veut et comme elle veut. De Rilke à Marek Halter, en passant par Roger Martin du Gard, Driss Chraïbi, Assia Djebbar et d’autres, Mahomet devient le poète errant, le «Napoléon du ciel», l’homme du livre, l’amant (admirable) de nombreuses femmes… En dénonçant le fanatisme islamiste à travers un récit burlesque, les Versets sataniques de Salman Rushdie ont rompu avec cette vision plutôt favorable du Prophète. Et des voix de femmes s’élèvent aujourd’hui contre le sort qu’il leur a réservé, dans sa vie et son œuvre.

Cnrs, 2018
256 p. 20 €

Jean-Louis Schlegel

Philosophe, éditeur, sociologue des religions et traducteur.   Jean-Louis Schlegel est particulièrement intéressé par les recompositions du religieux, et singulièrement de l'Eglise catholique, dans la société contemporaine. Cet intérêt concerne tous les niveaux d’intelligibilité : évolution des pratiques, de la culture, des institutions, des pouvoirs et des « puissances », du rôle...

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