Notes de lecture

Dans le même numéro

Laisser partir de Philippe Bataille

janv./févr. 2020

Je pensais que le dernier supplice officiel dans notre pays, exposé sur la place publique et accepté dans un vaste consensus flou par la majorité des consciences du temps, était celui de Damiens le régicide, qui eut lieu en 1757 – les analyses de Michel Foucault sont devenues classiques. Mais en lisant ce dernier livre de ­Philippe Bataille, j’ai réalisé à quel point les malades de tous âges et sexes, victimes d’accidents tels qu’ils ou elles sont devenus tétraplégiques – troncs d’arbres morts avec seulement la faible circulation d’une sève minimale injectée par les machines médicales actuelles – pouvaient, à partir du moment où leur conscience restait en éveil, souffrir.

Une souffrance physique extrême et spécifique dont toute expression est empêchée par l’inertie d’une chair devenue seulement matière, dont tout signe de vie vivante s’est absenté, et qui transforme le sens du temps à venir en abîme du présent. Quand on souffre en effet, la seconde qui suit est sans fin, et de cette drôle d’éternité du présent devenu gouffre, seul un hurlement pourrait rendre compte. Mais ici toute expression du souffrir, cet élan ­tellement humain à bouger, crier quand ça va

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2019
120 p. 10 €

Véronique Nahoum-Grappe

Véronique Nahoum-Grappe est anthropologue et ethnologue. Elle a travaillé sur la violence, les rapports entre les sexes, la dépendance (notamment l'alcool, voir son livre Vertiges de l'ivresse. Alcool et lien social, Descartes et Cie, 2010). Tout en s'intéressant aux lieux de violence et de privation de liberté (camps de réfugiés en ex-Yougoslavie, prisons...), elle ausculte également les petits…

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L'universel est à nouveau en débat : attaqué par les uns parce qu'il ne serait que le masque d'une prétention hégémonique de l'Occident, il est défendu avec la dernière intransigeance par les autres, au risque d'ignorer la pluralité des histoires et des expériences. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Anne Lafont, fait le pari que les transformations de l'universel pourront fonder un consensus durable : elles témoignent en effet de l'émergence de nouvelles voix, notamment dans la création artistique et les mondes noirs, qui ne renoncent ni au particulier ni à l'universel. À lire aussi dans ce numéro : la citoyenneté européenne, les capacités d'agir à l'ère numérique, ainsi que les tourmentes laïques, religieuses, écologiques et politiques.