Notes de lecture

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L’Empire du non-sens. L’art et la société technicienne de Jacques Ellul

juil./août 2021

Essai prophétique, paru en 1980, dix ans avant la querelle française de l’art contemporain, L’Empire du non-sens est réédité par les éditions L’Échappée. Son auteur, le philosophe et théologien Jacques Ellul (1912-1994), articule non sans provocation la réflexion esthétique à l’analyse sociale, culturelle et anthropologique. Il en résulte un texte inclassable, radical, grâce à son approche par la Technique – soit les procédés et outils de l’industrie moderne (management, marketing, technologies numériques…) et l’idéologie d’efficacité qui préside à leur essor. Exit les fausses gloires. Se trouvent ici pourfendus les dévoiements artistiques, tour à tour, des technosciences, du « ludisme technicien  » ou du formalisme – « un art sans contenu, sans message, sans signification, qui se veut parfois directement conforme à la Technique, parfois l’exprime involontairement ». Frappants, également, l’analyse du rapport du discours à la technique et ce portrait du critique en « technocrate » : « Le critique […] remplit une fonction sociale de médiation monopolisatrice sur la base de sa compétence technique. Il est technicien des arts et des lettres, comparable aux énarques et autres technocrates » S’il n’échappe pas, çà et là, au schématisme ou à la surenchère, ce livre explosif éclaire d’un jour inédit les risques d’absorption des œuvres dans un certain « système technicien », et saisit avec

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L’Échappée, 2021
288 p. 20 €

Paloma Hermine Hidalgo

Paloma Hermine Hidalgo poursuit des études de littérature, de philosophie et de linguistique à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et à l’université Sorbonne Nouvelle. Elle consacre deux mémoires, respectivement, aux Éditions de Minuit, puis à la différence sexuelle et aux « fantasmes de l’universel » au XVIIe siècle. Après un échange à La Fémis, elle est diplômée de HEC Paris, où elle…

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Nos attentes à l’égard de la littérature ont changé. Autant qu’une expérience esthétique, nous y cherchons aujourd’hui des ressources pour comprendre le monde contemporain, voire le transformer. En témoigne l’importance prise par les enjeux d’écologie, de féminisme ou de dénonciation des inégalités dans la littérature de ce début du XXIe siècle, qui prend des formes renouvelées : le « roman à thèse » laisse volontiers place à une littérature de témoignage ou d’enquête. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Alexandre Gefen, explore cette réarticulation de la littérature avec les questions morales et politiques, qui interroge à la fois le statut de l’écrivain aujourd’hui, les frontières de la littérature, la manière dont nous en jugeons et ce que nous en attendons. Avec des textes de Felwine Sarr, Gisèle Sapiro, Jean-Claude Pinson, Alice Zeniter, François Bon.