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Milorad Dodik embrasse le drapeau de la Republika Srpska, l’entité serbe de la République fédérale de Bosnie-Herzégovine, à Banja Luka en janvier 2018 (ministère de la Défense de la République serbe de Bosnie)
Milorad Dodik embrasse le drapeau de la Republika Srpska, l'entité serbe de la République fédérale de Bosnie-Herzégovine, à Banja Luka en janvier 2018 (ministère de la Défense de la République serbe de Bosnie)
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Le spectre de la guerre dans les Balkans

La démonstration de force organisée par le leader serbe Milorad Dodik à Banja Luka le 9 janvier 2022 est une provocation politique à la face de l’Europe, comme les nationalistes des Balkans ont souvent su les mettre en scène.

Ceux qui ont l’âge d’avoir suivi le siège de Sarajevo en direct entre 1992 et 1996 ont souvent confondu qui était qui, qui luttait pour quoi, quelle ville se trouvait où et laquelle de Vukovar, Mostar ou Mitrovica était en Croatie, en Bosnie ou au Kosovo. Peu ont compris pourquoi les Kosovars albanais ne revendiquaient pas une « grande Albanie » mais leur indépendance, ni comment la Bosnie-Herzégovine pouvait être un État fédéral, lui-même constitué de la fédération de Bosnie-Herzégovine et de la République serbe. Et savoir que ce fut le général Jovan Divjak, un militaire serbe de culture orthodoxe, qui commanda la résistance du siège de Sarajevo à la tête d’une armée principalement constituée de jeunes Bosniaques, majoritairement de culture musulmane, a pu finir de semer la confusion.

De notre difficulté à comprendre ces Balkans naît une grande inquiétude au moment où le leader nationaliste Milorad Dodik se reprend à faire défiler forces de police et paramilitaires pour célébrer l’anniversaire de cette République serbe à Banja Luka. Cette inquiétude est celle de voir se rejouer l’histoire : que, par la trajectoire longue des histoires des peuples et à l’occasion de nouvelles circonstances historiques, d’autres enchaînements puissent mener aux mêmes affrontements.

Les bottes des policiers et paramilitaires serbes ou russes nous rappellent d’abord la fragilité de cette mauvaise fin de guerre en Bosnie. Les accords de Dayton du 14 décembre 1995, qui mirent fin

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François Crémieux

Actuellement directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, il est proche de la revue Esprit depuis son engagement dans les Balkans dans les années 1990, dont il a témoigné dans Casque bleu de Chris Marker et, avec Marc Benda, dans Paris-Bihac (Michalon, 1995). Spécialiste des politiques de santé et de l’économie de la santé, il s’intéresse également aux questions d’éthique et…

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Retrouver la souveraineté ?

L’inflation récente des usages du mot « souveraineté », venue tant de la droite que de la gauche, induit une dévaluation de son sens. Dévaluation d’autant plus choquante à l’heure où, sur le sol européen, un État souverain, l’Ukraine, est victime d’une agression armée. Renvoyant de manière vague à un « pouvoir de décider » supposément perdu, ces usages aveugles confondent souvent la souveraineté avec la puissance et versent volontiers dans le souverainisme, sous la forme d’un rejet de l’Union européenne. Ce dossier, coordonné par Jean-Yves Pranchère, invite à reformuler correctement la question de la souveraineté, afin qu’elle embraye sur les enjeux décisifs qu’elle masque trop souvent : l’exercice de la puissance publique et les conditions de la délibération collective. À lire aussi dans ce numéro : les banlieues populaires ne voteront plus, le devenir africain du monde, le destin du communisme, pour une troisième gauche, Nantes dans la traite atlantique, et la musique classique au xxie siècle.