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Introduction

mars/avril 2014

#Divers

L’un des signes les plus marquants du nihilisme contemporain, Michaël Fœssel l’a indiqué au début de ce dossier1, est l’obsession avec laquelle on invoque en permanence les valeurs. En effet, dans le moment même où l’on cherche à conjurer la menace du relativisme, l’affirmation des valeurs en révèle l’extrême fragilité, et le fait qu’elles ne sont pas acquises (sinon, pourquoi les invoquer ?). C’est évidemment manifeste dans le champ des valeurs morales et politiques, mais ça n’est pas moins le cas dans celui des valeurs esthétiques, et bien évidemment dans ce qui est au cœur de la réflexion sur la construction de la valeur, l’économie. Nous sommes pris ainsi dans un double mouvement, celui d’une course perpétuelle à l’évaluation (des biens, des services, des institutions, des idées, des personnes même) et celui d’une dévalorisation (dévaluation, obsolescence) de plus en plus rapide de tout ce que nous valorisions hier et valorisons aujourd’hui, que ne contredit pas la formation de bulles spéculatives (l’immobilier, l’internet dans le champ économique, la République dans le champ politique, les people sur la scène médiatique). Analyser ces phénomènes de construction/destruction des valeurs dans les différents champs et s’interroger sur les conditions qui sont ainsi faites à la démocratie, telles sont les interrogations qui dominent cette troisième partie de notre dossier.

Les signes s’accumulent d’un « devenir valeurs » du monde. C’est incontestable dans le domaine du discours politique et économique, où la référence aux valeurs est devenue une sorte de mantra (voir le texte qui suit sur Marx). Par temps de crise, tout semble se décomposer, les solidarités sociales se distendent et les concepts classiques de la philosophie politique (progrès, justice, loi) sont frappés d’obsolescence. Restent alors les « valeurs » comme ultime refuge de stabilité dans un monde qui ne se reconnaît plus lui-même.

  • 1.

    Voir supra « Pourquoi le nihilisme ? », p. 16 sqq.

Joël Roman

Philosophe, essayiste et éditeur   Joël Roman prône « un multiculturalisme à la française », qui reconnaisse le pluralisme social et culturel de la société française, l’empreinte durable des immigrations post-coloniales, et sache adapter le modèle républicain à la multiplicité individuelle, à la nouvelle question sociale des banlieues et à la présence établie de l’islam de France. Il place ainsi…

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