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Notre moment Macron

Le conseil de rédaction de la revue Esprit s’interroge sur les recompositions politiques contemporaines, la pertinence du clivage gauche/droite, l’écologie, le débat sur la justice sociale et le rôle de la revue dans ce contexte.

Deux ans après l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir, après le mouvement des Gilets jaunes et des élections importantes en Europe, sommes-nous réellement entrés dans un «nouveau monde politique» ? Assistons-nous à une simple recomposition, à un réalignement, ou à des mutations profondes de la vie politique ?

Jean-Louis Schlegel – Quelques constats factuels pour commencer : Emmanuel Macron a signé la fin de la vieille gauche et de la vieille droite partisanes, telles qu’on les connaissait depuis quarante ans, lui-même annonçant l’arrivée, avec son élection, d’un «nouveau monde». On aurait pu s’attendre à ce que, dans les deux ans et demi passés, ces forces anciennes soient capables de se reconstituer. Au contraire, elles semblent presque plus annihilées aujourd’hui qu’au moment de l’avènement de Macron, en dépit de tout l’«ancien monde» politique qui a ressurgi, notamment avec l’affaire Benalla. Trois forces dominent aujourd’hui l’échiquier politique français : le macronisme, le Rassemblement national et, depuis les élections européennes, les écologistes – qui débordent le seul parti des Verts. De facto, La France insoumise se trouve dans une situation très dégradée par rapport à il y a deux ans, quand le parti espérait tirer les marrons du feu d’une opposition frontale à Emmanuel Macron et au Rassemblement national. Ce schéma se retrouve dans d’autres grands pays, notamment en Allemagne[1] : forte érosion du centre-gauche (social-démocrate) et à un degré moindre du centre-droit (chrétien-démocrate), au profit de l’extrême droite et des Verts. Aux dernières élections, dans les États de Saxe et du Brandebourg, Die Linke (équivalent de la France insoumise) a fait à peine 6 % (mais les Verts aussi ont obtenu un score inférieur à celui espéré).

Selon certains critères, Emmanuel Macron a politiquement dérivé vers la droite, et du reste, aux élections européennes, ce sont des électeurs des Républicains qui ont permis le succès de La République en marche. Malgré des mesures, au début, en faveur des riches, des commentaires argumentés soulignent que les politiques de redistribution n’ont pas changé et que les inégalités, plus faibles que dans nombre d’autres pays, n’ont pas augmenté : la part social-démocrate de l’État-providence n’a pas été détruite. Les multiples revendications qui émergent – Gilets jaunes, urgences médicales, protection contre les féminicides… – peuvent aussi être considérées comme un héritage dû à l’absence de réformes durant des décennies. Dans cette hypothèse, c’est surtout un style présidentiel, perçu comme arrogant, dépourvu d’empathie pour les démunis, qui aurait mis le feu aux poudres des contestations et des révoltes. Certains échecs ont été attribués à son mépris des médiations (syndicales notamment), à une communication politique mal ajustée – des défauts auxquels «l’acteII» du quinquennat est censé remédier. Quoi qu’il en soit, à mi-mandat, Macron n’a pas réussi à faire reculer la fracture entre une France dynamique, entrée de plain-pied dans la mondialisation, et une France déprimée, qui vit dans le sentiment d’abandon par l’État. Sur ce point, les multiples réformes engagées n’ont pas réduit le pessimisme français.

Sur les questions sociétales, le président maintient un cap plutôt de gauche (ou, selon d’autres, d’un libéralisme effréné). En revanche, ses ambiguïtés vis-à-vis des migrants et des réfugiés sont manifestes, en paroles et en actes. Il est tenté, comme ses prédécesseurs, d’instrumentaliser à son profit électoral le Rassemblement national, en se présentant comme le seul rempart contre lui ou en le concurrençant sur ce thème. Enfin, notons que, malgré le succès dans les urnes, seul un quart des Français continue de se reconnaître dans sa politique.

Lucile Schmid – Il existe une spécificité française dans la fixation sur le fait de se dire de droite ou de gauche, notamment par comparaison avec l’Allemagne, qui s’appuie sur la logique des coalitions. C’est ce qui a permis l’alternance et l’instauration d’un centre-gauche et d’un centre-droit, mais cela nourrit une frustration face au décalage entre les promesses et les actes. La conquête éclair du pouvoir par Emmanuel Macron a été rendue possible par l’écart entre les étiquettes et les politiques menées ; proclamer le dépassement du clivage gauche-droite apparaît osé, «révolutionnaire», et s’apparente à un exercice de vérité. Finies les promesses, il n’y a plus que «la vérité» de la mondialisation et des jeux d’influences qui s’y nouent. L’aura immédiate d’Emmanuel Macron au niveau européen vient de là. N’était-il pas en train de «normaliser» la politique française, de la rendre plus conforme aux principes des traités européens ?

La pratique depuis deux ans démontre néanmoins que la droite et la gauche existent, même si en effet, le monde politique a changé : les partis de droite et de gauche subissent une décomposition accélérée ; du côté du Rassemblement national, les choses ne sont pas si simples à cause de Marion Maréchal-Le Pen ; tous les acteurs politiques sont en mauvais état. En revanche, les contenus politiques me semblent en pleine effervescence : la question écologique, notamment, investit de sens politique des sujets comme l’alimentation ou les pollutions chimiques (pesticides, empoisonnement des sols, du vivant), obligeant les individus, plus que les organisations, à se déterminer à leur égard. Mais elle ne résout pas du tout mécaniquement les questions sociales et suscite même un renouveau du sentiment d’injustice.

Nous sommes dans un moment de réinvention, en l’absence de règles écrites, sans doute parce que les organisations ne maîtrisent plus rien. Toute question peut devenir politique, toute personne peut devenir un politique. Qui imaginait que Cédric Villani se présenterait à la mairie de Paris ? Ou Dominique Bourg aux élections européennes ?

Anne Dujin – Emmanuel Macron a construit sa campagne sur le dépassement du clivage gauche-droite. Cette injonction au dépassement s’observe d’ailleurs dans la plupart des démocraties occidentales. Mais ce n’est pas tant ce clivage qui s’effondre que sa traduction institutionnelle. Point par point, les sujets polarisent de nouveau, selon les fondamentaux de ce qu’était l’appartenance à la gauche ou à la droite. Ce phénomène de «démocratie du public[2]», où se forment des coalitions éphémères d’intérêt autour d’une personne qui incarne, à un moment donné, la possibilité de nouvelles actions collectives, se retrouve un peu partout : aussi bien du côté de La République en marche, qui a cristallisé tout un imaginaire du libéralisme social et économique, de la réforme et de la modernité, et a rassemblé des personnes issues de part et d’autre du clivage gauche-droite traditionnel, que de celui des Gilets jaunes, qui revendiquent aussi de n’être ni de gauche ni de droite et mobilisent autour d’un clivage peuple-élite qui a été également activé par les partisans du Brexit. Cela n’a pas empêché un certain nombre d’électeurs de Macron à la présidentielle de voter Europe-Écologie Les Verts aux élections européennes, car ils continuent de se définir comme plutôt à gauche et voulent hisser cet enjeu primordial à l’échelle continentale. Certaines questions se retrouvent investies politiquement d’une manière nouvelle, parce que la dissolution de ce clivage ouvre un espace, mais ces questions politiques ne sont pas encore traduites institutionnellement. Nous sommes dans un moment de transition et d’instabilité, qui nourrit la demande permanente de démocratie directe, selon l’idée que les procédures normales de délibération collective ne fonctionnent plus.

Michaël Fœssel – Une fois les effets enchanteurs de la rhétorique du «nouveau monde» dissipés, il reste la clarification consécutive à l’élection présidentielle de 2017. Le projet d’Emmanuel Macron était moins de transcender le clivage gauche-droite que de procéder à l’intégration dans un même mouvement des libéraux des deux rives qui, depuis deux décennies, ne s’opposaient plus que pour des raisons électorales. La République en marche est une sorte de grande coalition, mais elle est formée dans le contexte institutionnel français, donc au niveau de l’exécutif plutôt que dans le champ parlementaire et partisan. À première vue, ce dispositif semblait favorable au nouveau pouvoir : les partis traditionnels de gouvernement peinent à trouver des contre-propositions, sinon dans la surenchère conservatrice sur les questions de mœurs (Les Républicains) ou la référence plus ou moins incantatoire à la social-démocratie (Parti socialiste). Le centre de gravité de la politique française se situe plus que jamais à l’Élysée, tandis que le Parlement met en scène l’émiettement des oppositions.

Nous assistons donc à une double clarification : idéologique, puisque la politique menée dans le domaine économique avalise l’affaiblissement du clivage gauche-droite, et institutionnelle, puisque la logique présidentialiste de la Ve République est assumée – souvent sans prudence. Politique post-partisane et exécutif fort : l’ironie est que ces deux piliers du «macronisme» ont été adoptés par les adversaires les plus irréductibles du nouveau pouvoir. Les messages sur le caractère anachronique de l’alternative gauche-droite et sur la re-présidentialisation de la France (après cinq années d’une «normalité» désespérante) n’ont guère eu de mal à être récupérés par une extrême droite trop heureuse de se voir renommée «populiste». D’un autre point de vue, les Gilets jaunes, aussi, ont abandonné les anciens clivages qu’ils jugent dépassés et ils n’ont pas toujours été insensibles aux demandes autoritaires qui émanent de la société française depuis trente ans. À mon sens, l’erreur du nouveau pouvoir est d’avoir sous-estimé les conflits profonds qui lui préexistaient : avant de proclamer le nouveau monde, il faut s’assurer de l’innocuité de l’ancien. Il ne faudrait pas que le fantasme d’un monde post-politique, où triompherait l’entrepreneuriat heureux, finisse par aboutir à une situation pré-politique, où les conflits sociaux et identitaires ne trouvent plus aucun moyen de s’exprimer par des voies institutionnelles. Le partage gauche-droite, à condition d’être référé à des pratiques et des principes clairs, est encore le meilleur moyen de politiser des relations sociales sans sombrer dans des clivages potentiellement violents («nous» et «eux», dont ­l’opposition «peuple» contre «élites» n’est qu’une variante).

Face au succès paradoxal de son discours, le gouvernement aurait pu assumer de prendre la relève de la droite libérale de tendance giscardienne (ce qui correspond à peu près à sa politique économique et sociale). Mais pour être fidèle à son inspiration initiale, il a préféré formuler un nouveau clivage entre progressisme et populisme, suivant une pente à l’œuvre dans de nombreuses démocraties occidentales. Nous en sommes alors rendus à une question qui est davantage sociologique qu’idéologique : combien de temps la base sociale favorable à ce qui se nomme «progressisme» demeurera-t-elle majoritaire ? De fait, elle ne l’est pratiquement plus nulle part. C’est seulement la dissémination des oppositions (avec une prime énorme accordée à l’extrême droite) qui garantit à cet équilibre de demeurer dans un cadre républicain. Le pari repose en définitive sur la résistance de l’ethos démocratique des fameuses classes moyennes, et il est risqué. En Italie comme dans certains Länder allemands, il faut sans cesse procéder à de nouvelles alliances pour maintenir les dits progressistes au pouvoir. Rien n’indique qu’elles seront durables.

Antoine Garapon – Ce ne sont pas les attentes politiques qui s’effondrent, mais les médiations symboliques pour les porter et pour agir qui lui font défaut, du fait principalement de la révolution numérique. Nos croyances se sont détournées des anciennes formes de la démocratie représentative – ses rituels, ses organisations – mais aussi du récit politique, et se tournent désormais vers le numérique dans une sorte d’utopie techniciste. Un nouveau mythe estime que le numérique a la capacité d’organiser plus efficacement la coexistence humaine que le droit ou la politique. En témoigne l’engouement pour la justice prédictive ou la «plateformisation» des partis politiques. Les réseaux sociaux promeuvent une democracy of groups émotive et versatile. Mais la question du territoire comme signifiant politique demeure. La représentation a toujours été, avant d’être un mécanisme, une croyance en l’appartenance à une communauté politique primaire. Ce nouveau cadre flatte en effet des émotions plus archaïques comme le regroupement de tous contre un (c’est-à-dire le bouc émissaire), la volonté de punir et d’humilier par la technique du naming and shaming, l’indignation sans aucun engagement, etc. Ces sentiments peuvent être qualifiés de pré-politique car ils sont improductifs, faute d’être élaborés par les institutions.

Qu’il s’agisse de l’écologie, de la régulation des GAFAM ou des fake news, nos désirs politiques n’arrivent pas à trouver la bonne échelle du fait de la déterritorialisation. La tentation est grande alors de se focaliser sur un petit territoire expérimental, comme la ZAD, ou de rêver d’une démocratie directe locale. Le problème de la déspatialisation est encore plus perturbant car il aboutit à ce que chacun soit accusateur, possible accusé, enquêteur, témoin… et bourreau.

Un tel déficit de symbolisation, une telle perte du récit politique, se traduisent par l’importance de thèmes qui s’imposent, telle l’évidence sécuritaire ou identitaire. Je suis également frappé par la place prise par les faits divers dans l’actualité : la mort est le grand thème politique fédérateur. Les violences domestiques sont un problème, mais le terme de «féminicide» s’impose en faisant une référence nouvelle à la mort. La communauté politique est menacée de se réduire à un syndicat des vivants contre la mort.

La nouveauté d’Emmanuel Macron est d’avoir créé un véritable centre qui gouverne, mais le «macronisme» n’est pas encore arrivé à maturité. Nous avons un président énergique, plein d’idées, qui restaure la place de la France en Europe et dans le monde, mais cela suffit-il pour faire une doctrine, un parti, un collectif, un récit, la perspective d’un monde plus juste ? Il n’y a que l’appareil d’État et lui, ce qui renvoie à une forme très ancienne de gouvernement. Faute de discours politique qui formule les défis de la société française et les moyens de les surmonter, le risque est de retourner à l’État profond : une administration autoritaire et une certaine «curialisation» du pouvoir.

Pour décrire ce nouvel état des lieux, l’idéologue de la nouvelle droite américaine, Steve Bannon, considère qu’il existe aujourd’hui trois forces politiques : le parti de Davos (les libéraux, pro-européens, modernes, technocrates, mondialisés), les Verts et les nationalistes [3]. Peut-on accepter cette description ?

L. Schmid – On ne peut pas dire qu’il existe un écologisme unique ou un seul parti des Verts. Chez les écologistes, on peut trouver des technophobes et des technophiles, des gens qui croient d’abord à la science et aux lois de la biophysique, d’autres à l’enracinement territorial et à l’écologie du quotidien, des personnes qui privilégient le sentiment intime, d’autres la transformation des comportements individuels. Des mouvements comme le végétarisme et le refus de la souffrance animale témoignent d’une transformation des valeurs qui a une portée politique, mais qui ne construit pas un projet collectif. À côté de ça, il y a le parti des Verts qui doit, pour réussir sa conquête du pouvoir, embrasser autant d’écologies individuelles qu’il y a de personnes autour de la table. Peut-être donc que l’écologie est dans un état pré-politique. L’irruption de l’écologie dans le champ politique pose des problèmes que l’on n’a pas encore résolus, à la fois sur le contenu et sur le comportement des acteurs. Certes, la victoire des écologistes aux élections européennes tient en partie à l’effondrement des acteurs traditionnels : les Verts ont constitué un vote refuge. Mais aujourd’hui, quand on dit des Verts qu’ils auraient vocation à devenir dominants, cela suppose qu’ils devront se confronter à ces contradictions irrésolues, comme l’individu par rapport au collectif, l’intime par rapport à l’espace public, le rapport à la technologie et, plus globalement, le progrès par rapport au conservatisme, les nouvelles priorités économiques et l’articulation entre redistribution et transfert de ressources financières vers l’écologie. En ce sens, le mouvement des Gilets jaunes a été une véritable première alerte pour éclairer les contradictions que suscite la greffe écologiste sur les politiques économiques et sociales.

Nous voyons aussi combien les aspirations démocratiques, lorsqu’elles s’expriment, peinent à trouver des espaces et combien les institutions ont du mal à coïncider avec ces aspirations. Ainsi, on voit émerger au même moment, à Hong Kong et en Algérie notamment, des mouvements politiques qui voient la non-violence comme un outil pour remettre en question la légitimité de ceux qui sont au pouvoir au niveau institutionnel et organiser la possibilité d’une confrontation. Mais ces mouvements pourront-ils trouver des débouchés sans soutien extérieur ? Leur publicité est déjà un puissant moyen d’existence dans le temps, mais il n’existe aucune garantie que le désir de liberté de conscience et d’expression qui anime les manifestants entraîne des réformes concrètes. Comment organiser un soutien à ces élans démocratiques ?

J.-L. Schlegel – La défiance envers la démocratie libérale augmente. La revendication d’égalité l’emporte actuellement sur celle de liberté. Cela rappelle une réflexion d’Arendt à propos des révolutionnaires français de 1789, qui se voient confrontés à une tâche inattendue au départ : «libérer [le peuple de la misère] pour qu’il soit libre[4]». C’est particulièrement vrai en période de crise économique et sociale. On peut lire sur les réseaux sociaux de nombreuses interventions reliant sans recul la démocratie libérale au capitalisme, et donc aux inégalités, à l’empire de l’argent. Mais une vraie démocratie est-elle pensable sans libéralisme politique, ou sans le marché ?

M. Fœssel – Si l’écologie politique a déjà une histoire ancienne, il est certain que le réchauffement climatique lui ouvre, comme les modes de vie tournés davantage vers les services que vers la production, de nouveaux horizons. Dans l’état de délabrement des représentations politiques de l’avenir, c’est une très bonne nouvelle. L’écologie a au moins pour elle de redonner un sens à l’idée d’émancipation, dans un contexte où beaucoup croient qu’il n’y a plus rien à conquérir pour la liberté.

Cela dit, la force du modèle écologique est aussi sa faiblesse : face aux menaces qui pèsent sur la Terre, il produit un consensus qui tend à relativiser encore la pertinence du clivage gauche-droite. Il y a un business vert, des verts réformateurs, des écologistes révolutionnaires et des sécateurs réactionnaires des limites de la nature. Je soupçonne d’ailleurs Bannon de miser sur ces derniers pour une alliance future avec les nationalistes. À mon sens, l’écologie politique gagnerait à se politiser encore, et à le faire malgré tout selon les coordonnées de la modernité politique, donc en prenant au sérieux le clivage gauche-droite. À ce compte, le fait qu’il n’existe qu’un seul écosystème compatible avec la vie humaine pourrait faciliter la définition de quelque chose comme un intérêt général. Mais cela ne peut pas aller sans un imaginaire de la bifurcation par rapport au mode de production actuellement dominant dans le monde et à son cortège d’inégalités.

A. Garapon – On exige tout, tout de suite, et s’il n’y a pas de résultats tangibles, on dénonce l’incurie et la duplicité du pouvoir. Mais les problèmes de l’environnement, très préoccupants, sont le fruit d’une certaine manière d’occuper le monde qui remonte à des siècles. L’action politique ne peut se réduire à des imprécations ou à des bons sentiments. Proclamer que «l’on n’a rien fait» en matière d’environnement est faux et dévalorise l’action politique, nécessairement longue et laborieuse. La radicalité mène à la perte de la perception du monde comme tension et de la politique comme conflit. À partir du moment où l’on n’a plus le support du temps, de l’espace, des médiations et du langage, on a l’impression que tout est lent et qu’il ne se passe rien, dans un des pays qui ont pourtant le mieux résisté aux inégalités, au prix d’un endettement massif. C’est peut-être un effet d’une poussée individualiste qui n’arrive plus à se représenter les efforts, les combats, les siècles de lutte sociale pour construire un État comme le nôtre, ni à se reconnaître dans cette affiliation historique. J’attribue ce décrochage avec la réalité à une incapacité à symboliser, à comprendre, à s’inscrire dans le temps long. Dans cette revue, nous avons toujours pris en considération la difficulté d’agir politiquement dans le monde, encore plus grande aujourd’hui qu’hier.

A. Dujin – La crise financière de 2008 a été une déflagration, dont on ressent encore les secousses, de manière plus ou moins forte selon qu’on a un État-providence solide ou non. Ce qui a été ébranlé profondément, au-delà de la réalité que chacun vit, c’est le récit de la justice sociale. Quand on pense au triptyque décrit par Bannon, simplificateur et redoutablement efficace dans la vision du monde qu’il propose, on voit tout de suite le problème : Emmanuel Macron n’a pas de pensée de la justice sociale. Il s’appuie sur l’idée que les sociétés sont tirées vers le haut par ceux qui innovent et que tout le monde vivra mieux dans une société qui avance, qui brûle du carburant. Les Verts reformulent la pensée de la justice sociale, qu’ils rendent inséparable de l’exigence écologique. Ce faisant, ils la transforment en profondeur : la redistribution, qui implique la croissance, n’est plus au cœur de leur approche. Et du côté des « populistes », l’idée de justice sociale est centrale, mais elle est re-naturalisée : là où, depuis la fin du xixe siècle, la critique sociale avait consisté à l’inscrire dans les rapports de force concrets entre capital et travail, la justice sociale se retrouve, dans les discours des partis nationaux autoritaires, due au nom de l’appartenance à un groupe, un territoire, la couleur de peau. Il faut s’inquiéter de cette situation car les institutions démocratiques ont besoin d’un récit de la justice sociale qui peut – et même doit – être conflictuel, et que les institutions sont là pour symboliser et traduire en langage politique.

Attribuez-vous les évolutions que vous décrivez à un changement de génération politique ? Cette notion même a-t-elle encore un sens aujourd’hui ?

L. Schmid – Beaucoup de jeunes aujourd’hui sont habités par un sentiment d’injustice et posent la question de l’action. En comparaison avec ma génération, il est effectivement plus difficile pour beaucoup d’entre eux d’accéder à la construction d’une vie stable. La peur de la régression et les menaces de catastrophes sociales et écologiques sont très fortes. Je ne crois pas du tout qu’Emmanuel Macron représente la jeunesse : il est lui-même relativement jeune, mais beaucoup de personnes âgées ont voté pour lui et seul un certain type sociologique de jeunes accède au pouvoir. La jeunesse, au sein de laquelle il existe des discussions extrêmement fortes, n’est pas une catégorie sociologique pertinente. Beaucoup de jeunes ont voté pour Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.

L’aspiration au mouvement, individuel et collectif, existe au sein de la jeunesse. Emmanuel Macron porte également ce discours : le système peut changer et chacun peut en être partie prenante en acceptant de faire des efforts. Je lui fais crédit de cette aspiration au mouvement, dans le refus de se reposer sur l’État-providence, mais ce mouvement est affirmé sans imaginer comment on le finance, qui en bénéficie, comment on détermine les critères d’attribution. La génération des 25-30 ans doit participer à un débat sur la définition de la justice, laquelle ne doit pas être déterminée par leurs aînés car, quand c’est le cas, il y a des rentes de situation qui ne sont pas mises sur la table du débat public. Nous devons prendre la mesure de ce sentiment d’injustice et associer l’ensemble des générations à cette discussion.

J.-L. Schlegel – On a beaucoup reproché à Macron de dire à des interlocuteurs en difficulté : «si tu veux, tu peux (t’en sortir)», et on a mis cette inflexion sur le compte de la pensée ricœurienne de «l’homme capable». Mais il faut rappeler que Ricœur a été parmi les rares philosophes au xxe siècle qui ont parlé des «institutions justes» ou d’une «société juste». Il reste chez Macron l’idée que l’État «social-libéral» doit réparer des injustices structurelles, mais qu’il doit le faire tout en stimulant les individus. Ce genre d’injonction était plutôt la marque du premier macronisme, proche du libéralisme à l’américaine : faire appel à l’initiative personnelle, à la force de création et d’innovation d’acteurs engagés pour améliorer leur propre vie. Mais en fin de compte, quelle part à l’État, aux individus, au marché, à l’entreprise, au social et au sociétal, et surtout, dans le cadre de la mondialisation, à la «phynance» ? Que peut un individu face au poids écrasant du système et de ses défaillances structurelles ?

A. Dujin – Ce débat central sur le juste et l’injuste n’a pas lieu. Celui sur la réforme est trop souvent confisqué au profit d’une logique de «réforme pour la réforme» et n’est pas connecté à la définition de la justice sociale dans vingt ans pour ceux qui ont vingt ans aujourd’hui. Le seul débat que l’on a sur notre système social porte sur la manière de le garder à flot, en même temps que l’on entend depuis des décennies que nous vivons «au-dessus de nos moyens». Ce discours vient de bien plus loin que Macron, et c’est une négation du politique. L’effort collectif en temps de crise, de même que le débat sur nos conditions collectives de vie dans un monde qui n’est plus celui des Trente Glorieuses, doivent être possibles, à condition qu’ils soient sous-tendus par une vision politique, et pas seulement par l’idée qu’il n’y a aucune alternative possible. Le débat sur la réforme des retraites qui s’engage peut être l’occasion de formuler cela.

A. Garapon – L’impopularité du pouvoir actuel s’explique aussi par le fait qu’il prétend réformer le pays, ce que nous n’avions pas vu depuis trois décennies. Or la résistance à la réforme est très forte dans notre pays. Une telle politique nous oblige ainsi à nous regarder en face. Nous ne travaillons pas assez et nous vivons au-dessus de nos moyens : nous ne voulons pas entendre ces fondamentaux, une réalité dure que les générations à venir risquent de payer cher. Nous n’arrêtons pas d’«acheter du temps[5]»: par conséquent, pour elles, la facture sera double, économiquement et politiquement, notamment en raison du déséquilibre avec l’Allemagne qui risque de s’accroître avec le Brexit. Emmanuel Macron est le premier président qui mène de véritables réformes depuis François Mitterrand. Je ne suis pas du tout d’accord avec l’idée qu’il n’aurait pas de pensée de la justice sociale : la réforme de l’école et celle de la fiscalité sont des réformes de justice sociale, mais qui, il est vrai, se concentrent sur les questions techniques et sont peu disertes sur leur objectif à long terme.

M. Fœssel – L’argumentaire de Hayek contre le concept même de justice sociale l’a emporté dans de vastes secteurs des élites dirigeantes. Pour Hayek, on ne peut parler d’injustice que là où il existe une intention délibérée, or le marché est dénué d’intentions, donc on ne peut lui adresser de reproches en termes d’injustice. Ce genre de raisonnements repose sur la prémisse implicite selon laquelle la société tout entière s’identifie à un marché autorégulé où la distribution du capital se fait de manière automatique selon la loi de l’utilité. Le problème qu’aucun théoricien néolibéral ne peut résoudre tient dans le caractère originaire de l’expérience de l’injustice. On aura beau expliquer aux individus que leurs difficultés à vivre ne résultent d’aucune volonté, ils adresseront leurs plaintes à des institutions qu’ils supposent transformables. C’est moins un penchant animiste (comme le veut Hayek) qu’un préalable à la démocratie dans son sens le plus élémentaire.

Une des dimensions qui distingue le néolibéralisme du libéralisme traditionnel est que le premier est animé par une conscience de crise. Il est d’ailleurs né dans les suites de la crise de 1929, soit à un moment où les solutions libérales du «laisser-faire» étaient mises à rude épreuve. Pour parer aux effets sociaux de la crise et faire face à des individus supposés «ingouvernables», le néolibéralisme n’hésite pas à recourir à des solutions autoritaires. La substitution tendancielle de l’impératif de sécurité par rapport aux exigences en matière de justice sociale ne s’explique pas autrement. La question demeure celle de ce qu’il est légitime d’attendre du politique. Autant les solutions de la social-démocratie me semblent périmées, autant son intuition initiale selon laquelle il n’y a pas de liberté politique sans approfondissement des droits sociaux et économiques demeure pertinente. L’abandon de la justice sociale ou sa confusion avec un nivellement par le bas des droits et des prestations ont des effets catastrophiques sur l’adhésion aux principes démocratiques.

L. Schmid – Chacun parle de justice sociale, mais nous n’avons pas d’espace collectif pour définir le contrat de justice sociale qui intègre les personnes les plus concernées. Le grand débat national a été un non-débat national, mené majoritairement sur un site internet, avec des contributions individuelles, sans qu’il y ait de véritables moments collectifs. Ce débat était étrangement déconnecté des institutions. Il n’y a plus de sens commun ou de contenu partagé autour de la justice sociale. Quand Emmanuel Macron évoque le ruissellement des ressources et des compétences, il sous-estime gravement le fait que, dans notre pays, la mobilité sociale ne va pas réapparaître d’un coup de baguette magique. Cette évolution doit s’organiser, il ne suffit pas de proclamer la liberté pour qu’elle bénéficie à tous.

Dans ce moment politique, quel est, selon vous, le rôle d’une revue comme Esprit ? Quels nouveaux débats peut-elle contribuer à structurer ? Quels sont les engagements de la revue aujourd’hui ?

J.-L. Schlegel – Cette question du «que faire?» a toujours été présente dans une revue qui prend de plein fouet l’évolution politique. Elle a divisé les rédactions successives. Est-ce une faiblesse structurelle ou une richesse ? Goulven Boudic a très bien décrit ce conflit entre deux gauches pour la période de l’après-guerre, réactualisé pendant les années 1970-1990 par l’opposition entre la première et la deuxième gauche[6] : la première dans la tradition étatique et laïque, séduite par des thèses marxistes, et la deuxième, sociale-libérale, antitotalitaire, attachée à la démocratie plutôt qu’à la République, et à la défense de l’Europe plutôt qu’au «souverainisme». Après la réflexion sur le totalitarisme soviétique et ses crimes (et du tiers-mondisme influencé par lui) s’est imposée l’idée vectrice de la réforme, contre des utopies révolutionnaires délétères dans leurs résultats. Mais la difficulté, quand on prône le réformisme, reste «l’indétermination démocratique» face à l’avenir. Le radicalisme révolutionnaire rend les choix plus simples… Si le «combat antitotalitaire» et pour la démocratie reste plus actuel que jamais, il importe cependant que nous le repensions dans un contexte de formes inédites de pouvoirs dictatoriaux et policiers.

A. Dujin – L’élection d’Emmanuel Macron a relancé la question sur l’essence de la deuxième gauche, celle qui a toujours été minoritaire en France. C’est le moment d’une clarification importante, peut-être également pour la revue Esprit, du fait même que Macron y a été associé. Il est sans doute temps de tirer les conséquences intellectuelles et politiques de la crise de 2008, laquelle a mis à mal un des fondements de la social-démocratie, à savoir l’idée de «compromis social», qui consiste à soutenir la création de richesses dans des économies capitalistes et ouvertes, tout en faisant pression sur les acteurs économiques et financiers pour imposer une juste redistribution. La possibilité même d’un tel compromis est aujourd’hui remise en question. C’est un chantier intellectuel important, qui s’inscrit dans la continuité des engagements d’Esprit, que de tenir ensemble les exigences de justice économique et sociale, l’attachement aux institutions démocratiques et à l’État de droit. Chez Emmanuel Macron, il y a des choses qui viennent de la deuxième gauche et d’autres qui l’en distinguent assez radicalement, sa conception du rôle de l’État par exemple.

L. Schmid – Nous devons faire un lien entre notre histoire et ce que nous aspirons à être : Esprit est une revue qui n’hésitera pas à être minoritaire au nom de ses valeurs, qu’il s’agisse de l’aspiration démocratique, de la question migratoire, ou plus généralement des droits de l’homme. Par ailleurs, j’y ai toujours trouvé l’intention de penser une mondialisation qui ait un sens par rapport à ces valeurs : nous n’avons jamais été franco-centrés, nous nous intéressons à la question européenne, mais aussi à la question géopolitique. Dans ce monde de confusion qu’on vient de décrire, nous devons sentir ce qui advient, en reliant ces signaux à engagements historiques. Les événements récents en Algérie, au Soudan ou à Hong Kong sont les exemples les plus récents de questions sur lesquelles la revue a vocation à se pencher.

Quand je participe à des débats, j’entends de plus en plus de voix s’élever contre ceux qui parlent et qui écrivent, car cela signifierait qu’ils ne veulent pas agir. Esprit doit penser la transformation et aider à ce que cette pensée débouche sur l’action. Sinon, les intellectuels seront décrédibilisés : on dira qu’ils écrivent bien, mais qu’ils sont d’abord là pour empêcher que ça change.

M. Fœssel – Le fait qu’Emmanuel Macron ait écrit autrefois dans Esprit ne change pas fondamentalement la donne. La tendance si française à n’aborder la politique qu’avec des noms propres (comme signes ­d’adhésion ou comme repoussoirs) a déjà envahi le champ journalistique. Il n’y a pas lieu qu’elle contamine le travail intellectuel. Plus importante à mes yeux est la question de savoir comment reformuler, dans les conditions du présent, les thèmes qui ont animé la revue : antitotalitarisme, interprétation politique des droits de l’homme, attention au spirituel qui n’implique pas d’appartenance religieuse, mise à l’épreuve de l’humanisme traditionnel par les révolutions techniques, valorisation de la société civile plutôt que du seul État, etc. Les évolutions récentes ne me semblent pas invalider ces priorités, même s’il faut travailler à leur re-problématisation. En tous les cas, et c’est certainement heureux pour une revue à vocation intellectuelle, on ne peut pas dire que les idées d’Esprit sont désormais au pouvoir. Même si l’on en reste à la deuxième gauche, sur laquelle il est permis de porter un regard critique, elle n’a jamais donné dans les restrictions en matière de droits et d’accueil qui font l’ordinaire de la politique française depuis au moins quinze ans.

Sur un plan plus proprement intellectuel, il me semble que l’un des défis auxquels la revue ne peut pas se soustraire est celui de la reformulation anthropologique des questions politiques. On voit bien que, face à certains fantasmes transhumanistes, au catastrophisme ambiant, à la crise qui n’en finit plus, mais aussi aux mutations des rapports entre hommes et femmes, une tendance est à l’œuvre qui consiste à réédifier des anthropologies généralement assez réactionnaires. Après avoir évacué la question des droits de l’homme, jugée dépolitisante, certains essaient de réinvestir la politique par la question de l’homme (un «homme» qui posséderait plus d’obligations que de droits). Face aux tentatives de re-naturaliser l’humain (par la voie scientifique ou morale), le personnalisme n’est certainement plus une issue praticable. Mais Esprit a un rôle à jouer dans le conflit des anthropologies qui s’annonce et dont rien n’assure à cette heure qu’il tourne à la faveur de la démocratie.

A. Garapon – L’époque semble assigner deux tâches à notre revue : tout d’abord, arriver à parler de la réalité sociale, paradoxalement plus opaque que jamais, notamment des distances sociales et culturelles – et donc des inégalités – qui se creusent dans la société française. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes risquent de sombrer dans l’indignité, d’être considérées comme des «hommes en trop». Il faut donc dénoncer les inégalités, mais également les nouvelles formes ­d’inhumanité – ou, pire, ­d’a-humanité – qu’engendre notre époque. Celle-ci accepte sans sourciller une sorte d’antihumanisme, fier de lui, lié à l’utopie technique et au règne de l’économie. Ces nouvelles menaces qui planent sur la dignité humaine exigent une redéfinition des frontières de l’humain. Pour accomplir cette tâche, il faut retrouver le sens de nos engagements passés, notamment le combat antitotalitaire. Dans le débat d’après-guerre, nous étions du côté de Camus en estimant que tout n’est pas réductible à l’histoire, contrairement à ce que pensaient les marxistes. Il nous faut trouver les fils d’un récit sur le monde singulièrement absent aujourd’hui, et pour cela retravailler ces médiations symboliques, le rapport au temps, au monde, à l’espace, au tragique de l’histoire et de la condition humaine.

Propos recueillis par Anne-Lorraine Bujon, Hamit Bozarslan et Clémentine Paliotta

[1] -  Voir Lothar Probst, « La fin du vieux système des partis en Allemagne », Esprit, septembre 2019.

[2] -  Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif [1995], Paris, Flammarion, 2012.

[3] -  François Clemenceau, « L’homme qui parlait à l’oreille de Trump. Entretien avec Steve Bannon », Politique internationale, n° 164, été 2019.

[4] -  Hannah Arendt, La Liberté d’être libre, trad. par Françoise Bouillot, Paris, Payot, 2019, p. 58.

[5] -  Wolfgang Streeck, Du temps acheté. La crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique, trad. par Frédéric Joly, Paris, Gallimard, 2014.

[6] -  Voir Goulven Boudic, Esprit, 1944-1982: les métamorphoses d’une revue, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, Imec, 2005.

Anne Dujin

Anne Dujin est politiste de formation. Après avoir travaillé comme chercheuse au CRÉDOC, elle se tourne vers les revues et le journalisme d’idées. Elle a collaboré au supplément « Idées » du Monde. Elle est également poète : voir son recueil L'ombre des heures (L'herbe qui tremble, 2019).

Antoine Garapon

Magistrat, juge pour enfants, il a fondé l'Institut des Hautes Etudes sur la Justice (IHEJ), où il observe les mutations de la place du droit dans nos sociétés. il anime sur France culture une émission consacrée à la pensée juridique, "Le Bien commun". Il a développé sous le même nom une collection d'ouvrages, aux éditions Michalon, qui permettent de présenter des auteurs qui, sans être juristes,…

Jean-Louis Schlegel

Philosophe, éditeur, sociologue des religions et traducteur, Jean-Louis Schlegel est particulièrement intéressé par les recompositions du religieux, et singulièrement de l'Eglise catholique, dans la société contemporaine. Cet intérêt concerne tous les niveaux d’intelligibilité : évolution des pratiques, de la culture, des institutions, des pouvoirs et des « puissances », du rôle et de la place du…

Lucile Schmid

Haut-fonctionnaire, membre du bureau politique d’Europe Ecologie – Les Verts, membre du conseil de rédaction de la revue Esprit, Lucile Schmid s'est intéressée aux questions de discrimination, de parité et d'écologie. Elle a publié de nombreux articles pour Esprit sur la vie politique française, l'écologie et les rapports entre socialistes et écologistes. Elle a publié, avec Catherine Larrère et…

Michaël Fœssel

Philosophe, il a présenté et commenté l'oeuvre de Paul Ricoeur (Anthologie Paul Ricoeur, avec Fabien Lamouche), a coordonné plusieurs numéros spéciaux de la revue, notamment en mars-avril 2012 "Où en sont les philosophes ?". Il est membre du Conseil de rédaction d'Esprit.  Il est notamment l'auteur de L'Équivoque du monde (CNRS Éditions, 2008), de La Privation de l'intime (Seuil, 2008), État de

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