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Obama en Syrie : la stratégie de l'évitement

novembre 2016

#Divers

Obsédé par la nécessité de désengager les États-Unis du Moyen-Orient, Barack Obama a tout fait pour ne pas intervenir en Syrie. La diplomatie américaine se retrouve aujourd’hui empêchée, face à une Russie déterminée à s’imposer comme seul rempart contre le djihadisme.

Le second et dernier mandat du président Obama aura été entièrement traversé par les révolutions arabes. Il est au pouvoir quand elles débutent, réélu au moment où elles commencent à dériver, et il quittera sans doute la Maison-Blanche alors que leur avenir est toujours aussi incertain. Il en va de même, plus particulièrement, de la « crise syrienne ». Même marginalement, celle-ci pèse au moment de son élection, nouée aux autres dossiers moyen-orientaux (la négociation alors en germe avec l’Iran) et internationaux (alors que la politique du reset avec la Russie commence à dévoiler ses limites et ses échecs). Au fil des quatre dernières années du pouvoir d’Obama, cette révolution, dévoyée autant par ses dynamiques propres que par les non-choix faits par l’administration américaine, deviendra la crise par rapport à laquelle sa politique étrangère sera analysée, louée par les uns et dénigrée par beaucoup d’autres.

Pour autant, et c’est là tout le paradoxe, la Syrie n’aura pas été un souci principalement anxiogène pour l’administration Obama, en dehors de ses extensions diplomatiques ou de l’excroissance que constitue la montée du phénomène djihadiste, qui tend progressivement à prendre la place de la question syrienne elle-même. Pour Obama et son cercle proche, ce n’est pas la Syrie en tant que telle – un pays en proie à une contestation qui s’est armée et radicalisée au fil du temps, miné par la question lancinante d’un régime à la légitimité depuis longtemps défunte – qui est importante ; mais plutôt ce que cette administration peut, veut, ou ne veut pas faire à partir de la Syrie, avec d’autres acteurs comme la Russie, l’Iran, ou d’anciens partenaires des États-Unis dans la région, comme la Turquie ou les pays du Golfe.

Dans ce sens, n’était-ce la survenue éruptive de la question intraitable de l’État islamique, dans la région puis dans le théâtre occidental, on peut faire le pari que la Syrie aurait été traitée par la présidence Obama comme un conflit d’arrière-plan, dont il s’agit de gérer la violence comme un élément « résiduel » et endémique, et dont il convient de limiter les effets nocifs sur l’environnement régional. S’extraire de l’enlisement au Moyen-Orient reste en effet le seul axe stratégique d’Obama dans la région. Il faut donc tenter de contenir les effets de débordement de la Syrie sur le versant jordanien et israélien, pour préserver la stabilité d’États qui continuent à être perçus et traités comme des piliers d’alliance ; sur l’Irak pour ne pas aggraver le legs de 2003 qui joue un rôle central dans le positionnement post- et anti-Bush d’Obama ; sur le Liban qui constitue un appendice limité de soucis à éviter ; ou encore sur la Turquie, qu’Obama n’a jamais vraiment considérée comme un acteur légitime sur le terrain moyen-oriental.

Aussi, s’il fallait résumer la politique syrienne d’Obama, ce serait, presque sans exagération, « ne rien faire » – au-delà d’une gestion de crise, à laquelle la Russie apporte un concours encombrant, mais au fond bienvenu. Le programme annoncé par John Kerry dès le début du second mandat d’Obama a très vite été contredit, par les faits et dans les actes. Lors de son audition au Congrès en vue de sa nomination, le futur secrétaire d’État l’exposait ainsi :

Imposer une solution politique, qui signifie une transition menant à la fin du régime actuel, en accroissant la pression sur Assad et ses soutiens, afin de les amener à la table des négociations et à accepter la feuille de route de Genève. Pour cela, soutenir et renforcer l’opposition modérée, qui affronte à la fois Assad et l’État islamique1.

Or, depuis ce moment, rien ne sera fait dans ce sens ; et tout ce qui sera mis en place produira le contraire.

Les « instincts » du Président

Pour comprendre cette ligne intangible, il faut remonter aux fondements conceptuels de la lecture que font le Président et son cercle le plus restreint de la question syrienne, mais aussi du Moyen-Orient en général2.

La ligne générique, on le sait depuis 2008, est « plus jamais l’Irak » : Obama a été élu, puis réélu, pour liquider cette aventure et sa mémoire, avec l’idée fixe de ne pas faire couler une goutte de sang américain à l’extérieur, et notamment dans une région que la psyché américaine tient depuis pour maudite et sans espoir.

Cette ligne, au lieu d’être infléchie par les soulèvements arabes et l’optimisme qu’ils auraient pu insuffler, sera au contraire renforcée et confirmée par l’interprétation qu’en font les obamiens. Robert Malley, par exemple, entre en fonction comme conseiller de la Sécurité nationale sur le Golfe et le Moyen-Orient à la suite d’un long article qu’il écrit pour The New York Review of Books, intitulé sans ambiguïté “This is Not a Revolution3”. Ironiquement, la lecture faite de ce moment à tous les égards historique, sans jugement de valeur, recoupe celle qu’en font les régimes arabes eux-mêmes, ainsi que le pouvoir poutinien : cette région est immature et impréparée pour tout sursaut démocratique ; ce qui s’y passe est largement la traduction d’une lutte confessionnelle ainsi que le reflet d’une guerre froide arabe et islamique, traversée par les tensions entre l’Iran et le Golfe ; et les forces en présence sont bien plus obscurantistes que les régimes qu’elles prétendent combattre. Relues aujourd’hui, ces analyses montrent qu’au fond, ce n’est pas à la suite de calculs politiques ou de jugements d’intérêts nationaux qu’Obama aura laissé s’enliser un mouvement que beaucoup considéraient comme prometteur, mais bien par une lecture quasi idéologique. Celle-ci le situe, paradoxalement, dans un champ de pensée bien culturaliste vis-à-vis de la région, aux accents de mépris et d’ignorance volontaire des dynamiques sociales et culturelles du monde arabe et musulman.

Les États-Unis considèrent alors qu’ils n’ont pas de préférence dans ce combat qui s’annonce durable, et qu’il n’y a là aucune force digne d’être soutenue, car aucune n’est porteuse d’une alternative crédible : We have no dog in this fight, dira clairement Obama, quand la sordide réalité syrienne lui permettra enfin de lever la feuille de vigne qui encombrait son discours sur la liberté et le destin des sociétés arabes auxquels, au fond, il ne croyait pas.

Autre conséquence d’une telle lecture, il s’agit surtout pour les États-Unis de ne pas se laisser entraîner dans une guerre par procuration pour le compte d’un des deux camps en conflit. L’idée sera explicitée par le Président lui-même dans le long entretien-exposé de doctrine donné à la revue The Atlantic en avril 20164 : il y qualifie les États du Golfe, supposés jusque-là être les protégés de l’Amérique dans la région, de « passagers clandestins » (free riders), aux côtés bien sûr des « alliés » européens de Washington, tenus pour responsables de lui avoir fait faire une guerre inutile et contre-productive en Libye5.

La Syrie comme point d’application de la « doctrine Obama »

Sur la Syrie plus précisément, à tous les fondamentaux qui guident l’action américaine par rapport à cette interminable turbulence arabe, s’ajoutent des arguments plus conjoncturels et locaux.

Dans les premiers mois du second mandat, l’établissement d’une no-fly zone, ou à tout le moins d’une safe zone est à l’étude, appuyée par beaucoup au sein de l’administration. L’idée repoussoir dans le cercle d’Obama – encore un legs de l’expédition d’Irak – devient alors celle de l’enlisement inévitable qui suivrait une telle démarche, de l’entraînement graduel et inexorable vers un état de guerre prolongé (mission creep), alors que le régime Assad est dépourvu de toute défense aérienne crédible, et que ni l’Iran ni la Russie ne sont encore là pour la lui prêter. Dans les prises de positions publiques, comme dans les discussions d’Obama avec son équipe de Sécurité nationale, la même phrase clé revient souvent, selon laquelle « les coûts de l’inaction sont connus et limités, alors que ceux de l’action sont inconnus et potentiellement énormes6 ».

Bien sûr, un pendant politique est ajouté à cette réticence. L’administration dévalorise toujours plus l’opposition politique, incarnée par la coalition que Washington a pourtant organisée minutieusement dans un premier temps, et militaire, incarnée par une Armée syrienne libre dont les militaires américains n’arrivent pas à convaincre le Président qu’elle est digne de soutien, ouvrant ainsi la porte aux défections qui finiront par nourrir les factions radicales de la rébellion. Le non-dit, sur lequel personne dans l’entourage présidentiel n’a de doute, est celui de l’après-Assad ; en l’absence de réponse, ce dernier est perçu comme un moindre mal. La phrase la plus cruelle du Président à cet égard reste celle où il fait part de son scepticisme envers une force d’opposition composée de « pauvres fermiers, dentistes et pharmaciens ». Curieusement cette phrase est prononcée par Obama la semaine même où son administration, Kerry en tête, est censée plaider auprès du Congrès l’obtention d’une enveloppe d’un demi-milliard de dollars pour le programme d’entraînement et d’équipement de cette opposition modérée supposément chargée, aux termes de la feuille de route présentée par Kerry quelques mois auparavant, d’établir un équilibre des forces sur le terrain pour amener Assad à une négociation en vue de cette énigmatique « solution politique » que la diplomatie américaine s’active, au même moment, à mettre sur pied avec Moscou, au travers de l’accord de Genève7. L’ensemble de l’équation Kerry s’effondre alors : l’idée d’une force modérée supposée faire l’équilibre avec le régime, mais aussi combattre un Ei encore ténu (on en est encore à environ 6 000 djihadistes, toutes factions confondues, à ce moment de la guerre syrienne) s’évapore complètement lorsque des fuites venues de l’administration révèlent que cette « force » n’a pu lever que cinquante-cinq combattants.

On ne se souvient pas assez que c’est tout cet enchaînement, et l’immense sentiment d’abandon qui en résulte, après l’été 2013, l’attaque aux armes chimiques en août et la fameuse « ligne rouge » oubliée, qui poussera la grande majorité des factions dans les rangs radicaux ; et qui accélérera la sous-traitance de la réalité armée rebelle à la Turquie, au Qatar et à l’Arabie saoudite, qui, par habitus, donneront naissance à une myriade de groupes plus ou moins salafistes.

C’est alors qu’on commence à débattre dans les couloirs de l’administration d’une idée déjà bien avancée dans l’esprit du premier cercle obamien : c’est de la Russie que viendra la solution, et c’est Moscou qui, au fond, se chargera à la fois de faire plier Assad, de dessiner les contours d’une opposition plus malléable maintenant que l’illusion d’un effondrement du régime par lui-même est passée ; c’est Moscou aussi qui se chargera de la lutte contre le djihadisme, en parallèle avec l’effort américain en Irak. Sur ce dernier point, il faut encore rappeler la négligence envers la montée de l’État islamique, pourtant visible et pointée très tôt par la plupart des analystes. Obama lui-même s’exclame alors : « L’Ei ? Une équipe de deuxième division8 ! » Ce ne sera qu’avec la vidéo de la décapitation diffusée de James Foley, otage américain, que l’Ei deviendra un enjeu pour l’administration, par la voie de l’opinion publique américaine.

Cette approche est ancrée, enfin, dans l’idée que la Syrie, en dernière instance, n’est pas un intérêt américain bien compris. Syria is not ours, entend-on alors, une façon de dire que ce pays est traditionnellement dans l’escarcelle russe et que cette question ne doit pas être abordée dans une optique de jeu à somme nulle avec Moscou. Une idée que reprendra le Président dans son entretien à The Atlantic, en l’élargissant à d’autres sphères, comme l’Ukraine9.

Face à la Russie

En septembre 2015, quand Vladimir Poutine prend la décision d’intervenir en Syrie, le régime est en train de s’effondrer dangereusement. Le front sud échappe aux tentatives de contrôle du Hezbollah et des conseillers iraniens, avec la constitution d’une sorte de zone tampon rebelle agréée par Amman et Tel Aviv ; Damas est encerclé, et son seul débouché, vers le Liban à travers le Qalamoun, est à peine sous contrôle du Hezbollah ; surtout, le littoral et l’hinterland alaouite sont maintenant à portée sporadique de l’artillerie rebelle, certaines factions opérant même des incursions à une trentaine de kilomètres de Qardaha, le cœur de la région alaouite et le village natal des Assad. L’intervention militaire directe de la Russie a donc pour objectif immédiat de sauver puis de restabiliser le régime, pour éviter le pire. Moscou ne veut pas se départir de sa carte maîtresse dans son jeu d’échec global avec les États-Unis et l’ensemble du monde occidental.

Dans la foulée immédiate de ce sauvetage, la Russie va aussi surdimensionner son intervention, par un effet de levier et de démultiplication permis par le vide opérationnel et politique laissé ouvert par l’approche extrêmement réticente d’Obama. Elle fait cela sur deux plans : en Syrie, la « domestication » du régime lui-même, en faisant comprendre à son protégé qu’il est désormais son obligé ; au plan international et diplomatique, en se saisissant de l’ensemble du logiciel politique où Washington devient l’acteur second et le partenaire consentant.

La feuille de route originelle de Genève – et la réunion orpheline de Genève II, où les Russes n’avaient pas exercé la moindre pression sur le régime sur la question du pouvoir de transition – est très vite remplacée par une autre, dans les résolutions 1554 et 1668 du texte de Vienne. Le format est alors différent, qui instaure formellement un condominium russo-américain sur la question syrienne, au grand dam des Européens, des États arabes, de la Turquie, mais aussi de l’Iran, qui se trouvent confinés à des rôles de spectateurs. Le contenu l’est tout autant, qui imprime un alignement quasi total de Washington sur le programme dicté par Moscou. L’inflexion est visible immédiatement, dans le langage des documents successifs, comme dans les agendas fixés par Staffan de Mistura, l’envoyé spécial de l’Onu, ou dans les développements sur le terrain syrien lui-même. Sur tous ces aspects, les concessions de Kerry à Lavrov se multiplient. La délégation censée représenter l’opposition, organisée désormais dans un Haut Conseil pour la négociation composé à Riyad sous supervision américaine, est doublée par deux ou trois groupes de personnalités vaguement opposantes parrainées par Moscou ; et la référence à la création d’un « corps de gouvernement transitoire aux prérogatives entières et supervisant la création des nouvelles institutions de gouvernance syriennes » – phrase clé du processus de Genève qui avait conduit l’opposition à accepter le principe de la négociation – est remplacée par l’idée vague d’un « gouvernement d’union nationale », sous l’égide d’Assad, et par l’organisation d’élections à l’issue d’une période de dix-huit mois, durant lesquels le régime pourra lui-même proposer les amendements devant déboucher sur une nouvelle Constitution…

La question du régime, en un mot, est mise au placard, au profit de mécanismes formels et techniques dont les Russes se font les opérateurs principaux. Le cessez-le-feu, pudiquement nommé cessation of hostilities, est formellement supervisé par un comité russo-américain, qui siège et opère à partir de la nouvelle base que l’armée russe a construite à Hmayyem, aux confins du canton kurde qu’ils protègent et promeuvent maintenant sans ambages. Cette cessation des hostilités, quotidiennement violée par l’aviation russe qui opère même des raids meurtriers sur des factions de la rébellion encore armées et encadrées par la Cia ou le Pentagone, est à sens entièrement unique, Washington ayant fini par admettre la logique russe selon laquelle toute faction avoisinant un groupe considéré par Moscou comme « terroriste » devra payer le prix de sa localisation malheureuse10.

Que veut Moscou ?

Si la Syrie est pour Obama un ennui contingent, une contrainte imposée par les circonstances et qu’il s’agit de gérer à moindre coût, elle est pour la Russie au cœur d’un projet géopolitique global, lié à la permanence même du pouvoir du président Poutine et de sa posture intérieure et internationale. Cette différence cruciale structure la relation russo-américaine autour de la Syrie. Là encore, Obama le dit dans The Atlantic : la Syrie, tout comme l’Ukraine, appartient à la sphère d’« intérêts vitaux de la Russie » ; non seulement ce qui s’y passe est d’un intérêt limité pour Washington, non seulement ce serait inutile de braquer Moscou là-dessus, mais il s’agit aussi pour les États-Unis, un peu comme à l’époque brejnevienne, de respecter ces « zones de souveraineté limitées »…

Dans la lecture que fait Poutine des équilibres mondiaux et de la place que doit y prendre la Russie, la Syrie est devenue, au fil de ses cinq années d’hémorragie, la plate-forme idéale pour rétablir une certaine suprématie régionale, ou tout au moins une parité au plan international. C’est en raison de la crise syrienne qu’un dialogue constant et de plus en plus intime se fait entre les deux capitales et que le président russe apparaît comme l’homme fort, le seul leader d’envergure à avoir saisi l’ampleur du danger djihadiste, mais aussi l’importance de protéger des régimes « stables, laïques, et protecteurs des minorités » dans une région où la turbulence a été instaurée par les aventures américaines échevelées, puis amplifiée par des régimes porteurs d’idéologies islamistes redoutables. Les interlocuteurs du président russe rapportent tous sa méfiance de tout mouvement inspiré par l’islam politique, en particulier dans le monde sunnite. Un paradoxe de plus pour un État-encore-empire où la question de l’islam est vivace, pour des raisons démographiques et sociologiques, mais où planent encore les relents du drame tchétchène.

Il s’agit aussi d’infliger aux Occidentaux une leçon concernant la protection des régimes tels qu’ils sont, au nom d’une approche restrictive de la souveraineté et du droit international, où perce une suspicion épidermique à l’égard de toute velléité révolutionnaire. Toute expression populaire de contestation est lue exclusivement au travers du prisme des « révolutions de couleur » qui ont humilié Moscou en lui ôtant ses satellites. La Syrie est un point d’application idéal, à peu de frais, d’une posture de soutien aux alliés de Moscou, un message particulièrement audible dans une région où les autocrates de tous bords ont vu avec effroi les États-Unis s’accommoder de la chute de leurs amis dès le premier souffle de révolte populaire. En signalant que la Russie est une puissance qui ne lâche pas ses alliés, dans un contexte de repli moyen-oriental du rival américain, Poutine compte sans doute aussi reprendre pied dans l’ensemble des espaces autrefois alignés sur Moscou, comme l’Irak, l’Égypte, la Libye, ou encore le Yémen.

En Syrie, ces principes directeurs de la politique russe ne se traduisent pas par un objectif unique et bien défini. La stratégie de Moscou semble plutôt reposer sur des lignes de défenses successives, des options déclinées du meilleur vers le pire11.

L’optimum, bien entendu, serait de pouvoir restaurer une Syrie « d’avant », à l’État central fort, avec une armée reconstruite et rééquipée par Moscou, et qui serait de nouveau la base principale dans la région et sur l’est de la Méditerranée. Dans cette optique, la nature et le caractère du régime sont essentiels pour la Russie, quitte à lui faire subir des embellissements cosmétiques. Assad est vu comme une variable d’ajustement, mais il ne faudrait pas obtenir son départ sous la pression de la rue ou des armes, ou être perçu comme ayant participé à son débarquement. Par ailleurs, Moscou est suffisamment familier du système Assad tel qu’il s’est construit depuis quarante ans pour savoir qu’une telle structure, une fois décapitée, n’est pas facilement remplaçable. Et dans le contexte régional d’aujourd’hui, Poutine est sans doute bien conscient que la tête d’Assad ne lui appartient pas entièrement : sur ce point, les calculs américains comptent bien moins que ceux de l’Iran. La diplomatie russe cherche donc à évacuer le plus longtemps possible la question Assad de la négociation, un objectif rendu bien facile par la permissivité américaine.

Si la résurrection d’une Syrie « soviétique » n’était pas possible, Moscou s’accommoderait d’un pays relativement décentralisé, où Assad, sa clique et sa communauté continueraient à régir le centre, avec une relative autonomie des périphéries, sous l’égide russe. D’où les liens cultivés par Moscou avec l’ensemble des factions kurdes, au risque de tensions avec le voisin turc, mais aussi, potentiellement, avec l’Iran. D’où aussi la stratégie de cooptation des tribus sunnites peu « islamisables », à travers des mécanismes localisés de « réconciliation » et de démobilisation, pilotés par des officiers arabisants de l’armée russe. En dehors des régions où de telles dynamiques sont possibles, il s’agit alors de laminer militairement la rébellion, quitte à faire émerger un paysage où ne s’affrontent plus qu’Assad et l’Ei, ce qui rend le soutien à ce dernier, par défaut, bien plus facile à vendre aux partenaires internationaux.

Enfin, en dernier ressort, Moscou peut sans doute envisager une partition syrienne, au bout d’années de combats et de déplacements de population. Laissant le marécage sunnite au centre du pays à un magma de forces plus ou moins radicales qui s’y épuiseraient les unes contre les autres, s’accommodant d’une gestion israélo-jordanienne plutôt sécuritaire des régions sud de la Syrie, protégeant un Kurdistan syrien dont elle se fera l’intermédiaire avec une Turquie qui n’en peut mais, mais aussi avec l’Iran, la Russie arracherait somme toute la partie la plus juteuse de la bête syrienne dépecée, cette fameuse « Syrie utile », par sa densité démographique, sa façade maritime unique, et ses champs gaziers sous-marins.

Au cœur de cette stratégie à géométrie variable, le temps est un élément essentiel. La Russie ne veut pas être contrainte à traiter la question du régime et de sa tête, forcée à opter pour l’une sans l’autre de ses lignes de défense. Et les calculs minimalistes d’Obama l’arrangent en ce sens. Pour ce dernier, pratiquement à front renversé avec Poutine, il s’agit de faire passer le temps sur un dossier qui aura empoisonné sa présidence, tout en donnant l’impression d’occuper le terrain, ce à quoi Moscou se plie volontiers, par l’entretien d’un processus politique désormais sans substance, sans horizon, et sans compétiteur valide. La version officielle pour l’opinion – contredite tous les jours dans les faits – est que la cessation des hostilités tient, et qu’elle fait moins de morts ; que la Syrie est sur la voie d’une transition politique, certes lente… Le secrétaire d’État américain est sans doute le seul à penser encore qu’Assad mettra en œuvre le processus de transition, qui devait démarrer dès le mois d’août 2016 !

L’Iran en constant filigrane

Combien aura pesé, dans la décision clairement prise par l’administration Obama dès le début de crise syrienne de ne rien y faire de substantiel, l’impératif de faire réussir la négociation nucléaire avec l’Iran ? Pour la plupart des analystes familiers de l’administration Obama, la réponse fait peu de doute. Si doctrine Obama il y a, sa pierre de voûte aura été la poursuite et l’aboutissement de l’accord nucléaire avec Téhéran. Ce dernier est la condition nécessaire pour mettre en œuvre le pivot tant vanté vers l’Asie, mais aussi l’incontournable clé qui permettrait aux États-Unis de se dégager durablement d’un Moyen-Orient qui n’a plus le même intérêt stratégique qu’autrefois. L’effort le plus constant de la présidence américaine aura été d’atteindre cet accord : ainsi, dans les périodes où seul le soutien militaire, financier et stratégique de l’Iran permettait encore la survie du régime Assad, il fallait surtout éviter de donner à Téhéran l’impression qu’une action opérée sur le terrain syrien était un levier de pression exercée sur la table du P5 + 112.

Toutefois, et l’on retrouve là certains des instincts du président américain et de son entourage proche, la lecture que fait Obama de l’ensemble de cette question est également marquée par une sympathie prononcée pour l’Iran, sa culture et son histoire, voire pour sa pratique et sa version de l’islam ; en miroir d’une antipathie profonde et instinctive vis-à-vis du monde arabe sunnite, essentiellement celui du Golfe, auquel Obama, en plus d’un traitement diplomatique qui lui vaudra la froideur des monarques, prédit un avenir bien sombre et des développements inquiétants.

Traduit en termes de politique syrienne, l’attitude d’Obama visant à sécuriser son accord avec l’Iran était doublée par la conviction, comme avec la Russie, que Téhéran apporterait in fine la solution au drame syrien. Pour cela, il fallait réussir le deal. Puis parier sur les effets de ce dernier sur les dynamiques politiques intérieures de l’Iran, la consolidation du camp des modérés contre celui des durs, et, à terme, l’établissement d’une architecture régionale de sécurité qui couvrirait aussi bien l’Irak que la Syrie. Et, au bout de ce processus, le pari qu’Assad, devenu difficile à maintenir et à protéger, serait lâché par ses anciens protecteurs.

Dans ce sens, et très cyniquement, la montée irrésistible de l’Ei permet à l’Iran de se présenter comme une force rempart contre l’hydre ; elle permet aux obamiens de justifier un rapprochement avec Téhéran, ou encore une coordination sécuritaire, sur l’Irak par exemple, au nom d’une lutte commune contre le même fléau. Ainsi, lorsqu’ils évoquent les fameuses légions d’étrangers venus de toutes parts combattre en Syrie, les officiels américains citent les cohortes de djihadistes sunnites rejoignant l’Ei ou le front Nusra, mais ils ne font aucune mention des quelque 30 000 combattants chiites levés par Téhéran et encadrés par la fine fleur de ses Pasdarans, auprès du Hezbollah libanais, des multiples milices irakiennes, ou encore des Hazaras afghans et autres soldats de fortune mobilisés par la « défense du lieu saint de Sayyeda Zeinab ».

Ce qui éclaire en creux l’attitude étonnamment passive d’Israël vis-à-vis des événements en Syrie, pays non seulement frontalier, mais auquel l’opposent des contentieux compliqués et anciens, dont la facilitation de l’appui iranien au Hezbollah. Et, depuis la guerre en Syrie, le rôle crucial que ce dernier joue dans la défense prétorienne du régime, tout en étant tenu en joue par l’aviation israélienne qui en limite régulièrement l’expansion en Syrie, avec un acquiescement et une couverture silencieuse de la Russie, ne manque pas d’intriguer.

Quel héritage ?

Au bout du compte, pendant les cinq années durant lesquelles la crise syrienne aura accompagné la présidence Obama, les États-Unis auront payé très peu, et très peu cher. La Syrie sera restée une crise somme toute « latérale », gérée par un John Kerry à la fois hyperactif et naïf, deux traits parfaitement instrumentalisés par la Maison-Blanche, satisfaite d’avoir dégagé ce dossier de son agenda immédiat13.

En énonçant son plan pour la Syrie devant le Congrès, John Kerry y croyait sans doute ; pas Obama. Cela est avéré par les multiples témoignages d’agacement du Président vis-à-vis de son secrétaire d’État qui le presse régulièrement d’en faire plus sur ce dossier. Avec le temps néanmoins, même Kerry finira par être gagné, par lassitude et résignation ou par l’illusion qu’il a d’obtenir des résultats même minimes, à la logique infernale de la Russie14.

Le problème est qu’en s’alignant de la sorte, la diplomatie américaine s’est privée durablement de ses instruments d’action sur le terrain syrien. L’administration Obama s’est enfermée, presque volontairement, dans une équation où elle ne pouvait plus rien faire, quand bien même elle l’aurait voulu. Et ces cartes volontairement négligées, puis jetées et annulées, ne sont pas que d’ordre militaire, comme s’acharnent à le dire les proches du Président pour susciter l’adhésion de l’opinion ; elles sont aussi d’ordre politico-diplomatique, voire parfois simplement symboliques. Si le refus d’armer la rébellion est d’abord appuyé sur la crainte de voir des arsenaux « qualitatifs » tomber aux mains des factions djihadistes – un argument devenu caduc depuis que l’Ei a mis la main sur plus de 30 milliards de dollars d’armes et équipements abandonnés à Mossoul par une armée irakienne encadrée par les militaires américains –, la Maison-Blanche refusera aussi, en 2012 puis en 2013, un plan soumis par les alliés français et britanniques visant à encourager des défections de haut niveau au sein du régime, et surtout dans son armée, de façon à commencer à construire dans l’opposition la force nationale qui serait à même de prendre la relève dans la foulée d’une chute d’Assad15 ; elle se refusera aussi à des actions moins létales, comme une attitude plus ferme envers les soutiens du régime au Conseil de sécurité de l’Onu, ou des sanctions judiciaires, lorsqu’un dossier des plus accablants, celui du fameux « César », lui sera mis entre les mains16.

La politique syrienne d’Obama lègue un système bien pensé d’auto-empêchement, mis en place par des démarches successives d’évitement. C’est à partir de ce constat que l’on peut s’interroger sur les politiques syriennes après Obama. Quel que soit son successeur, ce qui reste, sur le terrain et à la table des négociations, après la série de reculs, d’abandons et de révisions, est difficile, voire impossible à renverser. Et c’est sans doute l’explication du redoublement d’efforts de la Russie durant le temps mort électoral américain, afin de consacrer le plus de faits accomplis possibles et d’accueillir la prochaine administration dans les meilleures conditions pour Moscou.

Reste qu’au-delà du Président et de son cercle proche, cette politique syrienne aura recueilli très peu d’adhésion, non seulement dans les milieux politiques ou ceux de l’analyse, mais aussi au cœur même de la machine. Presque sans exception, tous ceux qui ont occupé les plus hautes fonctions relatives à ce dossier sont justement partis à cause de lui, sur fond de divergences profondes sur la ligne suivie. Tous se sont exprimés par la suite pour faire savoir leur désaccord (à commencer par Hillary Clinton elle-même, ou encore Léon Panetta, Robert Gates, les généraux Petraeus et Nagata, Robert Ford, et bien d’autres). Dernièrement, cinquante-cinq diplomates en exercice ont signé une lettre pour demander une révision radicale de la politique syrienne : l’administration est mûre pour une approche différente17.

Ce qui restera de plus amer, au fond, dans la non-action d’Obama sur la Syrie, sera sans doute le sentiment de travail accompli d’un Président qui aura voulu, de bout en bout, garder la plus grande crise contemporaine de sa présidence à distance. Pour le moins saisissant concernant un Président dont on attendait qu’il réconcilie l’Amérique avec le monde, et particulièrement le monde arabe et l’islam ; un Président dont les mandats avaient débuté sous le signe des discours du Caire et d’Ankara où il glosait sur le devenir des peuples de la région qui résidait entre leurs mains, sur leur droit au choix et à la liberté, et sur la nécessité pour eux de secouer des décennies de glaciation autoritaire. Un début vite oublié, pour faire place à une forme d’isolationnisme par défaut, une posture paradoxalement reprise aujourd’hui par des candidats aussi différents que Donald Trump ou Bernie Sanders, qui laisse entendre que les États-Unis doivent plutôt s’accommoder des maux du monde au nom d’une reconstruction plus urgente de la maison américaine.

Jamais, sur la Syrie, Obama ne reconnaîtra que ses évitements sont ceux d’un Président qui constate avec tristesse les limites de la puissance, et qui doit faire avec l’embarrassant héritage qu’il a reçu ; une telle attitude aurait peut-être rendu le bilan « acceptable ». On est frappé plutôt par l’arrogance intellectuelle d’un Président à l’intelligence supérieure ; par son constant et obstiné déni des faits qui ont régulièrement démenti son analyse, comme c’est le cas souvent pour les grands cérébraux. Non seulement peu de regrets ou de remords, mais, et c’est ce qui reviendra sans doute comme une blessure pour les Syriens et ceux qui s’en soucient, une fierté qu’il tire de cette non-politique volontariste, et le crédit qu’il s’arroge de ce qui, au fond, n’a été qu’une somme d’adaptations a minima à un monde qui aura beaucoup changé durant sa présidence… Dans son fameux exposé de doctrine de The Atlantic, Obama ne déplore pas que les contraintes syriennes et internationales l’aient empêché de faire plus, ou mieux. Bien au contraire, il va jusqu’à révéler que sa non-action au lendemain des attaques chimiques, son non-respect de la propre ligne rouge qu’il a tracée auront été pour lui un « moment de fierté et de libération18 ». La fierté d’un Président satisfait d’avoir été à l’encontre ce qu’il appelle avec mépris les « recettes de Washington » (Washington playbook) ; le moment aussi qui aura signifié, pour les États-Unis dans le monde, une série de transformations difficilement réversibles, ainsi qu’une érosion de sa crédibilité, auprès de ses rivaux, mais aussi de ses alliés et partenaires.

Il appartiendra bien sûr aux historiens de dire si cette auto-libération du président américain ne se sera pas faite surtout au prix de la disparition, largement entamée aujourd’hui, d’un pays qui s’appelait la Syrie.

  • *.

    Chercheur invité à la Carnegie Endowment, Programme Moyen-Orient, à Washington. Préalablement professeur à Sciences Po Paris, et consultant permanent auprès du Centre d’analyse et de prévision du Ministère des Affaires étrangères.

  • 1.

    To force a political solution, one leading to a transition away from the actual regime, by increasing pressure on Assad and its backers to bring them to the table, through supporting the moderate opposition, and organize it to fight both against Assad and Isis.

  • 2.

    Ce dossier-là, plus que tout autre, est strictement monopolisé par une poignée de collaborateurs proches, pour la plupart venant du cercle antérieur d’Obama, connus pour leur peu d’intérêt pour les questions internationales et pour leur fonctionnement extrêmement soupçonneux à l’égard de tout ce qui provient « d’en dehors », ce dehors débutant souvent aux portes du Bureau ovale, comme le confie un ancien conseiller spécial d’Obama sur la question syrienne.

  • 3.

    http://www.nybooks.com/articles/2012/11/08/not-revolution/

  • 4.

    http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2016/04/the-obama-doctrine/471525/

  • 5.

    La même rhétorique sera reprise, en toute fin de mandat, par toute la garde rapprochée d’Obama. Parmi les innombrables exemples, cette interview du vice-président Joe Biden à l’émission Morning Joe, où il dit : « À quoi s’attendaient les Arabes en commençant leurs révolutions ? Je n’ai pas encore trouvé de Thomas Jefferson caché derrière une dune en Syrie. »

  • 6.

    https://www.washingtonpost.com/news/monkey-cage/wp/2016/03/14/why-the-united-states-hasnt-intervened-in-syria/

  • 7.

    http://www.atlanticcouncil.org/blogs/menasource/syria-farmers-teachers-pharmacists-and-dentists

  • 8.

    http://www.glennbeck.com/2014/01/21/president-obama-dismisses-al-qaeda-as-a-jv-team/

  • 9.

    Ibid., http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2016/04/the-obama-doctrine/​471525/

  • 10.

    Cette évolution désastreuse de la dynamique diplomatique et politique atteindra son paroxysme en septembre 2016 et dans la semaine qui suit la deuxième tentative de cessez-le-feu parrainé par les États-Unis et la Russie. L’attaque, par l’aviation russe ou celle de son protégé syrien, d’un convoi d’aide humanitaire sous égide de l’Onu, au lieu de pousser les deux parrains du jeu global à resserrer leur coopération et à tenir le régime en garde, voit la Russie aller encore plus loin dans sa volonté d’arracher des concessions à la partie américaine et refuser toute mise en cause d’Assad qui, la même semaine, annonce qu’il reprendra l’ensemble du territoire syrien, et masse de nouvelles troupes aux portes d’Alep dont le siège reprend…

  • 11.

    Voir Joseph Bahout : http://carnegie-mec.org/diwan/62313

  • 12.

    Voir à ce sujet l’ouvrage extrêmement documenté sur cette négociation de Jay Solomon, The Iran Wars: Spy Games, Bank Battles, and the Secret Deals That Reshaped the Middle East, Londres, Penguin, 2016.

  • 13.

    Certains iront même jusqu’à se demander si le Président et la Maison-Blanche n’ont pas instrumentalisé ce zèle du secrétaire d’État pour gagner du temps en interminables et vaines négociations avec la Russie, de façon à constamment botter en touche toute décision cruciale sur la Syrie, en arguant de l’existence d’un dialogue et de ma nécessité de ne pas l’avorter. Voir https://www.washingtonpost.com/opinions/a-soliloquy-on-syria

  • 14.

    En fin de mandat Obama, une bande-son accablante pour Kerry fuite par le biais du New York Times. On l’y entend, au cours d’une rencontre fermée avec des activistes syriens anti-régime, se lamenter sur le manque de soutien au sein de l’administration et de la Maison-Blanche à toutes ses initiatives pour rééquilibrer le rapport de forces en Syrie et améliorer les conditions d’une négociation politique. Kerry finit par lâcher à ses interlocuteurs médusés qu’ils n’ont plus d’autre choix que d’aller à des élections face à Assad, avec l’espoir qu’il les perde… Voir http://www.nytimes.com/interactive/2016/09/30/world/middleeast/john-kerry-syria-audio

  • 15.

    Voir http://www.nytimes.com/2016/02/03/opinion/to-end-syrias-war-help-assads-officers-defect.html?_r=0

  • 16.

    Voir, sur ce sujet qui fait encore polémique à Washington, https://www.washingtonpost.com/news/josh-rogin/wp/2016/09/20/white-house-worked-secretly-to-delay-syria-sanctions-bill/?utm_term=.65c1bf94ee99

  • 17.

    Voir http://www.nytimes.com/2016/06/17/world/middleeast/syria-assad-obama-airstrikes-diplomats-memo.html?_r=0

  • 18.

    Voir http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2016/04/the-obama-doctrine/​471525/