Dans le même numéro

La vie psychique du pouvoir colonial. Entretien

octobre 2017

#Divers

Dans la revue Politique africaine1, vous soulignez la nécessité de lire « les archives » de Frantz Fanon pour interpréter les violences du temps présent. Vous présentez son œuvre, au-delà des partages disciplinaires établis, comme une vaste exploration de « la vie psychique du pouvoir colonial », c’est-à-dire à la fois comme une épistémologie critique du savoir colonial et comme une phénoménologie de la résistance. Si le travail de Fanon est pertinent aujourd’hui, la distinction entre la situation coloniale et la situation post-coloniale n’est-elle pas remise en question ? Ce que Jacques Rancière appelle la « blessure ancienne » est-elle une mauvaise cicatrice ou une plaie encore ouverte ?

Roberto Beneduce – Fanon, dans sa pensée et son écriture, se rapporte toujours à une situation : il rappelle ainsi aux médecins et aux psychiatres la nécessité d’un « diagnostic situationnel ». Il n’est donc pas un penseur pour toutes les saisons. Pour saisir l’actualité et la pertinence de Fanon, il faut extraire de sa pensée des nœuds épistémologiques et politiques qui anticipent sur des problèmes irrésolus, notamment si les

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Bayart Jean-François

Roberto Beneduce

Professeur d’anthropologie médicale et psychiatrique à l’université de Turin et directeur du Centre Frantz Fanon. Il a dirigé avec Nigel C. Gibson, Frantz Fanon: Psychiatry and Politics (Rowman and Littlefield, 2017) et publié Archeologie del trauma. Un’anthropologia del sottosuolo (Laterza, 2014).

Simona Taliani

Professeure assistante d’anthropologie à l’université de Turin, psychothérapeute au Centre Frantz Fanon, elle prépare la publication de Filles de poudre. De l’obéissance superstitieuse dans la migration nigérianne aux éditions Karthala.

Dans le même numéro

La « post-mémoire » renvoie à ces événements traumatiques qui se sont produits dans le passé, mais dont les effets se prolongent dans le présent. Comment les accueillir en ménageant nos capacités de pensée, d’action et de création ? Ce dossier articule notre vulnérabilité aux violences de l’histoire et nos possibilités de réparation par les histoires que nous nous racontons.