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Svletana Alexievitch. Le Nobel d'une humanité dans les décombres

février 2016

#Divers

Le Nobel d’une humanité dans les décombres

S’il faut assigner une place à Svetlana Alexievitch dans le panthéon littéraire russe, alors disons qu’elle se tient très exactement à la frontière entre Tchekhov et Alexandre Soljenitsyne. Tchekhov, lorsqu’il écrit son mémorable l’Île de Sakhaline – ce poignant carnet de voyage qu’il rapporte de la visite qu’il est allé faire, habité par une urgence intérieure que son entourage ne comprend pas, au bagne de l’Extrême-Orient russe –, veut voir, comprendre, toucher du doigt une humanité que personne ne souhaite considérer, une humanité reléguée parce qu’on veut pouvoir l’ignorer. L’écrivain médecin veut raconter, rendre compte de ce qu’il découvre, et rendre présents ces êtres humains, hommes, femmes, enfants. Il veut dire comment on vit là-bas. Soljenitsyne, quant à lui, construit une cathédrale de témoignages pour décrire un système qu’il abhorre. Il cogne certes comme un bûcheron, ou comme un veau qui frappe obstinément de sa tête le chêne qu’il veut abattre, mais derrière la détermination implacable du lutteur, il y a la même compassion. Svetlana Alexievitch commence là où l’auteur de l’Archipel du Goulag s’est arrêté : après l’effondrement du chêne.

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