Ministère des affaires étrangères, site Convention - photo Frédéric de La Mure
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La politique étrangère de la France en débat

L’article de Justin Vaïsse publié dans notre numéro de novembre 2017, « Le passé d’un oxymore. Le débat français de politique étrangère », a provoqué de nombreuses réactions. Justin Vaïsse y mettait en question l’idée d’un consensus gaullo-miterrandien, ainsi que l’existence d’une rupture, en 2007, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, qui aurait marqué un tournant vers une forme de « néoconservatisme à la française ». Il pointait aussi le passage des générations et les bouleversements du paysage international qui appellent une grille d’analyse renouvelée, dans laquelle la Chine, par exemple, ainsi que de nouveaux défis prendraient désormais toute leur place. La controverse ainsi ouverte a été relayée notamment sur le site Boulevard extérieur, qui s’est fait l’écho de plusieurs réponses d’anciens diplomates et observateurs critiques. Les arguments échangés témoignent que l’évolution de la politique étrangère de la France ces dernières années fait l’objet de lectures divergentes et que les passions restent vives, au moment où l’on cherche à comprendre quelles seront les grandes orientations d’Emmanuel Macron dans ce domaine. Nous publions ici les réponses que nous ont adressées Hubert Védrine, Christian Lequesne et Pascal Boniface, tous trois mentionnés dans l’article original de Justin Vaïsse, en espérant qu’elles contribuent à approfondir et à poursuivre le débat.

Une tradition d’indépendance – Hubert Védrine

L’article de Justin Vaïsse sur « le passé d’un oxymore », c’est-à-dire le gaullo-mitterrandisme, appelle quelques remarques sur le fond et sur le contexte.

Ruptures et continuités

Justin Vaïsse n’a pas tort de rappeler les différences profondes entre le gaullisme et le mitterrandisme, ni que les autres présidents, même après la « rupture » proclamée en 2007 par Nicolas Sarkozy, ont parfois inscrit leurs pas dans ceux de leurs prédécesseurs et dans la tradition diplomatique française de la Ve République.

Ce serait une erreur d’analyser
le néoconservatisme
à la française comme
un « atlantisme » à l’ancienne.

Mais quand j’ai employé cette formule, dans les années 1980, je ne prétendais pas que les politiques étrangères des deux présidents étaient les mêmes. Je soulignais que François Mitterrand avait repris et assumait les fondamentaux de la dissuasion alors que beaucoup s’attendaient à ce qu’il les rejette. Ce n’est que plus

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Christian Lequesne

Professeur à Sciences Po, ancien directeur du Ceri, il a récemment publié Ethographie du Quai d’Orsay. Les pratiques des diplomates français (Cnrs, 2017).

Hubert Védrine

Diplomate et homme politique, il a récemment publié Le monde au défi (Fayard, 2017).

Pascal Boniface

Fondateur et directeur de l’Iris, il est maître de conférences à l'Institut d'études européennes de Florence. Il a récemment publié La Géopolitique (Eyrolles, 2018) et Antisémite (Max Milo, 2018).

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