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Ce que Gagarine a vu : condition orbitale et transcendance technique

mars/avril 2017

#Divers

Eugene Cernan n’était pas le dernier survivant de l’odyssée lunaire, mais nul n’avait fait le voyage après lui. Son décès, annoncé il y a quelques semaines, nous renvoie à l’histoire complexe de la conquête spatiale, à la guerre froide et aux aléas des politiques budgétaires américaines : interruption du programme Apollo au plus fort de la guerre du Vietnam, confinement des vols spatiaux habités à l’échelle orbitale, etc. Cernan aura donc été – mais pour combien de temps ? – le dernier homme à marcher sur la Lune. C’était le 11 décembre 1972, dans le cadre de la mission Apollo 17 dont il était le commandant. La visite avait duré trois jours, et nul apophtegme n’avait clos ce glorieux mais trop court chapitre de l’astronautique. Après le « bond de géant pour l’humanité » – phraséologie d’époque aux accents maoïstes –, il aurait pu être question d’un vol suspendu, ou mieux, d’une mise en orbite de l’utopie spatiale.

Star Wars entretint pour un temps l’imaginaire du Grand Voyage en conférant une dimension proprement mythologique à la vieille question de la pluralité des mondes, mais les années 1980 virent aussi la navette Challenger se désintégrer avec tout son équipage à quelques kilomètres d’altitude de la Terre, une minute à peine après avoir décollé. La Nasa avait déjà fait le deuil d’Apollo. À l’âge conquérant des aventuriers du ciel, généralement issus de l’aviation militaire, succédait l’administration scientifique des espaces sidéraux : c’était le temps du fret astronautique et des stations spatiales. Aujourd’hui, grâce à l’Agence spatiale européenne, nous assistons depuis nos canapés aux exploits en haute définition de la vaillante Philae, à grand renfort de simulations 3D et de leçons d’exobiologie, tandis que des sondes plus discrètes, lointains témoins de l’âge d’or des programmes spatiaux, se rappellent de loin en loin à notre bon souvenir en nous apportant des nouvelles amorties des régions où elles croisent désormais, balayées par les vents solaires, dans un temps plus long et plus profond que le nôtre. Rosetta aura voyagé un peu plus de dix ans avant de défrayer la chronique en orientant nos regards vers la comète Churyumov-Gerasimenko. Mais Voyager 1, nous dit-on, devra encore patienter plus de 50 000 années avant de quitter définitivement la zone d’attraction du Soleil. En attendant, l’humanité s’entraîne au sol. Sous une tente étanche, des astronautes se préparent à la vie sur Mars. Dans les entrailles de la terre, la spéléologie leur offre un avant-goût de l’aventure extraterrestre, pendant que des expéditions spatiales menées par des robots offrent aux sédentaires un spectacle aussi beau et ennuyeux que celui de l’exploration des fonds marins.

Au demeurant, ni Armstrong ni Cernan ne s’étaient risqués bien loin : la Lune n’est qu’à 380 000 kilomètres de cap Canaveral ou de Paris. Quant aux quelques centaines d’astronautes qui eurent la chance de se trouver embarqués dans des vols spatiaux au cours des cinquante dernières années, ils n’ont guère dépassé l’altitude à laquelle se situe aujourd’hui la station spatiale internationale (Iss), soit environ 400 kilomètres – l’équivalent d’un trajet Paris-Lyon à vol d’oiseau.

Telles sont les échelles temporelles et spatiales où se joue le destin sidéral de l’humanité : échelles modestes au regard des deux infinis qui l’enferment et la fuient, mais déjà vertigineuses si on les ramène aux proportions de notre affairement quotidien. Échelles multiples aussi, et surtout superposées, voire intriquées. En effet, de même qu’il n’est pas besoin d’être allé en personne sur la Lune pour se sentir partie prenante d’une aventure qui engage la représentation de l’espèce à l’échelle planétaire, il n’est pas davantage besoin d’envoyer physiquement des astronautes aux confins du système solaire – ils n’y survivraient pas – ou même au voisinage de Mars – le programme Viking fait miroiter cela depuis quarante ans –, pour comprendre que les sondes, au même titre que les satellites, constituent d’ores et déjà une formidable extension du sensorium humain. Notre corps, expliquait Bergson, « va jusqu’aux étoiles1 ». Les prothèses technologiques mobilisées par les programmes d’exploration spatiale constituent un prolongement virtuel, mais en fait déjà opérant sur le terrain perceptif, du petit corps qui sert de référentiel à nos projets ordinaires ; elles constituent en sourdine un gigantesque « corps inorganique » dont il faudra bien un jour prendre la mesure et interroger la signification, au lieu de n’y voir qu’un cocon électromagnétique redoublant inutilement notre frêle écosphère, ou nous renvoyant indéfiniment l’écho de notre propre divertissement.

Misère de l’homme sans Lieu, malheurs de l’image ou de l’information à l’âge de leur transmission satellitaire : ces motifs rebattus ne sont d’aucun secours ici. En revanche, les considérations quantitatives touchant l’extension réelle ou virtuelle de l’affaire spatiale ne sont peut-être pas un mauvais point de départ. Elles font en effet entrevoir le seuil critique sur lequel nous devons nous installer pour localiser avec précision les nouveaux problèmes qui émergent au point de croisement de l’histoire du vol spatial, de l’évolution des nouvelles technologies d’information et de communication et de la prise de conscience planétaire à laquelle l’humanité est forcée depuis quelques années par l’ampleur de la crise écologique (fin de l’anthropocène). Ce seuil, nous l’avons déjà nommé : il s’agit de la zone orbitale. Peu importe que nous parlions de la Lune, notre satellite naturel, ou de stations spatiales internationales effectuant leurs presque seize révolutions quotidiennes autour de l’orbe terrestre. La question qui se pose est de savoir ce qui se joue précisément à cette échelle, à ce niveau. Ou plus exactement, ce qui s’ouvre là, ce qui s’y laisse voir, par une sorte d’arrêt sur image.

Une affaire de vision

Techno-sceptiques et technolâtres ont en commun de prendre la technique à la fois de trop haut et de trop près. De trop près, lorsque en se mettant à l’écoute des machines et des dispositifs qui perturbent l’ordre des pragmata, ils s’imaginent pouvoir en tirer aussitôt d’hypothétiques conclusions sur le devenir humain. Que ce soit pour en déplorer les effets ravageurs ou au contraire pour en célébrer la puissance de libération, ils s’accordent sur l’idée que les techniques, récapitulant toutes les médiations, redessinent les limites du droit en transcendant déjà les limites du fait : limites du vivant, de l’humain ou de nos capacités attentionnelles. Prophètes de malheur ou experts en prospective, ils suivent avec fascination la prolifération inexorable de nouveaux possibles. Ce qui ne les empêche pas de prendre du champ, au risque cette fois-ci d’envisager la technique de trop haut ou de trop loin : c’est ce qui arrive lorsque le détail des inventions s’estompe au profit d’une orientation globale, résumée par tel signifiant-maître (le « numérique », les « biotechnologies », etc.), ultime avatar du projet technoscientifique avec lequel tend à se confondre le destin de la civilisation occidentale tout entière. Replacée dans cette perspective, la conquête de l’espace n’est qu’un chapitre attendu du récit de l’arraisonnement planétaire, doublé d’une illustration littérale et un peu pathétique du mythe icarien de l’envol et de la chute.

Comment trouver la bonne distance ? En revenant peut-être à ce qui constitue, non pas l’« essence de la technique », mais sa manière propre de solliciter la pensée, sous l’espèce d’une imagination créatrice. En effet, la technique n’est pas ce qui rend la réalité disponible, ce qui la dispose « sous-la-main » comme un éther ou une pâte à modeler offerte à nos projections « mabuséennes ». Elle est plutôt ce qui nous rend présent le possible comme tel et nous permet donc de le figurer, de le « fictionner », en même temps que nous le formalisons ou que nous nous efforçons de le réaliser. De ce point de vue, la technique est avant tout affaire d’imagination et même de vision. Toute nouvelle technique est visionnaire, bien que l’imaginaire qui l’accueille se nourrisse généralement des motifs hérités d’un autre âge, comme n’a cessé de l’expliquer McLuhan. Sur la frontière mouvante du fait et de la norme, les techniques ouvrent l’espace d’une fantasmatique des possibles, parmi lesquels il convient bien entendu d’inscrire toutes les virtualités en attente, tous les futurs présents mais aussi bien passés qui prolongent sourdement leur œuvre au cœur du moment, à l’image de ces « rétrofuturs2 » qui hantent depuis ses débuts l’imaginaire de l’exploration spatiale en lui conférant son caractère activement anachronique, au risque de ne plus donner autre chose à voir qu’une lubie – pour ne pas dire une « utopie » – héritée du xxe siècle.

Tout l’intérêt d’un film comme Gravity (Alfonso Cuarón, 2013) est d’avoir fait sentir cet enjeu avec une intensité inégalée. On a beaucoup vanté le réalisme avec lequel se trouvaient reproduits dans ce film certains détails de la vie en apesanteur. Dans son genre, Gravity constitue en effet un jalon aussi important que le 2001 : l’Odyssée de l’espace de Kubrick (1968), en dépit de sa fable convenue. Mais s’il marque notre époque, c’est en installant pour la première fois un nouveau régime de visibilité, un régime proprement orbital qui rompt avec la profondeur de champ du grand voyage sidéral en l’enfermant dans une trajectoire circulaire3. Lorsque l’astronaute en sortie extravéhiculaire semble flotter dans le vide au-dessous d’une voûte convexe curieusement peinte aux couleurs du ciel, il faut quelques secondes à nos cerveaux reptiliens pour opérer l’ajustement qui nous fait reconnaître dans cette rotonde inversée, fermant le ciel comme un couvercle, les formes familières des continents recouverts par un voile de nuages. Ce décalage perceptif et le léger trouble qui s’ensuit reproduisent dans leur ordre le sentiment d’apesanteur éprouvé par le personnage suspendu dans l’espace sans azur. Il ne s’agit pas de conquérir l’espace, mais de le tenir, d’occuper cette zone intermédiaire entre deux ciels, entre deux mondes. Ce n’est plus affaire d’envol ou de chute, ou alors il faudrait parler de chute libre dans le champ gravitationnel de la Terre, ce qui constitue d’ailleurs une définition assez exacte de l’apesanteur orbitale. Plus proprement appelée « impesanteur » ou « microgravité », celle-ci résulte en effet de la compensation ou de l’annulation des effets habituels de la gravitation terrestre (Gagarine subissait encore 90 % de g !), assimilant de fait le mouvement accéléré à un mouvement inertiel, sur lequel ne s’exercerait aucune force.

Quelles significations, quelles valeurs porte ce nouveau point de vue ? À en juger par les témoignages des hommes et des femmes revenus de l’espace, il est clair en tout cas qu’il ne nous reconduit pas, du moins pas directement, au topos philosophique et littéraire de la relativisation des affaires humaines à l’échelle cosmique. L’expérience orbitale ne se confond pas avec l’exercice spirituel du « regard d’en haut » étudié par Pierre Hadot4, bien que le flottement qui l’accompagne renoue à sa manière avec le thème gnostique de l’étrangeté au monde. S’il fallait tenter une comparaison, nous serions plus naturellement enclins à évoquer les expériences « hors-corps » décrites dans les cas de mort imminente, ou encore la vision panoramique des mourants, qui renverse le flux en simultanéité5. Chacun peut d’ailleurs s’entraîner à reproduire pour son compte, à sa mesure, quelque chose qui approche formellement l’affaire décrite par l’astronaute, par exemple en intensifiant systématiquement sa perception du mouvement relatif ou, plus généralement, de la simultanéité des contraires (haut/bas, convexe/concave, repos/mouvement, etc.).

Il faudrait se demander si les dispositions subjectives associées à la transcendance technique du vol spatial font autre chose que porter à leur maximum des capacités natives mais généralement inexploitées dans des contextes classiquement gravitationnels. Si les avant-gardes artistiques du xxe siècle n’ont cessé de se référer, depuis Malevitch, aux virtualités du vol spatial, ce n’est pas seulement parce qu’elles y trouvaient une métaphore commode pour l’exploration de territoires inconnus ; elles y pressentaient des affinités profondes dans l’ordre de l’expérimentation de nouvelles manières de sentir et de penser.

L’expérience du simultané

Quant à la signification politique et même métaphysique de la conquête de l’espace, il semble que tout a été dit, ou presque. Arendt a très tôt montré de quelle manière la mise en orbite du satellite Spoutnik en 1957, suivie en 1961 par le vol de Gagarine, le premier homme dans l’espace, marquait un jalon dans l’histoire de la « condition de l’homme moderne6 ». La conquête spatiale est contemporaine de la fission de l’atome ; en suggérant le désarrimage de l’humanité, le décentrage d’une Terre rendue à sa condition de satellite, elle parachève d’un même mouvement le projet de la science galiléenne (copernicienne) et le processus d’expropriation ou de désacralisation du monde engagé par Luther ; elle indique, sur fond de désorientation, de perte et d’aliénation, une situation où les possibilités d’action libérées par la technique finissent par excéder toute forme de langage et de pensée. Ce que l’homme est incapable de comprendre, il peut déjà le faire et il le fait. Les mots manquent pour le dire et il n’y a pas à s’en réjouir.

À la même époque, Levinas célébrait de son côté l’exploit de l’astronaute russe comme un signe quasi prophétique annonçant l’arrachement aux pesanteurs du Lieu et de la « terre ». C’était pour lui l’occasion d’une mise en garde contre le paganisme rampant qui menace tout discours de déploration de la perte du « monde », surtout lorsqu’il se développe dans le sillage ou le champ de gravitation de la pensée heideggérienne. « Pour une heure, écrivait-il, un homme a existé en dehors de tout horizon – tout était ciel autour de lui, ou, plus exactement, tout était espace géométrique. Un homme existait dans l’absolu de l’espace homogène7. » Toute la question est de savoir ce que Gagarine a bien pu voir, suspendu entre la Terre et la Lune.

La situation phénoménologique, telle que l’avait décrite Husserl8, se ramenait à peu près à ceci : ou bien on change de référentiel et on constitue dès lors la Lune – ou tout autre satellite – en une nouvelle Terre ; ou bien on étend et prolonge le référentiel Terre jusqu’à la Lune, qui n’est jamais alors qu’une province éloignée, une banlieue où l’homme peut espérer poursuivre ses menées. Mais il ne saurait en aucun cas y avoir deux « Terres », pas plus qu’il ne saurait y avoir deux foyers. Le point de vue copernicien d’une Terre en mouvement, comme vue depuis le Soleil, est donc proprement inhabitable. Or la vérité est peut-être qu’entre les deux possibilités imaginées par Husserl, il n’y a justement pas à choisir, et que c’est précisément cela que Gagarine a, sinon compris, du moins pressenti, en faisant l’expérience bouleversante de la vision de la Terre en apesanteur. Non pas la possibilité d’une Terre seconde, mais la contingence radicale de tout foyer, la facticité indifférente de se trouver ici plutôt que là – et sans être pour cela aliéné, sans cesser d’avoir en vue le foyer. Tenir le foyer en respect, flotter au-dessus du globe, c’est peut-être ce que voulait dire Konstantin Tsiolkovski, le pionnier russe du vol spatial : « Le Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne passe pas sa vie dans un berceau9. » Et c’est aussi ce qu’on peut entendre chez Sloterdijk, dans sa longue méditation sur les « sphères ». La station orbitale n’est-elle pas le type même d’une « maquette de monde10 » ? Si le monde n’est plus la structure d’horizon qui arrime le sujet à un sol originaire, il doit pouvoir se projeter n’importe où, à l’image de tentes pneumatiques dans un désert de glace ou de capsules flottant dans le vide sidéral.

Revenons alors à Gagarine. L’astronaute soviétique, une fois son périple achevé, aurait déclaré n’avoir rencontré nul Dieu dans l’espace. Un médecin célèbre avait dit à peu près la même chose, un siècle plus tôt, en se vantant de ne pas avoir trouvé l’âme sous son scalpel. Mais ce trope matérialiste n’est guère plus utile ici que celui de l’hubris icarien ou du sentiment de fusion océanique, dès lors qu’il s’agit de cerner la place singulière du vol spatial dans l’ordre des expériences par lesquelles se marque la transcendance technique de la condition humaine. Si Gagarine ou Cernan ont vu quelque chose, c’est cette possibilité de superposer dans une même vision les plans que la phénoménologie maintenait disjoints pour des raisons de principe. Non pas le cercle privé de centre et de circonférence, qui offrait chez Arendt une version crépusculaire du vertige pascalien, mais quelque chose comme un univers projeté en perspective cavalière, sans point de fuite ni horizon : un monde qui recule et avance à la fois, à l’image d’un cube de Necker contemplé en transparence, selon ses deux orientations simultanées. C’est ce que laissait entendre la formule frappante de Buckminster Fuller à propos du « vaisseau spatial Terre » : « Nous sommes tous des astronautes et nous n’avons jamais été autre chose11. » Cela revient à prendre conscience du fait que le sol originaire, ce plan de repos absolu dont Husserl disait qu’il était la condition de tout espace vécu, peut toujours être en même temps pensé – sinon directement perçu – comme un véhicule sillonnant l’espace.

Cette simultanéité est bien le fond du problème. Du mouvement « Whole Earth » aux théories de « Gaïa », en passant par l’émoi causé par la vue distante de la Terre par Voyager 1 (the pale blue dot, « ce point bleu pâle », selon l’expression de Carl Sagan), il faudrait suivre le flux et le reflux de cette idée d’une humanité propulsée dans l’espace depuis un sol lui-même mobile, et analyser précisément les sentiments mêlés de déconnexion et de reconnexion que peut susciter l’expérience de la Terre vue d’en haut, le fameux overview effect12. Ma tâche était plus circonscrite : il s’agissait surtout d’indiquer une direction, une ligne de visée dans laquelle les problèmes trouvent leurs dimensions suffisantes.

Le transhumanisme fantasme déjà la prochaine mutation de l’homme dans l’espace. Par les vertus de l’apesanteur, le « spatiopithèque » s’annonce comme une sorte de singe invertébré. Mais ce n’est évidemment pas de cela qu’il s’agit. Au-delà des prouesses technologiques et des promesses de vie transformée, la vision orbitale dessine dès à présent un lieu qui n’est pas un lieu, qui est moins destiné à être habité que visité, parce qu’il offre sur la Terre une ouverture de champ absolument inédite. Voilà qui confère à la brève séquence de l’exploration lunaire, entre 1969 et 1972, la portée d’un événement « époqual » : non pas la conquête de nouveaux territoires en extension de l’arche-Terre – le nomos sidéral anticipé par Carl Schmitt –, ni le déracinement tant redouté, mais la découverte d’un nouveau point de vue sur la planète en tant que telle et, par là, de l’humanité sur elle-même, pour autant qu’elle ne peut se résoudre à simplement « vivre ici ». Appelons cela : la vie simultanée.

  • 1.

    Henri Bergson, les Deux Sources de la morale et de la religion [1932], Paris, Puf, 2008, p. 274.

  • 2.

    Voir Élie During et Alain Bublex, Le futur n’existe pas : rétrotypes, Paris, B42, 2014.

  • 3.

    Je renvoie sur ce point à mon texte, « La condition orbitale », paru dans artpress2, no 44, février 2017 (numéro spécial « Images de l’espace : archive, exploration, fiction », dirigé par Gérard Azoulay et Christophe Kihm).

  • 4.

    Pierre Hadot, N’oublie pas de vivre. Goethe et la tradition des exercices spirituels, Paris, Albin Michel, 2008.

  • 5.

    Sur la physique, la biologie, mais aussi les enjeux humains et culturels de l’apesanteur, voir Hugo d’Aybaury et Jean Schneider (sous la dir. de), le Spatiopithèque. Vers une mutation de l’homme dans l’espace, Aix-en-Provence, Le Mail, 1987.

  • 6.

    Voir Hannah Arendt, la Condition de l’homme moderne [1958], Paris, Presses Pocket, 2002 (« Prologue »), ainsi que la Crise de la culture [1961], Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1989 (chapitre viii, « La conquête de l’espace et la dimension de l’homme »).

  • 7.

    Voir Emmanuel Levinas, « Heidegger, Gagarine et nous » [1961], dans Difficile Liberté, Paris, Le Livre de poche, 2003, p. 350.

  • 8.

    Edmund Husserl, « L’arche-originaire Terre ne se meut pas. Recherches fondamentales sur l’origine phénoménologique de la spatialité de la nature » [1934], dans La terre ne se meut pas, Paris, Éditions de Minuit, 1989.

  • 9.

    Lettre de Tsiolkovski à Kagoula en 1911.

  • 10.

    Peter Sloterdijk, Écumes. Sphères III, trad. Olivier Mannoni, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2005.

  • 11.

    Richard Buckminster Fuller, Operating Manual for Spaceship Earth, Carbondale, Southern Illinois University, 1969.

  • 12.

    Je n’entends pas revenir sur cet « effet de surplomb ». Il a largement été discuté dans les ouvrages suivants : Frank White, The Overview Effect : Space Exploration and Human Evolution, Boston, Houghton Mifflin, 1987 ; Sebastian Vincent Grevsmühl, la Terre vue d’en haut, Paris, Seuil, 2014 ; Ron J. Garan, The Orbital Perspective, Oakland, Berrett-Koehler, 2015.