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Juger ce qui est dit

Enseignement des langues et crispations du langage

décembre 2019

Face aux crispations, gestionnaires ou identitaires, du langage, l’enseignement des langues doit rappeler leur dynamique historique. Au lieu de socle de compétences, l’école doit promouvoir l’éducation du jugement.

Depuis la première publication de L’Avenir des langues. Repenser les humanités en 2004, de fortes crispations se sont imposées en matière de langage, deux figements parallèles et en fait solidaires[1].

D’un côté, triomphe dans le gouvernement de la vie publique une idée gestionnaire des réalités sociales, avec comme effet la prédominance d’une conception instrumentale du langage qui le mutile en en faisant avant tout le moyen hors histoire, hors culture, hors dialogue même, d’imposer une désignation prétendument objective de la réalité, ou plutôt la désignation qui est donnée par certains en position d’autorité : « C’est comme ça ! » On demande d’abord aux mots d’identifier et de classer de manière objective les buts et les performances des agents et des groupes de sorte que contrôle et action finissent par se confondre. Issue d’une transformation managériale des entreprises, cette primauté accordée aux données objectives, analysables, dicibles de manière univoque et « réaliste », données finalement quantifiables au point que l’on a pu parler d’une « gouvernance par les nombres

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Heinz Wismann

Pierre Judet de la Combe

Directeur d’études de l’EHESS, il est notamment l’auteur de L’Avenir des Anciens. Oser lire les Grecs et les Latins (Albin Michel, 2016).

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Là où nos sociétés connaissent des tensions, là aussi travaille le langage. Le dossier d’Esprit (décembre 2019), coordonné par Anne Dujin, se met à son écoute, pour entendre l’écho de nos angoisses, de nos espoirs et de nos désirs. À lire aussi dans ce numéro : les déçus du Califat, 1989 ou le sens de l’histoire et un entretien avec Sylvain Tesson.