Narendra Modi en 2014 | Flickr
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Crise et nationalisme en Inde

décembre 2019

Au printemps dernier, le Premier ministre indien sortant, Narendra Modi, avait en partie dû sa réélection à la fièvre nationaliste dont le pays avait été le théâtre à la suite de l’attentat islamiste de Pulwama (Jammu-et-Cachemire) de février et aux frappes aériennes visant le Pakistan (où l’attentat en question aurait été fomenté) qui s’en étaient suivies. Six mois plus tard, la crise économique – qui, sans cet épisode d’hyper-nationalisme, aurait privé Modi de bien des suffrages – s’est brusquement aggravée, remettant le nationalisme hindou au goût du jour, suivant une dialectique désormais bien rodée.

La crise économique, dont l’ampleur avait été masquée pendant la campagne électorale par le gonflement artificiel du taux de croissance[1] et par le report de plusieurs annonces statistiques (dont les chiffres du chômage), ­s’explique par la congruence de facteurs structurels et d’éléments conjoncturels parfois difficiles à démêler.

Au chapitre des facteurs structurels figure d’abord le déclin de l’agriculture indienne qui, si elle emploie encore 55 % des actifs, ne représente plus que 16 % du produit national brut (Pnb). La baisse du revenu agricole vient premièrement de la parcellisation des terres, de père en fils (au pluriel), au point qu’aujourd’hui 70 % des paysans cultivent moins d’un hectare et que les ouvriers agricoles sont plus nombreux que ceux qui vivent de leurs terres, et deuxièmement des problèmes d’eau (trop rare ou trop abondante) liés au changement climatique (phénomène dont l’Inde sera l’une des plus grandes victimes au xxie siècle) et à l’assèchement des nappes phréatiques dans lesquelles les producteurs de cannes à sucre et de coton ont puisé sans retenue.

L’effe

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Christophe Jaffrelot

Directeur de recherche au CERI-Sciences Po, il est notamment l’auteur de L’Inde contemporaine (Pluriel, 2014).

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Là où nos sociétés connaissent des tensions, là aussi travaille le langage. Le dossier d’Esprit (décembre 2019), coordonné par Anne Dujin, se met à son écoute, pour entendre l’écho de nos angoisses, de nos espoirs et de nos désirs. À lire aussi dans ce numéro : les déçus du Califat, 1989 ou le sens de l’histoire et un entretien avec Sylvain Tesson.