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Ouvrier chez Renault, syndicaliste CFDT, membre de « Socialisme ou Barbarie », Daniel Mothé a parcouru divers lieux de mobilisation en 68. Il n’a pourtant trouvé nulle part de lieu d’expression, chaque espace étant, pour des raisons différentes, monopolisé, fermé ou rétif à un discours de participation comme le sien. La « libération de la parole » était aussi sélective.

En mai 1968, j’ai 44 ans et je travaille comme ouvrier aux usines Renault de Billancourt. Syndiqué à la Cfdt et délégué du personnel, je me trouve au cœur de ce mouvement de grèves et de manifestations qui dura quelques semaines. J’appartiens aussi alors depuis quinze ans au groupe marxiste critique qui publia la revue Socialisme ou barbarie jusqu’à sa dissolution en 1965 et dont les idées seront en partie reprises par les étudiants, notamment par le mouvement du 22 mars. Ouvrier d’une grande usine en grève, muni d’une culture marxiste et donc familier des slogans révolutionnaires, j’avais le profil idéal du parfait soixante-huitard. Pourtant, je n’ai pas été un authentique soldat de 68, période qui représente pour moi le plus significatif rendez-vous manqué des intellectuels de gauche et des étudiants révolutionnaires avec le monde du travail.

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Mothé Daniel

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