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Un soir, un matin

janvier 2016

#Divers

En dehors du cercle de l’enfer propre aux faits, l’extrême violence d’une attaque froide et massive, avec explosifs et armes de guerres, en plein cœur d’un espace de paix et de détente, est rarement perçue par la majorité des habitants d’une grande ville comme sur une scène de tragédie grecque. Du quartier lointain, l’habitant n’apprend le plus souvent l’explosion de la bombe et le désastre de la mort collective que par l’écran (celui d’une télévision ou de son portable).

Le soir du 13 novembre

Ce soir-là, il a juste pressenti quelque chose de différent dans l’atmosphère, quelque chose en train de se passer. Trop de sirènes se répètent, ces diagonales traversant le ciel du fond sonore urbain habituel : elles inquiètent sourdement. Un autre régime du son collectif pousse à sa fenêtre cet habitant plus ou moins proche de l’épicentre des faits, et lui fait allumer la radio.

D’une certaine façon, l’habitant des quartiers lointains de la mégapole attaquée est aussi loin des faits que l’étranger aux antipodes en face, posté lui aussi devant son écran qui accompagne les faits

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par NAHOUM-GRAPPE Véronique


Véronique Nahoum-Grappe est anthropologue et ethnologue. Elle a travaillé sur la violence, les rapports entre les sexes, la dépendance (notamment l'alcool, voir son livre Vertiges de l'ivresse. Alcool et lien social, Descartes et Cie, 2010). Tout en s'intéressant aux lieux de violence et de privation de liberté (camps de réfugiés en ex-Yougoslavie, prisons...),...

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