Michel Houellebecq, wikimedia
Dans le même numéro

Soumission, ou l'épuisement de tout

Le roman de Michel Houellebecq est moins celui de l’islam politique que celui de la fin du christianisme européen à l’ère du capitalisme mondialisé. Le religieux y est dépeint sans âme, servant de ciment social à un édifice proche de l’effondrement.

Accompagnée par la polémique et marquée par la tragédie des attentats de Charlie Hebdo, la parution de Soumission, de Michel Houellebecq, est restée dans les esprits. Taxée tour à tour de brûlot islamophobe, de prophétie clairvoyante, d’œuvre de Cassandre, cette politique-fiction a vu un de ses aspects prégnants minoré : la peinture et le questionnement de la fin du christianisme européen à l’ère du capitalisme mondialisé. En effet, avant d’être le récit d’une soumission à un islam politique, il devait être, du propre aveu de l’auteur, celui d’une conversion au catholicisme. Conversion manquée, elle laisse place au récit d’une résignation sur fond de crise identitaire et culturelle.

Le regard porté sur le catholicisme, celui d’un athéisme déçu, fait écho au discours contemporain sur le « retour du religieux ». Soumission prend acte des mises en cause de l’athéisme et d’un sursaut des revendications à caractère religieux. Mais se pourrait-il que, malgré lui, l’ouvrage manifeste le déclin de la puissance spirituelle des religions et qu’on puisse le lire comme l’achèvement de la sécularisation de l’Occiden

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Nicolas Léger

Professeur de lettres et de philosophie au lycée Victor-Hugo de Florence, il a récemment publié « Soumission, ou l'épuisement de tout » (Esprit, novembre 2018).

Dans le même numéro

Si l’affaiblissement de la base sociale du christianisme en Europe est indéniable, selon le dossier coordonné par Jean-Louis Schlegel, la sécularisation transforme la foi et l’appartenance religieuse en choix personnels et maintient une culture d’origine chrétienne et une quête de sens, particulièrement sensibles dans la création littéraire. A lire aussi dans ce numéro : une défense d’Avital Ronell, un récit de voyage en Iran et des commentaires de l’actualité politique et culturelle.