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Cézanne et les maîtres

Rêve d’Italie. Musée Marmottan Monet, jusqu'au 3 janvier 2021

novembre 2020

En art comme ailleurs, on réinterprète un héritage bien plus qu’on ne crée ex nihilo. C’est ce qu’a fort bien illustré la dernière exposition consacrée à Cézanne, en donnant à voir les nombreuses filiations et proximités qui rapprochent l’artiste de ses maîtres italiens.

« Il est terrifiant de s’avancer dans l’ombre portée par des figures gigantesques qui nous devancent. Or nous sommes les vivants, le monde recommence chaque matin. […] Il faut se rappeler, avec effort, que c’est notre tour1. »

Si Cézanne est Cézanne, c’est bien du fait de son propre génie, nourri d’une culture classique – l’artiste sait assez de latin pour lire dans le texte Virgile, Lucrèce et Ovide – où s’expriment un territoire et une lumière qu’à défaut de connaître – il n’est jamais allé en Italie – il transpose en Provence. Mais c’est aussi du fait de ses prédécesseurs italiens, surtout de ces « grands Vénitiens », que sont Le Tintoret, Bassano, Le Greco. À les fréquenter, Cézanne s’imprègne d’une peinture qui explore toutes les ressources de la couleur.

L’exposition, très pédagogique, montre, en les juxtaposant, comment telle œuvre de Cézanne s’alimente de telle autre : non par son sujet, ni par tel écho ou « citation », mais plus abstraitement, par des affinités dans l’agencement de la matière picturale.

Ces influences sont très tôt perceptibles chez Cézanne, comme dans cette œuvre de jeunesse, La Femme étranglée (1875 ou 1876), mise en parallèle avec La Descente de croix (1580) du Tintoret, ou encore dans Le Meurtre (1870) inspirée de La Déploration du Christ (1580) du même peintre. Dans cette dernière, le tragique religieux

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Paloma Hermine Hidalgo

Paloma Hermine Hidalgo poursuit des études de littérature, de philosophie et de linguistique à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et à l’université Sorbonne Nouvelle. Elle consacre deux mémoires, respectivement, aux Éditions de Minuit, puis à la différence sexuelle et aux « fantasmes de l’universel » au XVIIe siècle. Après un échange à La Fémis, elle est diplômée de HEC Paris, où elle…

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La récente vague de manifestations contre le racisme et les violences policières a montré qu’une partie de la jeunesse française a le sentiment d’étouffer. En choisissant de prêter attention à ce qu’elle exprime, on distingue d’abord une demande d’égalité et de justice : loin de constituer un défi aux principes républicains, celle-ci entend plutôt en actualiser l’héritage. À lire aussi dans ce numéro : l’unité européenne après la réunification allemande, le chemin du djihad, les cinq piliers de la laïcité, les pouvoirs de la Cour suprême et la rentrée littéraire.