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Photo : Sophie Louisnard via Unsplash
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Les proliférations du social. Michel de Certeau et le débat des usages

Le braconnage de la culture populaire est le signe d’une réappropriation sociale de la part des sujets contemporains. Proche du bricolage chez Lévi-Strauss, il se distingue d’un usage simplement passif en ce qu’il incarne un art du détournement. Il permet ainsi de cerner la part d’inventivité et de dissidence que recèlent les pratiques quotidiennes.

Dans la constellation des travaux de recherches historiennes, sociologiques ou philosophiques qui semblent se réunir autour du microscopique, du biographique mais aussi, dans le même mouvement, autour des expériences et des pratiques d’en bas, Michel de Certeau occupe une place originale. Les motifs de son œuvre qui nous ont le plus séduit dans notre activité de sociologue, sont ceux d’usages, de tactiques et de braconnages1.

Le propre d’un usage

Dans le contexte du début des années 1980 où s’achèvent à peine les débats sur le théoricisme althussérien et les conditions de la formation de la classe ouvrière2 et où la sociologie de Bourdieu, reprenant l’ambition positiviste de l’althussérisme, vient mettre au centre du dispositif conceptuel de La Distinction3 le consentement des classes populaires à leur condition, L’Invention du quotidien maintient le cap d’une pluralité et d’une créativité des pratiques de masse. Les deux tomes qui composent l’ouvrage approchent les écarts provoqués par les pratiques individuelles et collectives, ainsi que la force d’interprétation et de déplacement de ces pratiques eu égard aux figures hégémoniques de la culture ou de l’opinion. Ils donnent, à travers les « tactiques » et les « bricolages », quel

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Patrick Cingolani

Professeur de sociologie à l’université de Paris, il est notamment l’auteur de La colonisation du quotidien. Dans les laboratoires du capitalisme de plateforme (Éditions Amsterdam, 2021).

Dans le même numéro

Comment écrire l’histoire des marges ? Cette question traverse l’œuvre de Michel de Certeau, dans sa dimension théorique, mais aussi pratique : Certeau ne s’installe en effet dans aucune discipline, et aborde chaque domaine en transfuge, tandis que son principal objet d’étude est la façon dont un désir fait face à l’institution. À un moment où, tant historiquement que politiquement, la politique des marges semble avoir été effacée par le capitalisme mondialisé, l’essor des géants du numérique et toutes les formes de contrôle qui en résultent, il est particulièrement intéressant de se demander où sont passées les marges, comment les penser, et en quel sens leur expérience est encore possible. Ce dossier, coordonné par Guillaume Le Blanc, propose d’aborder ces questions en parcourant l’œuvre de Michel de Certeau, afin de faire voir les vertus créatrices et critiques que recèlent les marges. À lire aussi dans ce numéro : La société française s’est-elle droitisée ?, les partis-mouvements, le populisme chrétien, l’internement des Ouïghours, le pacte de Glasgow, et un tombeau pour Proust.