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Paris, place de la République, 15 november 2015. Photo : Mstyslav Chernov (CC BY-SA 4.0)
Dans le même numéro

Après les attentats, la saine colère des victimes

mars/avril 2016

La violence terroriste désarticule la symbolique de l’État pénal, où le corps politique transcende ceux des individus blessés. En déployant une réponse guerrière ou policière, l’État ne permet pas aux institutions de reconstruire l’ordre social subverti, ni de répondre à la demande de justice des victimes. Ces dernières cherchent « moins vengeance que récit » pour retrouver leur dignité.

Je suis née pour partager l’amour et non la haine.
Sophocle, Antigone

 

L’expression de « colère des victimes » prête à équivoque. On y voit souvent une soif de punir dont l’inspiration se trouve dans la vengeance. Son but est de répondre au mal subi par un mal infligé sans délai ni distance. Cette colère est décrite comme démesurée, interminable et illusoire. Tout se passe comme s’il fallait faire « payer » à tout prix l’offense en dédommagement du mal subi. Mais toute colère n’est pas aussi dévastatrice. Il en est de saines et légitimes. Elles réagissent au mépris et restaurent l’image de soi mise à l’épreuve par l’offense. S’y refuser, c’est perdre une chance de retrouver sa dignité. À la différence de la haine vengeresse, cette colère est positive, libère de l’affront, rétablit un équilibre rompu. Saine réaction à la violence injuste, elle égalise les pertes et dénoue l’offense1.

Si la colère des victimes peut être modérée, c’est qu’elle trouve une limite dans nos sociétés. Sa réaction s’adresse à un tiers qui devra régler les termes de la compensation. Désormais, la médiation étatique est le point de passage obligé de toute demande de justice. Ce monopole est le fruit d’une longue évolution où l’offensé s’en remet à l’Éta

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Denis Salas

Magistrat et essayiste.

Dans le même numéro

Pour son numéro double de mars-avril, la revue consacre le dossier central à la question des colères. Coordonné par Michaël Fœssel, cet ensemble original de textes pose le diagnostic de sociétés irascibles, met les exaspérations à l’épreuve de l’écriture et se fait la chambre d’écho d’une passion pour la justice. Également au sommaire de ce numéro, un article de l’historienne Natalie Zemon Davis sur Michel de Certeau, qui reste pour le pape François « le plus grand théologien pour aujourd’hui », ainsi que nos rubriques « À plusieurs voix », « Cultures » et « Librairie ».