L'Incrédulité de saint Thomas (Le Caravage) 1603
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Le Christ, bouc émissaire ?

février 2011

Tiré d’un essai traduit en français, Avons-nous besoin d’un bouc émissaire ? (Flammarion, 2011), cet extrait met à l’épreuve la thèse du rite sacrificiel selon René Girard. Pour lui, la mort sacrificielle est un acte de purgation de la violence, de fondation collective indifférente à la personnalité de celui qu’on sacrifie. Dans ce cas, le message et la personne du Christ n’ont-ils aucun rôle dans l’hostilité et la mise à mort que rapportent les Évangiles ?

Dans la Violence et le Sacré, les analyses littéraires et ethnologiques approfondies de René Girard montrent que le choix du bouc émissaire est toujours absolument aléatoire1. Girard peut ainsi expliquer que la violence qui fait irruption n’est pas due à des motifs objectifs, mais à la mimésis (c’est-à-dire la contagion du besoin d’imiter ce que font les autres2). Elle se décharge sur quelqu’un qui n’est ni plus ni moins coupable que tous les autres. À travers ce jeu du hasard, l’innombrable diversité des religions et des cultures reçoit, par la même occasion, une explication originale.

Sur ce point, la Violence et le Sacré se distingue du Nouveau Testament d’une façon fondamentale : celui-ci ne voit pas en Jésus un bouc émissaire de hasard. Le Serviteur saint « devait » souffrir, et la violence qui fait irruption « devait » se décharger sur lui. Tous les Évangiles insistent sur ce point : l’annonce de Jésus fut d’emblée conflictuelle. Sa position vis-à-vis de la Loi et son comportement envers les pécheurs furent une première et grave provocation aux yeux des scribes et des pharisiens. Quand une hostilit

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