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Proust et Ricœur : l’herméneutique impossible

mars/avril 2006

#Divers

C’est dans la Métaphore vive, plus encore que dans Temps et récit, que Ricœur traite du rapport entre philosophie et littérature. Maintenant jusqu’au bout le principe d’une référentialité du discours poétique, il fait de la littérature le lieu de dévoilement d’une vérité qui est tout autre chose que la simple transcription du réel. Une lecture mêlée de Ricœur et de Proust permet de distinguer deux conceptions de la « figuration du monde » selon que l’on accorde un primat à la littérature ou à la philosophie.

Si Proust n’est pas une seule fois mentionné dans la Métaphore vive, il me semble que c’est dans cet ouvrage, davantage que dans certaines analyses de Temps et récit, que Paul Ricœur approche véritablement ce qui fait la spécificité même de l’esthétique proustienne : le rapport entre une réalité appréhendée dans sa profondeur et conçue comme dynamisme, et un style fondé sur le procédé de la surimpression et du décalage. De cette esthétique témoignent les enchâssements de moments et d’espaces différents au sein d’un texte unique : c’est ce que suggèrent la greffe, à plus de deux mille pages d’intervalle, de l’épisode de la scène de Montjouvain (Du côté de chez Swann) sur le lever de soleil sur Balbec à la fin de Sodome et Gomorrhe, ou la superposition, dans le re

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