Revue Esprit
Vendredi 22 janvier 2021

Séparatisme, religion, relégation

Les députés de la commission spéciale sur le projet de loi « confortant les principes de la République » ont commencé leurs travaux lundi 18 janvier. Au cœur de ce texte, la notion de « séparatisme », terme aujourd’hui préféré à celui de « communautarisme » pour désigner la volonté supposée de certains groupes sociaux de s’affranchir des règles de droit commun, le plus souvent au nom de principes religieux.

Dans son discours des Mureaux du 2 octobre 2020, Emmanuel Macron avait exposé sa vision de la reconquête républicaine face à la constitution d’une « contre-société dans les quartiers ». Son approche avait le mérite d’un certain équilibre, entre lutte contre l’islamisme radical d’une part, et volonté de retisser la confiance entre les habitants et les institutions de la République, là où ces dernières n’ont pas tenu leurs promesses, d'autre part. Mais l’assassinat de Samuel Paty quelques jours plus tard, l’émotion que suscita cet événement, tout comme la récupération politique dont il fit parfois l’objet, ont accru la tension sur un sujet déjà hautement sensible. La dimension sécuritaire paraît désormais l’emporter sur la confiance.

Le débat sur le séparatisme représente une énième reformulation du rapport compliqué que la France entretient avec ses quartiers populaires, depuis maintenant plusieurs décennies. Il s’inscrit aussi dans les transformations multiples de la ville, entre relégation, périurbanisation et gentrification. Que l’islam radical représente un danger sur lequel il convient d’être lucide est une chose. Que des quartiers entiers soient soupçonnés de vouloir s’affranchir des règles de la République en est une autre. Rappelons-nous qu’en toute chose, il faut être deux pour se séparer.

La rédaction

L’avenir de la République commence en banlieue

Hacène Belmessous > Lire

La fortune de la notion de « séparatisme » dans le débat politique récent paraît postuler que l’islamisme se serait autoproduit dans la société française. L’histoire des banlieues populaires montre au contraire que face à une demande de reconnaissance et d’égalité, l’État a souvent démissionné, au bénéfice du religieux.

Les cinq piliers de la laïcité

Jean-Louis Schlegel > Lire

Pour Emmanuel Macron, la reconquête républicaine sur le séparatisme islamiste passe par un renforcement du contrôle de l’État sur l’islam. Quelles perspectives le discours présidentiel des Mureaux laisse-t-il entrevoir pour l’action politique en matière de laïcité ?

La ville à trois vitesses

Jacques Donzelot, Olivier Mongin > Lire

Ce dossier coordonné en 2004 (sommaire) par Olivier Mongin et Jacques Donzelot montre que le problème de la ville ne se réduit ni à ses banlieues populaires, ni à l’étalement de ses banlieues pavillonnaires, ni à la réservation progressive de ses parties centrales aux classes moyennes supérieures. Il résulte de l’ensemble de ces trois phénomènes, de la logique qui les produit et qui porte à leur séparation.

La banlieue comme décor. De La Haine aux Misérables

Carole Desbarats > Lire

De La Haine (1995) aux Misérables (2019), le cinéma participe des transformations de nos représentations des banlieues. Sur une période de deux décennies, on observe notamment la constitution de références culturelles communes, l’affirmation du thème religieux et l’évolution du rôle des femmes.

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