Revue Esprit
Vendredi 17 septembre 2021

L’ère du boniment

Éric Zemmour a choisi de « faire durer l’ambiguïté » quant à une possible candidature à l’élection présidentielle. Mais quelle que soit sa décision, il participe déjà à une campagne dont il impose en partie le tempo.

Il y eut avant la sienne des candidatures improbables, portées par des personnalités issues du monde des médias ou du spectacle – songeons à Coluche. Mais la figure qu’il incarne, celle du débatteur pour chaînes d’information dopées à la polémique, s’inscrit dans le sillage d’autres précédents : Donald Trump fut un produit de téléréalité avant d’être un candidat crédible, Silvio Berlusconi était une légende de la télévision italienne et Volodymyr Zelensky s’est fait connaître des Ukrainiens par une émission télévisée humoristique. Il y a longtemps que les sphères politiques et médiatiques sont poreuses, mais elles semblent aujourd’hui avoir fusionné, au point que la télévision fabrique des candidats, acclamés par des spectateurs avant d’être élus par des citoyens.

La télévision, ce média ancien dont on prédisait le déclin, a vu son offre démultipliée par le numérique et ses échos amplifiés par les réseaux sociaux. Mais surtout, l’heure est à la constitution d’empires médiatiques, de plus en plus concentrés entre les mains d’hommes d’affaires qui ont des projets politiques. C’était le cas pour Rupert Murdoch ou Steve Bannon, et la France va maintenant devoir compter avec Vincent Bolloré. La possible candidature d’Éric Zemmour et l’offensive tous azimut de l’industriel breton sur les médias français sont deux dimensions d’un même phénomène.

On aime à se dire que l’élection de Donald Trump fut un accident. Mais elle fut en partie le produit d’une stratégie médiatique coordonnée et efficace. Quel que soit le produit télévisuel qui finira par se présenter à l’élection présidentielle française, nous ne pourrons pas dire que nous ne l’avons pas vu venir.

Hanouna, un air du temps télévisuel

Jean-Maxence Granier, février 2014 > Lire

Supprimant l’écart entre les coulisses et la scène, entre le texte télévisuel et sa paraphrase, l’émission Touche pas à mon poste a fait de la télévision son sujet tout en démontrant l’impossible extériorité d’une critique télévisuelle. Alors que l’on dit la petite lucarne en perte de vitesse chez les jeunes, l’émission s’est imposée dans leurs conversations en jouant de la caisse de résonance des réseaux sociaux.

Le Pen n'est pas un simulacre ou les désarrois de la télévision

Olivier Mongin, juin 2002  > Lire

Dans cet article de juin 2002, Olivier Mongin alertait sur l’erreur qui consiste à voir en Jean-Marie Le Pen une bête de scène « prétélévisuelle ». Au contraire, la mise en scène du corps lepéniste a répondu au déficit de représentation qui caractérise la culture télévisuelle, lui permettant d’occuper « corporellement » la place.

La place du spectateur (de Rousseau aux reality shows)

Pierre Chambat, janvier 1993 > Lire

Si la politique est spectacle, le spectacle a aussi une dimension politique. Les modalités du spectacle contemporain, et la télévision en particulier, posent à nouveaux frais la question de la place du spectateur. À la différence de la fête civique qui établit une continuité entre l’homme civil et le citoyen, le spectacle repose sur leur séparation : il est le loisir de l’homme privé.

Le Caïman, de Nanni Moretti

Claude-Marie Trémois, juillet 2006 > Lire

Alors qu’on s’attend à un film au vitriol dont le héros serait Berlusconi, Moretti choisit de tracer le portrait – même pas au vitriol – d’un Italien moyen. Menteur et hâbleur, certes, mais croyant lui-même à ses boniments ; un bouffon, dans un pays qui a permis l’accession au pouvoir de deux super-bouffons, Mussolini et Berlusconi.

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