Revue Esprit
Vendredi 22 octobre 2021

Guerre d'Algérie, le retour du refoulé

Depuis la dénonciation de la colonisation comme un « crime contre l’humanité » jusqu’aux récentes reconnaissance des « crimes inexcusables » commis le 17 octobre 1961 à Paris et demande de pardon aux harkis, en passant par la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans la mort de Maurice Audin, qui impliquait la mise au jour d'un système tortionnaire, Emmanuel Macron met en œuvre une ambitieuse politique visant à réconcilier les mémoires de la guerre d’Algérie.

Mais elle s’apparente à un numéro d’équilibriste, voulant flatter en même temps les nostalgiques de l’empire et les héritiers des luttes d’indépendance, et révèle la difficulté à s'inscrire dans une même histoire. L’embarras à trouver une date unique pour commémorer la fin de la guerre d’Algérie en témoigne. Pourtant, le cloisonnement des mémoires n’est plus tenable et l’argument d’une jeunesse des deux rives de la Méditerranée qui n’a pas connu la guerre se heurte à la transmission, sur plusieurs générations, de traumatismes profonds qui font retour aujourd'hui.

La libération de paroles trop longtemps étouffées que l’on observe en France n’a pas encore gagné l’Algérie, qui a froidement accueilli le rapport Stora sur la colonisation et la guerre d’Algérie. Les propos de Macron sur le régime algérien comme « un système politico-militaire construit sur la rente mémorielle » ont même conduit à une nouvelle crise diplomatique entre la France et l’Algérie.

Pour préparer l’avenir, le rapport Stora a souligné les défis qui restent à relever, dont l’ouverture et le partage des archives, la recherche des disparus et la question des essais nucléaires au Sahara. Ils participent à l’élaboration d’une mémoire juste, ni en défaut et ni en excès, commune à l’ensemble des groupes issus de la guerre et donc irréductibles à des enjeux identitaires. Comme l’écrivait Paul Ricœur, en effet, « le travail du souvenir met sur la voie du pardon ».

La rédaction

Le refoulé de l’histoire. La politique mémorielle d’Emmanuel Macron

Emmanuel Laurentin, octobre 2021 > Lire

Le président Macron a l’ambition de réconcilier les mémoires nationales en s’affranchissant des vieux clivages, selon une ligne mémorielle de commémoration, restitution et reconnaissance. Il reste à mesurer la distance entre la promesse et les actes.

La guerre d'Algérie n'est vraiment pas finie

Renaud de Rochebrune,  Benjamin Stora, mai 2017 > Lire

Le 14 février 2017, à Alger, Emmanuel Macron a déclenché une vive polémique en France, en déclarant que « la colonisation a été un crime contre l’humanité ». Cette polémique témoigne du refus d’oublier le traumatisme subi, mais aussi d’une instrumentalisation de la mémoire de la guerre d’Algérie par les pouvoirs politiques.

Guerre d'Algérie, une odyssée de la mémoire

Joël Hubrecht, novembre 2018 > Lire

Revenir sur les périodes sombres de son passé n’est pas chose aisée pour un pays, c’est pourtant ce à quoi s’est résolu Emmanuel Macron, né 15 ans après la fin de la guerre d’Algérie, en reconnaissant la responsabilité de l’État dans la mort du jeune mathématicien français Maurice Audin.

Le pardon peut-il guérir ?

Paul Ricœur, mars-avril 1995 > Lire

Pour Ricœur, la France souffre d’un défaut de mémoire à l’égard de la guerre d’Algérie. Il promeut un usage critique de la mémoire sur le modèle du travail du souvenir étudié par Freud et montre que ce travail, dans la mesure où il délivre de la dette, ouvre la voie du pardon.

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