Revue Esprit
Infolettre revue Esprit - Jeudi 25 avril 2019
France, Rwanda, Génocide

Induru. Vingt-cinq ans après le génocide des Tutsi du Rwanda

 

À l’occasion du 25e anniversaire du génocide des Tutsi du Rwanda, une polémique a accompagné la création d’une commission de recherche sur les archives françaises concernant le Rwanda entre 1990 et 1994. Alors que la question du soutien de la France au régime génocidaire doit être élucidée en toute rigueur historienne, on peut redouter que la commission ne puisse pas mener ses recherches dans les meilleures conditions, en l’absence de tout spécialiste du génocide des Tutsi du Rwanda et face aux réticences de la hiérarchie militaire. Cette polémique souligne que ce génocide, qui a fait un million de morts en cent jours, entre avril et juillet 1994, n’est pas terminé et qu’il est, à proprement parler, interminable. Les crimes se poursuivent en effet à bas bruit, suscitant un sentiment de menace des rescapés qui continuent de vivre « dans les ruines » et dans la proximité des tueurs. Les traumatismes sont toujours vifs et même les générations qui n’ont pas connu les crimes subissent des « crises traumatiques » (guhahamuka : « avoir les poumons hors de soi ») à l’occasion de commémorations instrumentalisées par un gouvernement autoritaire au nom de la « réconciliation nationale ». Les corps des proches assassinés restent introuvables, suscitant l’errance et les espoirs irrationnels de survivants. Les thèses révisionnistes, qu’elles prennent la forme du « double génocide » ou qu’elles charrient des préjugés racistes sur les « conflits interethniques », continuent de produire des effets délétères sur la connaissance historique et sur le grand public, qui souffre d’un véritable « déficit cognitif ». Les puissances de la « communauté internationale » s’enferment dans le déni de leurs responsabilités. Il y aurait pourtant beaucoup à apprendre du génocide et de ses effets interminables. Les juridictions gacaca (« tribunaux sur l’herbe »), par exemple, ont permis de juger deux millions de personnes, dans le cadre d’une justice transitionnelle ; le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a pu engager des procès pour génocide et reconnaître le viol comme acte constitutif du génocide ; et dans les pays qui reconnaissent la « compétence universelle » se sont également tenus différents procès, dont plusieurs en France. Les sciences sociales peuvent mettre leurs concepts à l’épreuve de ces violences extrêmes qui atteignent l’intimité des liens sociaux et affectifs, qui se produisent jusque dans les lieux sacrés, et dont la cruauté reste irréductible aux explications par l’obéissance ou la peur, comme en témoigne la double exposition actuellement présentée au Mémorial de la Shoah à Paris et à Drancy. Les combats judiciaires, historiques et politiques ne sont pas plus terminés que le génocide.

Jonathan Chalier
Secrétaire de rédaction

J’habite un ailleurs dont il n’y a pas d’exil

Émilienne Mukansoro, rescapée du génocide, témoigne auprès d'Amélie Faucheux des hurlements (induru) des victimes qu’elle entend toujours, des hurlements qu’elle pousse quand on refuse les commémorations et qu’elle doit à l’humanité, et peut-être aussi des hurlements des bourreaux car, pour eux aussi, le génocide ne se termine jamais.

Lire l'article

Balayer les cendres

Pour Stéphane Audoin-Rouzeau dans cet entretien, à condition de savoir le voir, le génocide des Tutsi rwandais perdure dans les vécus contemporains, sous la forme de hurlements et de reviviscences, de crimes qui se poursuivent, de déni historique des responsabilités, de déficit cognitif et d’énigme pour les sciences sociales, voire de présage pour nos propres sociétés, qui ne sont pas à l’abri d’un retournement meurtrier du voisinage.

Lire l'article

France-Rwanda, et maintenant ?

Ce dossier interroge, quinze après, les enjeux du génocide des Tutsi du Rwanda pour la société française. Les historiens Rafaëlle Maison et Stéphane Audoin-Rouzeau analysent respectivement les archives Mitterrand et le rapport Mucyo de 2008 sur le rôle de la France dans le génocide. Antoine Garapon se penche sur la doctrine de la prévention internationale du génocide. Jean-Pierre Chrétien étudie l’historiographie troublée du génocide en remontant à ses sources coloniales. Et Hélène Dumas examine cette forme singulière de négationnisme qui tente d’établir une équivalence criminelle entre les bourreaux et les victimes. Ce dossier appelle à la création d’une commission historienne.

Lire le dossier

AGENDA

Paul Ricœur et la revue Esprit

Mercredi 15 mai 2019 à 18h30
+ d'informations

L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Abonnez-vous ou abonnez un proche

Abonnement 100% numérique : 1€ le premier mois, puis 7,50€/mois

Abonnement intégral : 12€/mois

Copyright © 2019 Revue Esprit, All rights reserved.
Si vous ne souhaitez plus recevoir cette newsletter, désabonnez-vous en cliquant ici
Esprit