Revue Esprit
Infolettre revue Esprit - Vendredi 12 juin 2020

Des inégalités en Inde

Après avoir fait figure d’épicentre de la pandémie pendant de longues semaines, l’Europe semble en passe de voir la crise sanitaire refluer, quand bien même ses conséquences économiques et sociales sont encore à venir. Mais le virus a poursuivi sa course et c’est maintenant d’autres régions du monde que parviennent des échos inquiétants, notamment d’Inde. Si le pays est entré depuis début juin dans un progressif déconfinement, le nombre de contaminations journalières y reste élevé, tandis que le PIB plonge.

Comme partout où elle est passée, l’épidémie jette en Inde une lumière crue sur des problèmes qui lui préexistaient. La situation de millions de travailleurs migrants, devenus prisonniers de mégapoles confinées sans aucun moyen de subsistance, a rappelé à quel point les inégalités sociales et économiques y restent structurelles. Derrière la façade trompeuse d’un hindouisme majoritaire, le système des castes perdure. Cet hindouisme a, en outre, pris le visage d’un nationalisme violent. Narendra Modi souffle sans relâche sur ces braises, lui permettant de détourner l’attention des Indiens d’une crise économique endémique, que la Covid-19 aggravera certainement. Mais le phénomène n’est pas nouveau. Au début des années 1990, Amartya Sen s’inquiétait déjà, dans Esprit, de la menace planant sur le principe de laïcité, et à travers lui sur les « traditions de tolérance et d’hétérogénéité de l’Inde ».

C’est bien sur une trajectoire préoccupante qu’est engagée depuis quelques temps la plus grande démocratie du monde, comme nous l’appelons encore volontiers. Une trajectoire dont la crise sanitaire risque de raidir la pente.

La rédaction

Ce que l'hindouisme recouvre

Divya Dwivedi et Shaj Mohan > Lire

La religion hindoue, en gestation dans l’esprit des Britanniques et des membres des castes supérieures, est née, au début du xxe siècle, pour conjurer le danger que présentait la supériorité numérique des castes inférieures. L’image de l’Inde indépendante, associée à l’autorité de Gandhi, cache en réalité l’oppression millénaire des castes inférieures, que l’unité supposée de l’hindouisme permet de pérenniser.

Crise et nationalisme en Inde

Christophe Jaffrelot > Lire

Au printemps dernier, le Premier ministre indien sortant, Narendra Modi, avait en partie dû sa réélection à la fièvre nationaliste dont le pays avait été le théâtre à la suite de l’attentat islamiste de Pulwama (Jammu-et-Cachemire). Six mois plus tard, la crise économique s’est brusquement aggravée, conduisant le gouvernement à remettre le nationalisme hindou au goût du jour, quitte à jouer la politique du pire.

Menaces sur les traditions laïques de l'Inde

Amartya Sen > Lire

La mise à sac le 12 décembre 1992 de la mosquée Babri Masjid dans la ville d’Adoyha, au nord de l’Inde, a inquiété les observateurs : l’Inde ne risquait-elle pas de succomber, elle aussi, aux démons du communautarisme, aux conflits violents entre musulmans et hindouistes ? En mettant l’accent sur la diversité de la tradition laïque et des mouvements protestataires, le Prix Nobel d’économie ne cède pas au pessimisme ambiant.

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