Revue Esprit
Infolettre revue Esprit - Vendredi 19 juin 2020

Mémoire, racisme et politique

En quelques semaines, la vague de colère qui a suivi la mort de George Floyd aux États-Unis s’est mondialisée. Ouvrant le débat sur l’existence du « racisme structurel » au sein de nos sociétés, elle a également convoqué, dans de nombreux pays, les enjeux de mémoire et de rapport à l’histoire colinale et à celle de l'esclavage.

La grammaire des signes de la révolte se mondialise elle aussi et, après le genou à terre symbolisant le refus des violences policières, les déboulonnages de statues de personnages emblématiques de ce passé colonial se multiplient, de Christophe Colomb à Victor Schœlcher, en passant par Léopold II. Cette pratique ancienne, qui conteste une certaine écriture de l’histoire dans l’espace public, pose à chaque fois la question de la fabrique continue, souvent conflictuelle, du récit qu’une société se donne d’elle-même. Elle touche à ce que le philosophe Paul Ricœur appelait « l’énigme que la mémoire laisse en héritage à l’histoire ».

Mais les événements actuels rapprochent le débat sur la question coloniale d’un autre, tout aussi brûlant, sur la question raciale. Or si la colonisation ou l’esclavage ont bien à voir avec la question du racisme, la revendication – aujourd’hui – d’une condition humaine « racisée », dépositaire de ce passé douloureux, ouvre de nombreuses questions. Une part importante de l’avenir de nos communautés politiques se joue sur les réponses que nous serons capables d’y apporter.

La rédaction

Aux États-Unis, un nouveau seuil d’antiracisme ?

Michael C. Behrent > Lire

Avec le mouvement entraîné par le  meurtre de George Floyd à Minneapolis, il semble que la société américaine soit en train de passer un nouveau seuil d’antiracisme, caractérisé par la réforme de soi-même, la reconnaissance de la multiplicité et de la complexité des identités, et la prime à l’« inclusivité ».

Quelle mémoire de l'esclavage ? 

Daniel Maximin, Stéphane Pocrain et Christiane Taubira > Lire

La loi Taubira de 2001 définissant l’esclavage comme crime contre l’humanité a constitué une conquête symbolique majeure. Mais pour les participants à cette table ronde, organisée en février 2007, elle a échoué à mettre en place des réparations, à réformer les programmes scolaires et à promouvoir une politique culturelle ambitieuse. Cette loi ne fait-elle que reconnaître l’égalité des citoyens de la République, au-delà de la race, ou participe-t-elle d’une évolution du droit vers un système victimaire?

L'horrible, l'imprescriptible et l'admirable.

Une relecture de La mémoire, l’histoire, l’oubli de Paul Ricœur.

Jean-Claude Monod > Lire

Dans La mémoire, l’histoire, l’oubli (Seuil, 2000), Paul Ricœur s’inquiétait des possibles « abus de mémoire » (censures officielles, manipulations identitaires, obligations mémorielles au détriment de l’histoire) et soulignait l’importance d’un « travail de mémoire ». Il défendait l’exigence juridique d’imprescriptibilité pour les crimes contre l’humanité, mais souhaitait maintenir la possibilité politique et éthique du pardon.

Le nom « Noir » et son double

Nadia Yala Kisukidi > Lire

Le nom « Noir » recouvre deux logiques irréductibles : l’élaboration d’un monde post-racial et la description du racisme comme rapport social ; le souhait de l’invisibilité ou des désirs révolutionnaires. Achille Mbembe trace une voie d’effacement de la race dans la cosmopolitique. Nadia Yala Kisukidi se demande si cette dernière est possible quand il y a une seule Terre et des mondes en conflit ?

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