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Jean-Marie Domenach


1922-1997

Né à Lyon en 1922, élève de Jean Lacroix, il est dès 1941 l’un des animateurs de la résistance étudiante au nazisme dans cette ville. Avec son ami Gilbert Dru, il collabore aux Cahiers de notre jeunesse, revue de jeunes chrétiens antinazis. Il participe à partir de 1943 aux tournées, dans les camps du Vercors, des « équipes volantes » issues de l’école des cadres d’Uriage. Il combat dans les maquis du Tarn. En 1945, il dirige pendant quelque temps Aux Armes !, la revue des Forces françaises de l’intérieur. En 1944, Mounier, qu’il a d’abord connu lors du procès de ce dernier à Lyon, lui avait demandé d’assurer le secrétariat de rédaction d’Esprit. Il fera ce travail seulement à partir de fin 1946 (après l’intérim assuré par Joseph Rovan), durant dix ans, d’abord sous la direction de Mounier, puis (à partir de 1950) d’Albert Béguin. Comme les autres membres d’Esprit sortis de la Résistance, il est marqué par le compagnonnage avec le parti communiste, tout en percevant vite et plus vivement que Mounier, les aspects déplaisants, les mensonges et les arrière-pensées du parti. Il prendra définitivement ses distances au début des années 1950, non sans conflits avec d’autres membres d’Esprit. À noter que Domenach publiera dans la collection Esprit, en 1956, le livre du père Jean-Yves Calvez, la Pensée de Karl Marx, synthèse critique sans équivalent sur tous les aspects de l’œuvre de Marx. Il devient directeur à part entière en 1957 et le reste jusqu’en 1977. Il sera donc en première ligne pour des événements essentiels et des transitions très importantes dans l’histoire de la revue : guerre d’Algérie, décolonisation, gaullisme, Mai 1968, changements intellectuels et culturels des années 1960-1970…

Après son départ de la revue, Domenach gardera de nombreuses activités intellectuelles, d’abord à l’Institut national de l’audiovisuel (Ina) et au Centre de formation des journalistes de Paris (Cfj), ensuite et surtout à l’École polytechnique, où il est professeur de sciences sociales de 1980 à 1987 et où il fonde le Centre de recherches et d’études appliquées (Crea). Il est aussi écrivain, conférencier, professeur invité dans diverses institutions et universités, en France et à l’étranger.

Adepte du franc-parler, Domenach prend dans les années 1980 des positions qui suscitent de légitimes controverses. Elles ne justifient cependant d’aucune façon les procès d’intention et les calomnies dont il est l’objet. Il meurt en juillet 1997. Sa femme, Nicole, publie en 2001 ses carnets, qui sont en fait un journal assez personnel, couvrant la période 1944-1977.