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Notes de lecture

Dans le même numéro

Retour à Rome

octobre 2021

Le dernier roman historique de Hédi Kaddour, La Nuit des orateurs restitue sans excès ni effets de manche l’esprit de la Rome antique. Le roman polyphonique raconte les dernières années du règne de l’empereur Domitien, dans une prose brillante qui sonne comme un hommage littéraire à la langue latine.

C’est un roman historique inattendu et susceptible de passionner bien des lecteurs, antiquisants érudits, amoureux de la Rome antique, amateurs de fictions exotiques, que cette Nuit des orateurs, dont l’écriture, parfaitement lisible, est pour autant somptueusement à contre-courant, gorgée qu’elle est de l’élasticité de la « résonnante syntaxe latine ». Surtout, Hédi Kaddour a eu l’audace, efficace, d’insérer dans le tissu de sa phrase – et donc souplement traduit – un latin de l’époque, parfaitement en phase avec la matière romanesque. Cette subtile stratégie d’écriture, évitant l’effet citationnel, préserve l’homogénéité d’un récit attentif à ne jamais basculer dans un anachronisme complaisant, non plus que dans cette distance vertigineuse qu’on vante trop souvent aujourd’hui comme l’intérêt majeur du retour à l’antique.

L’intrigue met en scène une galerie de personnages « historiques », lettrés, hauts magistrats de la Rome impériale du ier siècle, poètes déjà célèbres ou en mal de reconnaissance. C’est un grand plaisir de voir converser familièrement Tacite, Pline le Jeune, anciens élèves de Quintilien, aux côtés de Juvénal, de Martial, à un moment où ils ne sont pas encore devenus les « auteurs » de la Bibliothèque latine. Mais l’intérêt romanesque de ces dix-neuf chapitres, qui se lisent comme la progression d’une intrigue policière, réside dans le choix d’un espace-temps particulièrement suggestif, ce

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
Gallimard, 2021
348 p. 21 €

Cécilia Suzzoni

Professeure honoraire de chaire supérieure au Lycée Henri IV, Cécilia Suzzoni est la fondatrice et présidente d'honneur de l'Association le latin dans les littératures européennes (ALLE). Elle a notamment dirigé, avec Hubert Aupettit, l'ouvrage Sans le latin (Fayard, 2012)

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La publication du rapport Duclert a réouvert le débat sur les responsabilités du gouvernement, de la diplomatie et de l’armée françaises dans le génocide des Tutsi au Rwanda. À partir d’une lecture de ce rapport, le présent dossier propose de réfléchir à ce que nous avons appris, dans les vingt-cinq ans qui nous séparent des faits, sur l’implication de la France au Rwanda. Quelles leçons peut-on tirer des événements, mais aussi de la difficulté, dans les années qui ont suivi, à s’accorder sur les faits et à faire reconnaitre la vérité historique ? Quels constats cette histoire invite-t-elle sur le partage des responsabilités entre autorités politiques et militaires, sur les difficultés inhérentes aux opérations extérieures, notamment en Afrique, et enfin sur le bilan de ces interventions, au moment où la France choisit de réduire sa présence au Sahel ? Au-delà du seul cas français, l’échec de la communauté internationale à prévenir le génocide rwandais invite en effet à repenser le cadre des interventions armées sur les théâtres de conflits et de guerres. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Afghanistan, djihadisme et démocratie, gouverner le trottoir, à qui profite le crime ?, le retour à Rome d’Hédi Kaddour et le carnaval Belmondo.