Notes de lecture

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Histoire de moi-même, de Henry David Thoreau

juin 2018

#Divers

 
 

Après 1968, les esprits rebelles ont lu Thoreau (1817-1862) pour son incitation à la désobéissance civile (il refusa de payer l’impôt à un État esclavagiste et guerrier). Son succès ne s’est pas démenti depuis, sans doute pour des raisons plus écologiques. Bonne idée donc que de traduire cet inédit écrit en 1846, « matrice » de Walden, son livre le plus célèbre, paru en 1854. Il raconte son séjour solitaire de deux ans près du lac de Walden, non loin de son village de Concord, pour une tentative d’autosubsistance – frugale – dans la nature sauvage. Histoire de moi-même est le récit concret d’une rencontre fusionnelle avec la beauté et la puissance de la faune et de la flore figées dans leur éternité cyclique et restées vierges de toute présence et de toute atteinte humaines. Thoreau ne mène pas près de Walden une vie d’ermite, il n’est pas végétarien et loue la chasse. Il veut avant tout éprouver avec intensité la vie de la terre, des animaux, des végétaux et même des minéraux, les saisons, le soleil, le soir et le matin, la pluie et la glace, et même la corruption (des cadavres), car la nature peut se permettre «de sacrifier des myriades d’êtres», de faire pleuvoir «parfois de la chair et du sang»! Refaire l’expérience sacrale et immédiate du primitif ? Peut-être, mais les références à de très nombreux ouvrages, de la littérature gréco-latine en particulier, attestent à quel point la nature était, chez Thoreau, habillée de culture…

 

Le Passeur, 2017
224 p. 18 €

Jean-Louis Schlegel

Philosophe, éditeur, sociologue des religions et traducteur.   Jean-Louis Schlegel est particulièrement intéressé par les recompositions du religieux, et singulièrement de l'Eglise catholique, dans la société contemporaine. Cet intérêt concerne tous les niveaux d’intelligibilité : évolution des pratiques, de la culture, des institutions, des pouvoirs et des « puissances », du rôle...

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