Photo : Marius Masalar
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Capacités d’agir à l’ère numérique

janv./févr. 2020

Andrew Feenberg est l’un des principaux philosophes de la technique en Amérique du Nord. Il y poursuit la tradition de l’École de Francfort, celle de Herbert Marcuse en particulier, tout en prenant en compte les acquis de la tradition phénoménologique pour examiner l’impact des technologies sur l’évolution des sociétés contemporaines. Après avoir enseigné aux États-Unis ainsi que dans de nombreuses universités à travers le monde, notamment au Brésil et au Japon, il est titulaire de la chaire de philosophie de la technologie à l’université Simon Fraser de Vancouver au Canada et directeur de programme au Collège international de philosophie à Paris. Il a récemment publié, en français, Pour une théorie critique de la technique (Lux Éditeur, 2014). Cet entretien est adapté d’un chapitre de ­l’ouvrage Les Identités numériques en tension. Entre autonomie et contrôle, d’Armen Khatchatourov en collaboration avec Pierre-Antoine Chardel, Andrew Feenberg et Gabriel Périès, Londres, ISTE Editions, 2019.

Dans vos travaux, vous avez abondamment thématisé la notion de « capacité d’agir » à partir du constat historique suivant : l’après-guerre fut une période positive, en ce qu’elle a permis l’émergence de nouvelles luttes et, plus largement, en ce qu’elle marque une rupture fondamentale avec l’époque industrielle classique. Néanmoins, cet assouplissement n’a pas été sans contreparties, que Gilles Deleuze analysait comme l’émergence d’une société de contrôle. Comment concevez-vous cette tension entre autonomie et contrôle ?

Afin d’apporter de premiers éléments de réponse à votre question, je rappellerai tout d’abord que le schéma imaginé par le marxisme a été en quelque sorte brouillé, au xxe siècle, sous le coup du mouvement réformiste, ainsi que l’ont démontré les représentants de l’École de Francfort. Ceux-ci ont vu dans les changements politiques et sociaux à l’œuvre, au premier rang desquels la création de la Sécurité sociale ou l’instauration des congés payés, de puissants leviers d’intégration de la classe ouvri&e

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Andrew Feenberg

Professeur de philosophie à l'université Simon Fraser de Vancouver, il est notamment l'auteur de (Re)penser la technique (La Découverte, 2004).

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L'universel est à nouveau en débat : attaqué par les uns parce qu'il ne serait que le masque d'une prétention hégémonique de l'Occident, il est défendu avec la dernière intransigeance par les autres, au risque d'ignorer la pluralité des histoires et des expériences. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Anne Lafont, fait le pari que les transformations de l'universel pourront fonder un consensus durable : elles témoignent en effet de l'émergence de nouvelles voix, notamment dans la création artistique et les mondes noirs, qui ne renoncent ni au particulier ni à l'universel. À lire aussi dans ce numéro : la citoyenneté européenne, les capacités d'agir à l'ère numérique, ainsi que les tourmentes laïques, religieuses, écologiques et politiques.