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Matteo Salvini via Flickr
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Le populisme chrétien, un phénomène transatlantique ?

janv./févr. 2022

La politisation du christianisme connait différentes variantes : en Europe de l’Ouest, elle se joue sur les attitudes à l’égard des musulmans mais aussi de la famille chrétienne ; en Europe de l’Est, elle associe le refus de l’islam à la critique du libéralisme ; aux États-Unis, elle a basculé dans un national-conservatisme qui voudrait faire des émules en Europe.

Loin de se réclamer d’un électorat traditionaliste comme à l’époque de Jean-Marie Le Pen, le Rassemblement national se présente aujourd’hui comme laïque, voire « laïcard », dans ses batailles contre le port du voile ou la défense de la loi de 19051. Marine Le Pen se réfère pourtant fréquemment aux « racines chrétiennes de la France », tout comme Louis Aliot, qui semble connaître le nombre exact d’églises sur le territoire français. Elle n’hésite pas non plus à dénoncer la présence musulmane comme une invasion et un « basculement civilisationnel », tandis qu’au sein de son propre parti comme à sa marge immédiate, une nébuleuse catholique dite de « droite hors les murs » appelle plutôt de ses vœux le leadership charismatique de Marion Maréchal-Le Pen, pour porter haut sa bataille de France, faite de défense identitaire mais aussi de foi catholique et de conservatisme moral. Surfant sur cette vague, Éric Zemmour utilise la référence chrétienne à la fois comme symbole du « déclin français » et comme arme à plus large spectre, pour combattre le « grand remplacement » islamique2.

La politisation du catholicisme au sein de la droite populiste française n’est pas un phénomène isolé. Elle fait écho à la forte poussée en Europe, comme en Amérique, de la référence chrétienne au sein des mouvements identitaires et des partis nationaux-

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Blandine Chelini-Pont

Professeure d’histoire contemporaine à l’université d’Aix-Marseille, elle a notamment dirigé, avec Roland Dubertrand et Valentine Zuber, Géopolitique des religions (Le Cavalier Bleu, 2019).

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Comment écrire l’histoire des marges ? Cette question traverse l’œuvre de Michel de Certeau, dans sa dimension théorique, mais aussi pratique : Certeau ne s’installe en effet dans aucune discipline, et aborde chaque domaine en transfuge, tandis que son principal objet d’étude est la façon dont un désir fait face à l’institution. À un moment où, tant historiquement que politiquement, la politique des marges semble avoir été effacée par le capitalisme mondialisé, l’essor des géants du numérique et toutes les formes de contrôle qui en résultent, il est particulièrement intéressant de se demander où sont passées les marges, comment les penser, et en quel sens leur expérience est encore possible. Ce dossier, coordonné par Guillaume Le Blanc, propose d’aborder ces questions en parcourant l’œuvre de Michel de Certeau, afin de faire voir les vertus créatrices et critiques que recèlent les marges. À lire aussi dans ce numéro : La société française s’est-elle droitisée ?, les partis-mouvements, le populisme chrétien, l’internement des Ouïghours, le pacte de Glasgow, et un tombeau pour Proust.