Photo : John Simitopoulos
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La coalition des vivants

Les sociétés démocratiques éprouvent une difficulté particulière à prendre en compte le futur. Cet impérialisme du présent émousse la légitimité démocratique. Pourtant, le développement durable ou la justice intergénérationnelle font émerger avec de plus en plus de force la conscience que le futur doit gagner un poids politique. 

Nous, êtres humains, devons avoir une relation avec notre futur si nous voulons réaliser des opérations qui aillent au-delà du moment présent[1]. Cela vaut également pour les sociétés, qui doivent maintenir un rapport intelligent avec leur futur, dans la mesure où elles veulent que des dispositions collectives comme la prévision et l’anticipation, ou des émotions publiques comme l’espérance et la crainte, les désirs et les attentes soient articulées de manière raisonnable. La question décisive est de savoir si nos démocraties sont capables d’anticiper des possibilités futures dans un contexte de grande incertitude, si elles peuvent réaliser des projets et étendre le temps social, articuler de manière intergénérationnelle la société, en agissant sur des « ombres du futur[2] » avec des critères de légitimité et de responsabilité. La difficulté qu’il y a à avoir des relations avec son propre futur est l’une des causes qui expliquent le triomphe de l’insignifiance dans les actuelles démocraties médiatiques, notre distraction insistante (récurrente, prononcée) &agra

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Daniel Innerarity

Professeur de philosophie politique et sociale à l'Université du Pays basque et directeur de l'Institut de gouvernance démocratique, Daniel Innerarity a notamment publié Le Temps de l'indignation (Le Bord de l'eau, 2018), L'Ethique de l'hospitalité (Presses Université Laval, 2010), La Démocratie sans l'État : essai sur le gouvernement des sociétés complexes (Climats, 2006)....

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Comment se fait aujourd’hui le lien entre différentes classes d’âge ? Ce dossier coordonné par Marcel Hénaff montre que si, dans les sociétés traditionnelles, celles-ci se constituent dans une reconnaissance réciproque, dans les sociétés modernes, elles sont principalement marquées par le marché, qui engage une dette sans fin. Pourtant, la solidarité sociale entre générations reste possible au plan de la justice, à condition d’assumer la responsabilité d’une politique du futur. À lire aussi dans ce numéro : le conflit syrien vu du Liban, la rencontre entre Camus et Malraux et les sports du néolibéralisme.