Élevage intensif | Domaine public
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Troubles dans l’élevage

juil./août 2020

Deux romans explorent les scandales de la consommation de viande dans les sociétés industrielles, dans la Belgique contemporaine chez Gil Bartholeyns et dans l’Argentine du futur chez Agostina Bazterrica. Au centre de chacun d’eux, un homme confronte le vide de son existence à l’absurdité du système qu’il doit inspecter.

S’il y a un problème dans l’élevage industriel des animaux à des fins de consommation humaine, comment la littérature peut-elle en rendre compte ? La sociologie a décrit les formes d’aliénation dans le travail des hommes avec les animaux[1], tandis que la philosophie a conceptualisé les ruptures du contrat domestique qui permet d’attribuer aux animaux des droits[2]. La littérature peut recourir à la fiction pour changer notre point de vue sur le geste apparemment banal qui consiste à manger de la viande résultant de l’abattage industriel d’animaux.

Deux romans parus à la rentrée littéraire 2019 explorent les scandales logiques de la consommation de viande dans les sociétés industrielles, mais ils le font avec des procédés symétriquement inverses. Le roman de Gil Bartholeyns, Deux kilos deux[3], est un polar alternant des scènes de vie ordinaire et des méditations métaphysiques sur l’élevage des animaux par des humains. Celui d’Agustina Bazterrica, Cadavre exquis[4], est une « dystopie » décrivant un monde où les humains sont élevés et abattus comme des

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Frédéric Keck

Frédéric Keck est un historien de la philosophie et anthropologue français. Après son entrée au CNRS en 2005 il a effectué des enquêtes ethnographiques sur les crises sanitaires liées aux maladies animales. Il dirige le Laboratoire d'anthropologie sociale depuis le 1er janvier 2019. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Avian Reservoirs (Duke University Press Books, 2020). …

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Ce dossier coordonné par Jean Godefroy Bidima et Antoine Garapon fait entendre les voix multiples de l’Afrique. Depuis leur perspective propre, ces voix africaines débordent la question postcoloniale et invitent au dialogue ; elles participent à la construction d'une commune humanité autour d’un projet de respect de la vie. À lire aussi dans ce numéro double : la participation dans le travail social, les analogies historiques de la pandémie, les gestes barrières face aux catastrophes écologiques, l’antiracisme aux États-Unis et l’esprit européen de Stefan Zweig.