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Saint Sébastien intercède auprès de Dieu pour conjurer la peste (Josse Lieferinxe, XVe siècle, détail). Wikimedia, CC BY-SA
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Hérésies sanitaires

Croire en la science au temps de la Covid-19

Si l’explication et la gestion des épidémies ont longtemps été confiées à l’Église, elles sont aujourd’hui du ressort de la science médicale. Est-ce à dire que la médecine est devenue la nouvelle matrice de la foi, autour de laquelle s’articuleraient nos espoirs et nos craintes ?

Depuis le déclenchement de la pandémie, en mars 2020, les femmes et les hommes de science ont été ses hérauts quotidiens, et les personnels de santé de tous rangs ses héros, éclipsant ceux qui jouèrent ce rôle en d’autres temps et dont les historiens seuls rappellent l’importance : des évêques, des prêtres, des moines et des laïcs chrétiens, engagés au nom de leur foi au premier rang lors des épidémies de peste ou de choléra, encore après l’entrée dans les Temps modernes. L’omniprésence de la science médicale et des institutions et personnels de santé aurait ainsi masqué l’absence d’une oubliée : la religion. Pour ne parler que de la France (mais c’était vrai ailleurs), les « cultes » n’ont certes pas été totalement absents, mais leur présence publique a été médiocre, seconde, non ou peu sollicitée. L’Église catholique, qui donne le ton en matière d’image, s’est surtout signalée par ses récriminations face au politique (pour le rétablissement rapide du culte après le confinement), sévèrement jugées par certains catholiques et bruyamment soutenues par d’autres.

La Science, vaste englobant, censée dire la conduite à tenir au politique, a donc semblé triompher. Mais n’est-ce pas une victoire à la Pyrrhus ? Car on a pu assister aussi à l’impuissance relative des disciplines concernées par l’épidémie et au spectacle de scientifiques divisés, incertains, inconstants dans leurs déclarations et se faisant concurrence sur les plateaux de télévision. La pandémie n’a-t-elle pa

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Jean-Louis Schlegel

Philosophe, éditeur, sociologue des religions et traducteur, Jean-Louis Schlegel est particulièrement intéressé par les recompositions du religieux, et singulièrement de l'Eglise catholique, dans la société contemporaine. Cet intérêt concerne tous les niveaux d’intelligibilité : évolution des pratiques, de la culture, des institutions, des pouvoirs et des « puissances », du rôle et de la place du…

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On oppose souvent science et croyance, comme si ces deux régimes de discours n’avaient rien de commun. Pourtant, l’expérience nous apprend que c’est généralement quand l’un des deux fait défaut que l’autre subit une crise. Dans le contexte pandémique actuel, l’incapacité des experts et des gouvernants à rendre compte dans l’espace public des conditions selon lesquelles s’élaborent les vérités scientifiques, aussi bien qu’à reconnaître la part de ce que nous ne savions pas, a fini par rendre suspecte toute parole d’autorité et par faciliter la circulation et l’adhésion aux théories les plus fumeuses. Comment s’articulent aujourd’hui les registres de la science et de la croyance ? C’est à cette question que s’attache le présent dossier, coordonné par le philosophe Camille Riquier, avec les contributions de Jean-Claude Eslin, Michaël Fœssel, Bernard Perret, Jean-Louis Schlegel, Isabelle Stengers. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Irak, les monopoles numériques, les enseignants et la laïcité, et l’écocritique.