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Un migrant chez soi

L’observation d’un programme associatif d’accueil de demandeurs d’asile chez l’habitant montre la transformation de l’hospitalité, d’un idéal abstrait en engagement quotidien. Ce dernier déplace les frontières matérielles et symboliques du monde ordinaire. Fragile, il demande à être encadré par les associations.

Lors des journées nationales de Share, un programme associatif organisant l’accueil de demandeurs d’asile chez l’habitant, Michel Agier introduisait les enjeux d’une anthropologie sociale et politique de l’hospitalité en interrogeant la conception «absolue» ou «inconditionnelle» prônée par Jacques Derrida dans les années 1990[1]. L’anthropologue invitait alors, face à un auditoire composé d’hôtes accueillants et de délégations régionales du programme Share, à interroger les conditions de l’hospitalité ; autrement dit, à penser le sens pratique des initiatives d’accueil de migrants chez l’habitant. À l’issue de cette présentation, Monsieur Taberne[2], accueillant avec sa famille des demandeurs d’asile depuis une dizaine d’années, exprimait son désaccord avec les propos de l’anthropologue. L’hospitalité offerte dans le cadre du programme Share et, par extension, à son domicile, était à son sens un acte gratuit et inconditionnel. Il ne choisissait pas les personnes qu’il accueillait et n’attendait rien d&rs

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Marjorie Gerbier-Aublanc

Socio-anthropologue, chercheuse post-doctorante à l'EHESS, sa recherche a été réalisée dans le cadre de l'ANR Babels grâce au soutien financier de la ville de Paris.

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Assistons-nous au triomphe de la xénophobie ? Les exilés ne sont plus les bienvenus dans notre monde de murs et de camps. Pourtant, certains font preuve de courage et organisent une contre-politique hospitalière. Ce dossier estival, coordonné par Fabienne Brugère et Guillaume le Blanc, invite à ouvrir le secours humanitaire sur un accueil institutionnel digne et une appartenance citoyenne réinventée.