Pochoir représentant Roberto Bolaño dans le quartier de Sant Antoni (Barcelone).
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Roberto Bolaño : 2666 ou les maléfices de la mondialisation

L’œuvre maîtresse – posthume et inachevée – de l’écrivain chilien Roberto Bolaño, 2666, transporte ses personnages entre l’Europe et le Mexique, créant un labyrinthe dont le cœur est la ville de Santa Teresa, lieu de cristallisation du mal, où tous les personnages convergent sans pour autant se ­croiser. Seul le genre protéiforme du roman permet de rendre compte de cette circulation de l’horreur, de l’Allemagne nazie au Mexique contemporain.

Dans l’un de ses derniers entretiens, avant de mourir à l’âge de 50 ans, Roberto Bolaño, alors reconnu pour son roman les Détectives sauvages1, dira : « Le monde est vivant et rien de vivant ne peut être sauvé, et c’est là notre destin2. » Constat implacable, il est celui d’un homme épuisé par la maladie et sur le point d’achever son œuvre maîtresse – et peut-être l’un des chefs-d’œuvre les plus beaux et cruels à l’orée du xxie siècle : 26663. Publié en 2004 à titre posthume et composé de cinq parties indépendantes, 2666 est un roman déroutant, monstrueux, qui entraîne son lecteur dans les maléfices de notre temps. C’est un testament laissé au monde et tendu comme un miroir.

Le monde s’est rétréci, les distances aussi, et pourtant l’homme n’a jamais autant eu le sentiment de se tenir seul dans un désert où l’absurdité prévaut. Parcourant le xxe si&eg

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Nicolas Léger

Professeur de lettres et de philosophie au lycée Victor-Hugo de Florence, il a récemment publié « Soumission, ou l'épuisement de tout » (Esprit, novembre 2018).

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