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Le milieu gothique : une culture de notre temps

Apparu au début des années 1980 et diffusé à travers divers styles musicaux, présent dans le cinéma et la mode, le mouvement gothique fait partie des références culturelles des jeunes. S’il apparaît sombre, sectaire et inquiétant, il n’est pas néanmoins en rupture avec les autres registres de l’imaginaire contemporain.

Le « phénomène » gothique est à la mode. Attirant de plus en plus de jeunes, il inspire cinéastes, stylistes et artistes en tout genre, intrigue les journalistes, inquiète parents et pouvoirs publics. Tandis que les soirées estampillées « goth » continuent de gagner en affluence, en Europe comme en Amérique du Nord, et alors même que l’esthétique « sombre » tend sous certaines formes à se banaliser, il ne manque en effet pas de voix pour soupçonner cette culture urbaine de produire des discours et des comportements morbides, en faire l’antichambre du satanisme moderne ou le cheval de Troie de l’extrême droite la plus radicale.

Comme attestant ces craintes, des faits divers tragiques ont eu, au cours des dernières années, en France ou à l’étranger, de jeunes gothiques pour protagonistes. Le massacre de treize personnes, commis le 20 avril 1999 par deux « admirateurs » de Marilyn Manson1, au lycée Columbine de Littleton, dans le Colorado, d’abord. La défénestration de deux collégiennes au look gothique le 23 septembre 2005 à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, ensuite. La fusillade perpétrée par un homme de 25 ans portant « un long trenchcoat noir, des piercings et ce genre de choses2 » au collège Dawson de Montréal le 13 septembre dernier, enfin. Sans parler des crimes « rituels », des profanations de cimetières et de lieux de culte qui jettent régulièrement la suspicion sur les individus attachés à ce milieu.

Dans son rapport intitulé le Risque sectaire (2004), la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) relevait du reste « une progression sensible des dérives sataniques » et précisait que la mouvance sataniste « pour recruter de nouveaux adeptes, profite de la vague gothique, posture esthétique très “tendance”, particulièrement en faveur chez les adolescents3 ». Il n’en fallait pas davantage pour qu’abondent les articles de presse, les émissions de radio et de télévision consacrés à la communauté gothique4, approchant les questions qu’elle pose avec plus ou moins de rigueur et de dramatisation.

Le plus souvent réduite, aux yeux du grand public, à la figure controversée de Marilyn Manson et à l’image d’adolescents vêtus de noir, au teint blafard et à l’air égaré, la culture gothique déborde pourtant largement les clichés qui lui sont associés. Héritière du mouvement punk et de l’esprit romantique, par essence apolitique et areligieuse, elle témoigne d’une longévité, d’une diversité et d’une malléabilité qui interdisent tout jugement sommaire et toute catégorisation définitive.

L’assimilation de ses adeptes aux membres d’un « mouvement » paraît d’ailleurs discutable dans la mesure où ils ne constituent pas un ensemble homogène d’individus poursuivant un but déterminé, portant un projet ou des valeurs communes fortes. Plus sûrement, il convient de parler d’un « milieu », entendu comme un espace social régi par des codes et des normes dans lequel choisissent d’évoluer des personnes partageant une même sensibilité, un même « état d’esprit » et révélant des affinités esthétiques, musicales et artistiques. Un univers en continuelle élaboration, où prévaut l’inclination au mélancolique et au passionnel, à l’étrange et au hors norme, au merveilleux et à l’irrationnel, au théâtral et à l’artificiel. Un monde composite qui vit et se pérennise à travers ses médias (magazines5, émissions de radio, stations on-line), ses événements festifs et mondains (soirées, concerts, festivals), ses lieux de rencontre physiques (bars, boutiques spécialisées) ou virtuels (forums de discussion, chats, mailing-lists), grâce auxquels se tissent et s’entretiennent des liens sociaux et culturels.

Des origines composites

Le milieu gothique, et les références artistiques et les attitudes vestimentaires qui le définissent, s’est progressivement constitué à partir du début des années 1980. La pierre angulaire de cet édifice est posée en juillet 1982, avec le lancement de soirées à thème baptisées Batcave6. Organisées dans un club de strip-tease londonien par Ollie Wisdom, chanteur du groupe post-punk The Specimen, ces événements attirent dans un cadre inspiré de films d’horreur une foule d’excentriques vêtus de cuir qui vont former l’embryon d’une nouvelle culture urbaine. Parmi eux se recrutent les amateurs de formations britanniques considérées comme pionnières de la musique gothique, en particulier Joy Division, Siouxsie and The Banshees, Southern Death Cult, Sex Gang Children, Bauhaus, Sisters of Mercy, Fields of Nephilim, Alien Sex Fiend et The Cure. Malgré leurs influences et orientations parfois divergentes7, la plupart de ces groupes, dont les racines plongent dans le punk-rock, se parent d’une esthétique sombre, parfois théâtralisée, et imposent rapidement à leurs musiques des rythmes lents et lourds, des accents froids et introspectifs.

À cette scène originelle et à ses héritiers directs se sont agrégés, au fil des années, différents courants aujourd’hui pleinement constitutifs de l’univers musical gothique. Né du légendaire duo australien Dead Can Dance et du groupe écossais Cocteau Twins, le genre heavenly-voices a très vite été adopté par les membres du milieu. Se caractérisant par des musiques aériennes, organiques ou synthétiques, portées par des voix féminines, puissantes ou vaporeuses, il compte une multitude de formations oscillant entre références classiques et médiévales, sonorités pop, folk ou électroniques.

Dans un tout autre registre, la scène industrielle, apparue dans la deuxième moitié des années 1970 autour du groupe Throbbing Gristle et de son excentrique fondateur, Genesis P.-Orridge, gagnera aussi la faveur d’une partie du public gothique. Associant des expérimentations sonores déroutantes à un discours dénonçant « l’aliénation croissante des individus face à la technologie8 », les premiers groupes indus ont produit une matière musicale passablement subversive.

Également issu de la mouvance industrielle et ancien collaborateur de Genesis P.-Orridge, le Britannique David Tibet sera à l’origine, avec son projet musical Current 93, du dark-folk ou neo-folk. Comme ces dénominations l’indiquent, le genre tire une partie de son inspiration de la tradition folk et incorpore des motifs folkloriques ou médiévaux aussi bien que des éléments industriels. À quelques exceptions près, dont David Tibet lui-même, les musiciens dark-folk se distinguent par un discours célébrant la grandeur d’une Europe préchrétienne souvent mythifiée et par une critique virulente du monde moderne.

Dans les années 1980 et surtout 1990, le metal, forme radicalisée du rock où prédominent « guitares électriques et sons saturés9 », a pénétré l’univers gothique en empruntant des voies inédites. Sa rencontre avec l’indus, d’abord, a accouché de groupes incontournables en soirée goth, comme Nine Inch Nails, Marilyn Manson et Rammstein. De son couplage avec l’imagerie et le style gothiques, ensuite, est né le gothic-metal, expression générique recouvrant des formations évoluant dans des registres très dissemblables.

Les années 1990 ont enfin vu l’arrivée massive de musiques électroniques teintées d’indus (electronic body music avec Daf, Front 242, Skinny Puppy, Front Line Assembly ; electro-dark avec Suicide Commando, Wumpscut, Velvet Acid Christ), de pop (And One, Wolfsheim), d’indus, de pop et de techno tout à la fois (future-pop avec Apoptygma Berzerk, Covenant, Vnv Nation) et parfois empreintes d’une théâtralité proprement gothique (dark-wave allemande avec Das Ich, Goethes Erben, Project Pitchfork, Deine Lakaien).

La culture gothique ne s’est cependant jamais limitée à l’agrégat plus ou moins cohérent de diverses scènes musicales. D’emblée, ses acteurs sont allés puiser références et images dans le septième art. Si l’esprit du déjanté The Rocky Horror Picture Show (Jim Sharman, 1975) a déteint sur les soirées Batcave, nombreux furent aussi les groupes et leurs fans à emprunter le style vestimentaire, l’allure, la coiffure ou le maquillage de personnages du cinéma horrifique. Particulièrement marquants à cet égard ont été les films expressionnistes allemands des années 1920 et les réalisations des studios Universal, Aip et Hammer, dans lesquelles se sont illustrés Bela Lugosi, Vincent Price ou Christopher Lee. Du côté féminin, Ingrid Pitt, Barbara Steele et les présentatrices de télévision Maila Nurmi (alias Vampira) et Cassandra Peterson (Elvira) ont fourni aux goths leurs premiers canons de beauté.

À ces œuvres séminales s’ajoutent, au panthéon du cinéma « gothique », les longs-métrages de Dario Argento, Les prédateurs10 de Tony Scott (1987), Génération perdue de Joël Schumacher (1987), Dracula de Francis Ford Coppola (1992), The Crow (1994) et Dark City (1998) d’Alex Proyas, Entretien avec un vampire de Neil Jordan (1994) ou les œuvres les plus sombres de David Lynch (Eraserhead, en 1976, Lost Highway11, en 1997). Mais le cinéaste le plus proche de l’univers gothique, celui qui suscite en son sein l’admiration la plus communément partagée, reste, sans conteste, Tim Burton. Les cadres à la fois oniriques et ténébreux de ses films12, ses personnages bizarres et émouvants, ses histoires hésitant entre satire et conte de fée s’accordent parfaitement à l’esthétique et à la sensibilité cultivées par les membres du milieu.

Très tôt également, ceux qui allaient se trouver désignés par l’épithète « gothique » ont associé à leurs dispositions musicales une attirance pour les littératures sombres, inquiétantes ou fantastiques faisant écho aux textes et aux ambiances de leurs groupes favoris. Avec son cortège de personnages tourmentés et de paysages désolés, le roman gothique anglais, d’où émergent les figures de Horace Walpole (1717-1797), William Beckford (1760-1844), Ann Radcliffe (1764-1823), Matthew Gregory Lewis (1775-1818) et Charles Robert Maturin (1782-1824), devait nécessairement meubler leurs bibliothèques. Tout comme les œuvres de Mary Shelley (Frankenstein, 1818), Sheridan Le Fanu (Carmilla, 1872) et Bram Stoker (Dracula, 1897), qui ont abondamment nourri le cinéma fantastique et l’imaginaire gothique.

Chez les romantiques, Victor Hugo et Gérard de Nerval en tête, les goths ont trouvé un support idéal à leur amour du rêve et des temps immémoriaux, leur fascination pour la mort et la nuit, la mélancolie et le mystère, leur aversion pour l’ordre établi et la corruption des temps présents. Sur ces derniers points, l’esprit décadent des textes d’Oscar Wilde et de Charles Baudelaire, leur raffinement et leur lucidité désabusée, constituent des modèles fréquemment cités. Parmi les références essentielles du milieu s’ajoutent encore, pour les xviiie et xixe siècles, les œuvres irrévérencieuses de Sade et de Lautréamont ainsi que les écrits noirs et fantastiques d’Edgar Allan Poe.

Pour le xxe siècle, la préférence des gothiques va en général au fantastique et singulièrement aux œuvres de Howard Phillips Lovecraft, Clive Barker, Terry Pratchett ou Neil Gaiman. Deux Américaines peuvent également se targuer d’un large engouement de leur part. Auteur du roman Entretien avec un vampire (1976), Anne Rice a ranimé l’archétype du vampire dandy en le colorant d’une élégance victorienne et d’une charge sensuelle redoublées. Créatrice de récits profondément macabres et hautement érotisés, Poppy Z. Brite a l’éminente particularité d’être elle-même issue du milieu gothique.

Au gré des influences et des évolutions diverses qui ont marqué le milieu depuis le début des années 1980, les styles vestimentaires n’ont cessé de s’y renouveler. Certes, il est demeuré au long des années quelques invariants. Chaussures à semelles épaisses, longs manteaux de cuir, bracelets et colliers cloutés, bagues et pendentifs argentés constituent la panoplie sommaire du style gothique le plus habituel. L’usage du noir, non seulement couleur du deuil et de la nuit, mais aussi marque d’une certaine forme d’aristocratie et de distance vis-à-vis de la société et de ses modes13, est demeuré prépondérant. Considérés comme « nobles », le blanc, le violet/mauve et le rouge/pourpre, apparaissent aussi fréquemment dans la garde-robe gothique, féminine en particulier.

Le look des premiers temps, baptisé post-punk puis batcave, n’était cependant qu’un dérivé de l’attitude vestimentaire et capillaire punk, privilégiant le cuir et la résille, les coiffures rebelles et les pointes métalliques. Le cinéma, la littérature et surtout les leaders de certains groupes, comme Dave Vanian des Damned, ont ensuite conduit à un style dit « romantique ». Capes, redingotes, chemises à jabot et cannes à pommeau pour les garçons, robes et corsets victoriens pour les filles, se sont alors imposés. Le look « vampire14 », qui en dérive, continue d’avoir ses amateurs, du fait des productions cinématographiques et littéraires qui l’ont constamment remis au goût du jour.

Dans les années 1990, le déferlement de musiques électroniques a favorisé la diffusion des styles fetish et cyberpunk. Le premier, qui s’inspire de l’imagerie sado-masochiste, avait déjà été utilisé par les punks en forme de provocation contre les mœurs bourgeoises15. Arborant de préférence des tenues androgynes en vinyle, en latex ou en cuir, les adeptes de cette tendance usent volontiers de modifications corporelles comme le tatouage, le piercing, la scarification, voire le branding (marquage au fer rouge) et les implants sous-cutanés16. Le second, influencé par les romans de William Gibson et Bruce Sterling, fait une place bien plus large aux couleurs et encourage toutes les formes d’extravagance futuriste.

En gagnant le milieu gothique, d’autres scènes musicales y ont introduit leurs styles vestimentaires spécifiques : médiéval pour l’heavenly-voices, viril voire militariste pour l’indus et le dark-folk. Dernier arrivé, le style gothic-lolita est un « savant mélange de costumes victoriens, de vêtements de poupées et de mode gothique17 », à la fois enfantin et sexy. Surtout prisé des jeunes filles, il est lié au visual kei ou visual rock, un genre musical né au début des années 1980 au Japon, dont les acteurs ont la particularité d’user de maquillages et de travestissements outranciers.

Les plus communs de ces différents styles (batcave, romantique, fetish, cyberpunk) ont inspiré des créateurs de mode comme Jean-Paul Gaultier et Riccardo Tisci18. Ils ont également imprégné les personnages de l’illustrateur Dave McKean, ceux de films comme The Crow, Blair Witch 2 (Joe Berlinger, 2000) et Underworld (Len Wiseman, 2002), ou des séries télévisées Buffy contre les vampires, Angel et Ncis : Enquêtes spéciales. En retour, certaines de ces productions ont éveillé l’intérêt de nombreux jeunes pour la culture gothique et influé sur les choix vestimentaires des nouveaux arrivants dans le milieu.

Une identité, une appartenance, des rôles ?

En l’absence de données statistiques concernant la population gothique française, il paraît malaisé d’en établir un portrait sociologique précis. L’observation du milieu permet néanmoins d’affirmer, avec Antoine Durafour19, qu’il compte aujourd’hui quelques milliers de membres, pour la plupart issus des classes moyennes et supérieures, lycéens, étudiants ou actifs. Au cours de la dernière décennie, cette population s’est élargie et rajeunie, en partie grâce au succès de groupes assimilés à l’univers gothique, comme Marilyn Manson, Rammstein ou Evanescence20.

Dans la plupart des cas, c’est d’ailleurs par le biais de la musique que les adolescents viennent à cette culture. Les raisons qui président à ces choix sont difficiles à déterminer dans la mesure où elles tiennent de la psychologie individuelle, de l’histoire et des aspirations de chacun. Il semble toutefois clair qu’une sensibilité esthétique particulière, l’attrait pour une forme « noire » de romantisme et le désir de se démarquer y prédisposent. Souvent décrits comme individualistes et élitistes, les gothiques témoignent en effet, du moins dans le discours, d’un souci d’expression et de préservation de leur ipséité, revendiquant leur irréductibilité aux autres et, a fortiori, à la « masse » indistincte de ceux qui « suivent la norme ».

Dans la pratique, les jeunes gothiques, pour être reconnus comme tels, doivent cependant se conformer à des codes vestimentaires et des normes de comportement qui, malgré les mutations opérées par le milieu, demeurent relativement stricts. Loin d’être réellement problématique, ce paradoxe constitue un avantage pour l’adolescent engagé dans un processus d’individuation : la marginalité qu’il affiche lui permet d’affirmer son altérité, son autonomie dans la sphère familiale et « face à » la société (école, institutions, médias), de dire sa singularité tout en bénéficiant du sentiment de sécurité et des possibilités de socialisation qu’offre le groupe de pairs.

Non seulement le milieu gothique participe, de cette façon, à la construction de l’identité sociale mais, pour quelques-uns de ses membres, il offre aussi un cadre propice à la catharsis. En mettant en valeur les sentiments de mélancolie et de douleur, il peut certes prêter à la complaisance dans une certaine morbidité. Mais, en facilitant l’expression de mal-êtres, voire de traumatismes ailleurs réduits au silence, il est également susceptible d’aider les jeunes à identifier leurs maux, les mettre à distance et commencer à s’en libérer.

De même, les modifications corporelles, particulièrement courantes chez les gothiques, ne doivent pas être systématiquement perçues comme de simples objets de mode ou des formes d’automutilation. Outre leur fonction première, d’ordre esthétique, tatouages, piercings et scarifications peuvent constituer un équivalent moderne aux rites de passage. En le marquant et le transformant à sa guise, le jeune cherche alors à s’approprier pleinement son corps, à signifier son indépendance et son individualité. Dans le cas de personnes ayant été victimes d’abus physiques, donc dépossédées symboliquement de leur corps, cet enjeu prend une dimension capitale.

Cependant, loin de se réduire à un ensemble d’adolescents achevant leur socialisation, ce milieu témoigne de nos jours d’une extrême hétérogénéité. À l’amplitude des âges qui y est constatée s’ajoute la diversité des « mondes sociaux » et des « sphères d’activités21 » dans lesquels ses membres évoluent. De fait, ces derniers ne limitent pas, en général, leurs goûts artistiques aux œuvres « sombres » ni leurs cercles d’amis à la communauté gothique ou leurs activités sociales aux événements organisés en son sein. Cette pluralité des comportements et du degré d’investissement dans la communauté induit des discours et un sentiment d’appartenance variables selon les individus. Le sentiment d’adhésion au groupe et la conformation à ses codes sont ainsi particulièrement prégnants chez les jeunes. Avec l’âge, les gothiques ont tendance à développer, a contrario, un discours critique sur le milieu et à privilégier l’aspect musical et artistique de leur culture au détriment du look et des soirées, véritables « théâtres de la vie sociale22 » pour les plus jeunes.

L’arrivée sur le marché du travail entraîne d’ailleurs une césure décisive dans le rapport au milieu. Une partie de ses membres l’abandonne dès lors purement et simplement, tandis qu’une autre s’astreint à un style vestimentaire plus sobre et élimine les signes d’appartenance les plus stigmatisants, comme les piercings au visage, de manière à concilier engagement culturel et intérêts sociaux et professionnels. Une troisième catégorie, bien plus restreinte, élude ces difficultés en exerçant une activité compatible avec un look marqué (vente en boutique spécialisée, télétravail, etc.). Quoi qu’il en soit, les gothiques expriment pour la plupart le désir de trouver leur place dans la société, d’y être bien intégrés. « Et c’est ce qu’ils sont, généralement », selon A. Durafour23.

Dans leur rapport au religieux, les gothiques manifestent une même diversité d’attitudes. Contrairement à une idée répandue, très peu d’entre eux se réclament ou même se sentent proches du satanisme, bien davantage représenté dans la culture metal et dans sa marge extrême, le black-metal24. Même si le défunt Anton Szandor LaVey, fondateur de l’Église de Satan, bénéficie d’une certaine bienveillance au sein du milieu, en raison de son image subversive et de sa doctrine individualiste, ses théories violemment anti-humanistes et anti-égalitaires25 vont à l’encontre des valeurs qui y sont habituellement défendues.

Satan lui-même est avant tout conçu par les goths comme une personnification du dépassement des interdits et des tabous, de la négation de l’autorité, de l’aspiration à la toute-puissance. Cette idée, qui peut être au centre d’un modèle adolescent d’identification à Satan26, révèle une fidélité de la culture gothique à la tradition du satanisme romantique annoncée par le Paradis perdu de John Milton et célébrée par Baudelaire dans ses Litanies de Satan.

Le port de la croix de saint Pierre, rebaptisée « croix renversée », ne doit d’ailleurs pas seulement être entendu comme le signe d’un rejet du christianisme et encore moins d’une adhésion au satanisme mais, surtout, comme l’emblème d’une opposition aux valeurs censées dominer la société. De même, l’étoile à cinq branches, ou pentacle, peut aussi bien être utilisée comme figuration du Malin que comme symbole de protection à connotation païenne.

Le plus souvent, la défiance des goths à l’égard des institutions, y compris religieuses, les conduit en fait à un agnosticisme ouvert sur une spiritualité plus ou moins consciente et définie. Cette posture se traduit par la surabondance, dans le milieu, d’une symbolique et d’une iconographie chrétiennes vidées de leur sens, un goût prononcé pour les mythes anciens et l’ésotérisme ainsi qu’une attirance pour des formes alternatives de religiosité.

S’il existe en effet des gothiques chrétiens, juifs ou musulmans, plus nombreux sont ceux qui s’intéressent au paganisme, celte ou germano-scandinave, au chamanisme ou au bouddhisme. Les principes syncrétiques de la Wicca, mouvement de néo-sorcellerie fondé en Grande-Bretagne dans les années 1930, séduisent également une partie d’entre eux. Mais leur suspicion à l’égard d’organisations potentiellement aliénantes les tient en général à distance des groupes religieux et parareligieux.

Sur le plan politique, les gothiques sont également rétifs à toute affiliation partisane et défendent l’apolitisme de leur milieu. En majorité, ils adhèrent néanmoins à des valeurs associées aux différentes composantes de la gauche, classique ou extrême. Les idéaux de tolérance, d’égalité sociale, de solidarité, le libéralisme culturel et le rejet de l’autorité se conjuguent chez eux avec un refus du libéralisme économique et de la « mondialisation marchande ». En somme, leurs positionnements sur ces thèmes ne les différencient guère du reste des jeunes.

Malgré l’antiracisme que ses membres ont coutume d’afficher, la communauté gothique est pourtant soupçonnée par certains auteurs, comme Paul Ariès27, d’être infiltrée par l’extrême droite et de constituer un terrain propice à la diffusion d’idées « dangereuses » auprès d’une jeunesse « désorientée ». Ces craintes ont pu naître d’une confusion avec le milieu black-metal, dont certains éléments se réclament explicitement du national-socialisme. Elles se sont aussi appuyées sur les attitudes et les discours de groupes industriels et, surtout, dark-folk, usant et abusant de l’esthétique et des symboles totalitaires. Les formations Whitehouse, Grey Wolves, Non, Laibach, Der Blutharsch ou Von Thronstahl, qui fournissent en la matière les exemples les plus notables, se sont du reste attiré les foudres des militants antifascistes et ont, parfois, été empêchés de se produire sur scène.

Les éventuelles motivations politiques de ces groupes sont d’autant plus difficiles à cerner, cependant, qu’ils font preuve d’un sens con -sommé de la provocation et entourent leur démarche d’une ambiguïté dont ils se départissent rarement. Par leurs positions claires et tranchées, le sataniste et darwiniste social Boyd Rice de Non, l’odiniste28 Ian Read de Fire & Ice, et les ethno-communautaristes Andrea Haugen de Hagalaz Runedance, et Michael Moynihan de Blood Axis, font à cet égard figure d’exceptions29.

Il est d’autre part des formations industrielles, comme Test Dept, Einstürzende Neubauten ou Militia30, qui se situent ostensiblement à gauche, voire à l’extrême gauche, et des artistes classés dans la catégorie dark-folk qui se refusent à afficher de quelconques dispositions politiques, à l’image des Français d’Oraison, du Canadien Joseph Budenholzer de Backworld, ou de Current 93.

Précisons enfin que l’indus et le dark-folk sont des genres confidentiels par excellence et que leur public, déjà restreint, ne compte qu’un nombre limité de goths. Si la possibilité d’une contamination idéologique par leur biais ne paraît pas inenvisageable, ce risque semble donc réduit dans le milieu gothique et ne justifie pas, en tout cas, l’alarmisme de certains discours.

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Antoine Durafour note avec justesse que « l’attirance pour le morbide fait partie de chaque être humain » et que « l’univers gothique cristallise une certaine partie de la pensée populaire31 ». De fait, la sensibilité dont la culture gothique constitue aujourd’hui l’expression la plus visible n’est ni nouvelle ni exclusive aux jeunes qui s’en réclament. La mort, la passion et la mélancolie, la tentation de la transgression et de la rébellion, l’aspiration à un ailleurs, réel ou imaginaire, sont parmi les thèmes les plus féconds de la littérature et des arts.

En élaborant, à partir d’eux, un espace social original, avec ses codes, ses références, ses événements et ses réseaux, les goths se sont dotés d’un univers d’une indéniable richesse et d’une étonnante diversité. Produit de la modernité postindustrielle au même titre que les subcultures rap, techno ou reggae, ce milieu leur permet de se situer dans la société et face à elle, de construire leur individualité et de s’affirmer dans la collectivité.

Bien sûr, la part de morbidité et de théâtralité que porte cette culture peut, dans certains cas, favoriser des excès. Mais ces derniers restent marginaux au regard d’une population généralement bien intégrée. Il serait donc injuste de ne penser le « phénomène » gothique qu’à travers des faits divers isolés ou des observations partielles et, partant, de ne voir en lui qu’une source de dangers pour une jeunesse en manque de repères. Véritable mode d’inscription dans les champs social et culturel, il doit être embrassé dans sa complexité, ses réalités diverses et changeantes.

Lexique.

Batcave (« Caverne aux chauves-souris ») – Nom donné à des soirées underground organisées au début des années 1980 à Londres, dont la décoration s’inspirait en partie de films d’horreur. Le terme a, par la suite, servi à catégoriser la musique de certains groupes gothiques britanniques et, par extension, le style vestimentaire distinctif de leurs fans.

Dark-folk (« Folk sombre ») – Imprégné des œuvres d’artistes folk comme Shirley Collins, Tiny Tim ou The Incredible String Band, David Michael Bunting, alias David Tibet, a fait passer, dans la seconde moitié des années 1980, ses compositions de textures industrielles, volontiers bruitistes et rituelles, à des sonorités acoustiques, de plus en plus mélodieuses et dépouillées. Dès lors qualifiée de « folk apocalyptique », en raison de ses obsessions eschatologiques et millénaristes, son œuvre a contribué à l’orientation des Britanniques Douglas Pearce, leader de Death in June, et de Tony Wakeford de Sol Invictus. Anciens membres de la formation punk Crisis, l’un comme l’autre ont, à leur tour, influencé quantité de groupes aujourd’hui rangés sous les bannières dark-folk, neo-folk, apocalyptic-folk ou folk-noir, plus ou moins synonymes. Bien qu’ils empruntent à des styles extrêmement divers, les acteurs de cette scène, dont la guitare sèche reste l’instrument emblématique, citent souvent, parmi leurs références musicales, des légendes du folk tels Scott Walker, Nick Drake et Leonard Cohen.

Électronique – Ensemble de musiques caractérisées par l’usage de boucles rythmiques, d’échantillons sonores (samples) et de séquences instrumentales produits à l’aide de matériel électronique (synthétiseurs, boîtes à rythmes, séquenceurs, trackers et autres programmes informatiques). Des techniques, préfigurées par la musique « concrète » de Pierre Henry, qui se sont illustrées au travers d’une multitude de genres, comme la house, la techno, l’ambient, la dance, l’acid jazz ou le trip-hop. Ces différents styles se distinguent les uns des autres par les influences dont ils sont tributaires, leur tempo (déterminé par le nombre de pulsations par minute ou bpm, “beat per minute”), leurs structures propres, leurs instruments privilégiés et la place qu’ils accordent au chant et à la mélodie.

Gothique – À la fin des années 1970, les groupes post-punk anglais Siouxsie and the Banshees et Joy Division auraient été les premiers à voir leurs musiques qualifiées de « gothiques ». Employé dans un sens dérivé du cinéma d’horreur, l’adjectif renvoyait à une atmosphère résolument sombre, voire lugubre. Une acception forgée à la fin du xviiie siècle avec la diffusion des romans gothiques, dont l’intrigue avait généralement pour cadre des paysages de ruines et de vieilles bâtisses. Le succès de cette littérature est indissociable de l’engouement pour l’architecture néogothique, d’inspiration médiévale, qui a perduré en Grande-Bretagne jusqu’au milieu du xixe siècle.

Heavenly-Voices (« Voix célestes ») – Titre d’une série de cinq compilations éditées à la fin des années 1990 par le label allemand Hyperium, spécialisé dans les musiques aériennes accompagnées de capiteux chants féminins. Rapidement, l’expression a servi à désigner l’ensemble des formations alternatives, européennes ou américaines, répondant aux mêmes critères esthétiques. À leur propos, on parle également de fairy voices (« voix de fées ») et, aux États-Unis surtout, d’ethereal music (« musique éthérée »).

Industriel – L’entrée de cet adjectif dans le vocabulaire musical remonte à 1976, date à laquelle les membres du groupe britannique Throbbing Gristle ont fondé une maison de disques ironiquement baptisée Industrial Records. Par là, ils entendaient singer et stigmatiser le mercantilisme affectant la création musicale dans les sociétés modernes. Soulignant cette démarche, le musicien et performer américain Monte Cazazza proposera d’ailleurs à son ami Neil Meigson, alias Genesis P.-Orridge, le slogan « de la musique industrielle pour des gens industriels » (“industrial music for industrial people”). Dès lors, les groupes produits par Industrial Records ou évoluant dans un registre similaire seront qualifiés d’industriels par la presse et le public. D’abord réticents, les artistes concernés adopteront définitivement cette étiquette au milieu des années 1980.

Metal – Terme anglo-saxon désignant les formes les plus agressives du rock. Son origine se trouve dans la formule heavy metal (métal lourd), usitée dans les domaines de la chimie, de la métallurgie et de l’armement. Utilisée à diverses occasions par le romancier William S. Burroughs, elle a été reprise en 1968 par le groupe Steppenwolf dans la chanson Born to be wild et, la même année, par le critique rock américain Lester Bangs à propos d’un concert de Motor City Five. Par la suite employée au sujet du guitariste Jimi Hendrix et de Blue Oyster Cult, elle est devenue, dans les années 1970, le nom d’un genre musical composé de formations de l’acabit de Led Zeppelin et Black Sabbath. Au cours des années 1980-1990, une multitude de branches naîtront de ce tronc heavy metal et constitueront un vaste ensemble réuni sous le vocable metal. En France, cette dernière appellation ne supplantera l’expression hard-rock, qui lui était jusque-là préférée, que dans les années 1990.

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    Journaliste indépendant, collaborateur de divers périodiques, dont Témoignage chrétien, La Vie et Faim développement magazine.

  • 1.

    Référence paradoxale à l’actrice glamour Marilyn Monroe et au criminel gourou Charles Manson, Marilyn Manson est à la fois le pseudonyme du chanteur américain Brian Hugh Warner et le nom de son groupe. L’important succès dont l’artiste jouit, depuis une dizaine d’années, auprès des adolescents américains et européens tient non seulement à un indéniable savoir-faire musical et scénique mais aussi à un art éprouvé de la provocation. Associant un style de dandy androgyne à une imagerie volontairement malsaine, il a suscité l’hostilité des milieux conservateurs outre-Atlantique en dénonçant l’hypocrisie morale de la société américaine et en s’en prenant brutalement à la foi chrétienne. La violence de ses textes et de ses propos sur scène lui a, du reste, valu d’être pointé du doigt après la tuerie du lycée Columbine. Reprise par Michael Moore dans Bowling for Columbine (2002), la thèse selon laquelle son œuvre aurait influencé les auteurs du massacre a cependant été contestée. Notons que s’il s’est imposé, pour le profane, comme la figure de proue du milieu gothique, Marilyn Manson fait l’objet de continuels débats en son sein, son intégrité artistique et sa « gothitude » y étant souvent mises en cause.

  • 2.

    Témoin cité par Reuters (14 septembre 2006, 7 h 34).

  • 3.

    http://www.miviludes.gouv.fr/IMG/pdf/RAPPORT_MIVILUDES_2004.pdf. La Miviludes, dans un ré cent ouvrage, précise cependant que « seule une infime minorité d’auditeurs de musique metal et d’adeptes de la culture gothic commettent des délits ou des crimes dits “sataniques” comme, par exemple, les profanations de tombes (le Satanisme. Un risque de dérive sectaire, Paris, La Documentation française, 2006, p. 65).

  • 4.

    Durant l’année écoulée, TF1, France 3, France 5, Canal Plus, M6, Public Sénat, France Culture, Rfi, France Inter, Europe 1, La Croix, La Vie, Le Monde des religions, L’Express, Le Point, Le Figaro ou encore Métro ont abordé, chacun à sa manière, le phénomène.

  • 5.

    En France, deux bimestriels couvrent, en particulier, l’actualité des « cultures sombres » : Elegy et D-Side.

  • 6.

    Voir le lexique infra p. 110-111.

  • 7.

    La presse spécialisée utilisera pour définir leurs styles diverses appellations : post-punk, cold-wave, batcave, goth-rock ou encore new-wave. Le terme death-rock sera, lui, réservé à la scène gothique américaine dont le groupe Christian Death demeure la figure historique majeure.

  • 8.

    Stéphane François, « The gods looked down : la musique industrielle et le paganisme », Sociétés, no 88, consacré à « La religion metal », 2e trimestre 2005, Bruxelles, De Boeck, p. 112-113.

  • 9.

    Alexis Mombelet et Nicolas Walzer, « Présentation », Sociétés, no 88, p. 8.

  • 10.

    Peter Murphy, chanteur du groupe goth-rock Bauhaus, apparaît dans la scène d’ouverture de ce film.

  • 11.

    La bande originale de Lost Highway comprend des morceaux de Marilyn Manson, de Rammstein et Trent Reznor, de Nine Inch Nails, ainsi qu’une chanson interprétée par Elizabeth Frazer et Robin Guthrie des Cocteau Twins. Le chanteur Marilyn Manson et son bassiste de l’époque, Twiggy Ramirez, font en outre une rapide apparition dans le film.

  • 12.

    En particulier Vincent (1982), Frankenweenie (1984), Beetlejuice (1988), Batman, le défi (1991), Edward aux mains d’argent (1990), Sleepy Hollow (1999), Les noces funèbres (réalisé avec Mike Johnson, 2005) et L’étrange Noël de M. Jack, dont il a confié la réalisation à Henry Selick (1994).

  • 13.

    Gavin Baddeley, Gothic, la culture des ténèbres, Paris, Denoël, coll. « X-trême », 2004, p. 252-253.

  • 14.

    Ce style ne s’accompagne pas forcément des déviances « vampiriques » décrites par Paul Ariès dans Satanisme et vampirisme. Le livre noir (Villeurbanne, Golias, 2004, p. 307-324) et Christophe Bourseiller dans les Forcenés du désir (Paris, Denoël, coll. « Impacts », 2000, p. 43-49).

  • 15.

    Voir Philippe Rigaut, « Syncrétisme stylistique et unité thématique dans les subcultures Dark et Fetish. Observations transversales », Sociétés, no 88, p. 125-133.

  • 16.

    Le branding et les implants sous-cutanés sont surtout pratiqués aux États-Unis.

  • 17.

    Alyz Tale, « Les goths aujourd’hui », dans Goth. Le romantisme noir de Baudelaire à Marilyn Manson, ouvrage dirigé par Patrick Eudeline, Paris, Scali, 2005, p. 130-141.

  • 18.

    Carine Bizet, « Le gothique s’embourgeoise », Le Figaro, 25 octobre 2005.

  • 19.

    Antoine Durafour, le Milieu gothique. Sa construction sociale à travers la dimension esthétique, Paris, Le Manuscrit, 2006, p. 14.

  • 20.

    Publié en 2003, l’album Fallen, d’Evanescence, s’est vendu à plus de 12 millions d’exemplaires dans le monde. Un succès dû, en grande partie, à la participation du groupe à la bande originale du film Daredevil (Mark Steven Johnson, 2002).

  • 21.

    A. Durafour, le Milieu gothique…, op. cit., p. 14.

  • 22.

    A. Durafour, le Milieu gothique…, op. cit., p. 113.

  • 23.

    Ibid., p. 165.

  • 24.

    Voir Michael Moynihan et Didrik Søderlind, Black Metal satanique. Les Seigneurs du chaos, Rosières-en-Haye, Camion Blanc, 2005, 525 p. Voir aussi Alexis Mombelet, « La blandice de Satan. Les satanismes dans le metal », Sociétés, no 88, p. 137-145.

  • 25.

    Voir A. S. LaVey, la Bible satanique, trad. fr. de The Satanic Bible (New York, 1969) par Sébastien Raizer, Rosières-en-Haye, Camion Noir, 2006, 319 p.

  • 26.

    Christophe Allanic, « Adolescence et attirance pour le satanisme », Bulles, no 74, 2e trimestre 2002, p. 17-22.

  • 27.

    Interrogé dans le cadre d’un reportage télévisé, il déclare : « Cette scène gothique, qui appartient au départ à la contre-culture libertaire, est de plus en plus manipulée, de plus en plus infiltrée par des milieux qui appartiennent à l’extrême droite la plus idéologique » (« Faut-il avoir peur des gothiques ? », Journal de 20 heures, TF1, 26 novembre 2005).

  • 28.

    L’odinisme est l’un des noms donnés à une forme de néopaganisme inspiré de la religion des anciens Scandinaves.

  • 29.

    S. François, « The gods looked down : la musique industrielle et le paganisme », art. cité, p. 117-122.

  • 30.

    Le groupe belge Militia a synthétisé sa propre doctrine, mélange d’écologisme radical et d’anarchisme, dans un « manifeste » publié en 2003 (Eco-Anarchic Manifesto, Malignant Records, Baltimore, et Tactical Recordings, Weissenhorn, Allemagne).

  • 31.

    A. Durafour, le Milieu gothique…, op. cit., p. 196.