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Philippe Descola : Humain, trop humain

Notre rapport à la nature a atteint un point de rupture qui requiert une manière responsable d’habiter la Terre. L’anthropologie peut nous apprendre à considérer les milieux de vie comme titulaires de droits, dont les hommes ne seraient que les mandataires, et à leur accorder une représentation politique.

Dans une lettre à Schiller, Alexandre de Humboldt définissait l’objet de sa recherche comme l’étude de « l’habitabilité progressive de la surface du globe », qu’il entendait comme la façon dont les humains avaient peu à peu transformé leurs environnements pour les plier à leurs usages et former des écosystèmes au sein desquels ils étaient devenus des forces décisives1. S’il voyait la Terre comme un grand organisme vivant où tout est connecté, anticipant ainsi l’hypothèse Gaïa de Lovelock, il était clair aussi pour lui que les hommes étaient partie prenante de cet organisme et que, de ce fait, l’histoire naturelle de l’homme était inséparable de l’histoire humaine de la nature.

Pourtant, deux siècles plus tard, la question qui se pose avec urgence est : comment avons-nous enclenché un pro

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Philippe Descola

Anthropologue, élève de Claude Lévi-Strauss, ses recherches portent des populations d'Amérique latine. Développant dans ses ouvrages une critique du dualisme entre nature et culture, il est titulaire depuis 2000 de la chaire d'Anthropologie de la nature au Collège de France.

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A l’occasion de la Cop21, la revue Esprit se demande comment les sciences humaines élaborent de nouveaux outils conceptuels pour habiter la Terre de manière responsable. Le dossier réunit les contributions de Philippe Descola, Dale Jamieson, Pierre Charbonnier et Catherine Larrère, ainsi qu’une table ronde composée de savants et de politiques.