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Bancs avec des barreaux pour éviter de s’allonger. Herzi Pinki via Wikimédia
Bancs avec des barreaux pour éviter de s'allonger. Herzi Pinki via Wikimédia
Dans le même numéro

Le prix de l’ordre. Droits et marginalité dans les lieux publics

L’ordre public est garanti au prix d’une inégalité injustifiable : l’exclusion des sans-abri, consommateurs de drogues, prostitués et migrants, considérés comme des fléaux sociaux contre lesquels la société doit se défendre. On pourrait pourtant imaginer des contrôles de l’action policière.

Les rues, les parcs et les places publics sont cruciaux pour la réalisation de nos libertés politiques, sociales, économiques ou personnelles. Nous utilisons ces lieux publics pour nous réunir et manifester nos idées, pour aller au travail ou dans un commerce, pour nous distraire ou y rencontrer nos amis. Or l’exercice de ces libertés ne peut échapper à une forme de désordre : les allées et venues peuvent être anarchiques, le commerce bruyant ou les manifestations chaotiques. Le rôle de l’État est alors de garantir un ordre qui permette de concrétiser nos libertés et de concilier l’exercice de nos droits entre eux1.

Pour y parvenir, une stratégie – ancienne et récurrente2 – consiste à établir des restrictions visant la présence et le comportement de certains groupes. Les sans-abris, les mendiants, les consommateurs de drogues, les migrants, les prostitués sont écartés des lieux publics pour y maintenir l’ordre. Cette exclusion s’appuie sur le pouvoir discrétionnaire confié aux autorités de police pour lutter contre ces populations marginales, perçues comme une menace pour l’ordre social. L’ordre public est ainsi garanti au prix d’une inégalité injustifiable.

Pouvoir discrétionnaire et marginaux

La gestion des populations marginales par les forces de l’ordre n’est pas entièrement libre. Des garde-fous ont été créés po

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Pierre Auriel

Docteur en droit public et chercheur postdoctoral dans le cadre du programme ANR « Egalibex », Pierre Auriel est notamment l’auteur de L’équivalence des protections des droits fondamentaux dans l’Union européenne (Bruylant, 2020).

Dans le même numéro

Patrimoines contestés

Depuis la vague de déboulonnage des statues qui a suivi l’assassinat de George Floyd, en mai 2020, la mémoire et le patrimoine sont redevenus, de manière toujours plus évidente, des terrains de contestation politique. Inscrire ces appropriations de l’espace urbain dans un contexte élargi permet d’en comprendre plus précisément la portée : des manifestations moins médiatisées, comme l’arrachement de la statue d’un empereur éthiopien en Grande-Bretagne, ou touchant à des strates d’histoire inattendues, comme la gestion de la statuaire soviétique, participent d’une même volonté de contester un ordre en dégradant ses symboles. Alors qu’une immense statue célébrant l’amitié russo-ukrainienne vient d’être démontée à Kiev, le dossier de ce numéro, coordonné par Anne Lafont, choisit de prendre au sérieux cette nouvelle forme de contestation, et montre que les rapports souvent passionnés que les sociétés entretiennent avec leur patrimoine ne sont jamais sans lien avec leur expérience du conflit. À lire aussi dans ce numéro : l’histoire, oubli de l’inconscient ?, le prix de l’ordre, pour une histoire européenne, les femmes dans l’Église, les réfugiés d’Ukraine et nos mélancolies secrètes.