Pierre Rosanvallon, crédits EHESS
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Le style intellectuel de Claude Lefort. Entretien avec Pierre Rosanvallon

Propos recueillis par Justine Lacroix et Antoine Garapon

Par sa critique du totalitarisme comme pathologie interne à la démocratie, Claude Lefort a été une ressource pour la deuxième gauche. Plus sensible à l’histoire sociale, Pierre Rosanvallon raconte leur itinéraire commun et explique que l’œuvre de Lefort permet de penser le populisme contemporain.

Vous avez bien connu Claude Lefort. Pourriez-vous revenir sur votre rencontre et les étapes de votre compagnonnage intellectuel ?

Le premier livre sur la couverture duquel était mentionné le nom de Claude Lefort a été pour moi l’ouvrage collectif Mai 68. La Brèche[1]. Mais à l’époque, c’était le nom d’Edgar Morin qui irradiait car il était, avec Michel de Certeau, l’un des interprètes les plus éloquents du mouvement de 1968. Castoriadis figurait, lui, sous un pseudonyme. Quant au nom de Lefort, il n’avait pas été spécialement remarqué à ce moment-là. Un peu plus tard, c’est la parution de son livre sur Machiavel[2] qui a été une découverte pour moi.

J’étais alors permanent à la Cfdt et j’avais commencé à réfléchir à ce qui me semblait une question essentielle, l’entropie démocratique. Le grand mot d’ordre de 1968, ou des années 1960 plus largement, était la redécouverte de la démocratie, l’invention de l’autonomie, la mise en œuvre du collectif. Mais nombre d’expériences en ce sens finissaient par se retourner co

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Pierre Rosanvallon

Professeur d'histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France, il vient de publier Notre histoire intellectuelle et politique. 1968-2018 (Seuil, 2018).

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Largement sous-estimée, l’œuvre de Claude Lefort porte pourtant une exigence de démocratie radicale, considère le totalitarisme comme une possibilité permanente de la modernité et élabore une politique de droits de l’homme social. Selon Justine Lacroix et Michaël Fœssel, qui coordonnent le dossier, ces aspects permettent de penser les inquiétudes démocratiques contemporaines. À lire aussi dans ce numéro : un droit à la vérité dans les sorties de conflit, Paul Virilio et l’architecture après le bunker, la religion civile en Chine, les voyages de Sergio Pitol, l’écologie de Debra Granik et le temps de l’exil selon Rithy Panh.