Paul Virilio, la dernière frontière
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Paul Virilio, la dernière frontière

Paul Virilio s’est éteint le 10 septembre 2018, à l’âge de 86 ans. En septembre 1943, alors qu’il n’a que 11 ans, les bombardements alliés s’abattent sur la ville de Nantes. Cette expérience suscite chez lui une inquiétude philosophique concernant la guerre moderne fondée sur la technique, la vitesse de destruction et la fragilité du monde urbain. Paul Virilio est devenu penseur des forces de l’espace urbain.

Dans ce dossier qui rassemble une partie de ses articles publiés dans Esprit (il a été membre du comité de rédaction de 1969 à 1977), il évoque d’abord les villes sous l’emprise d’un pouvoir qui y impose ses règles tantôt hygiénistes, tantôt sécuritaires dans le but de mieux réguler les hommes (« L’idéologie sanitaire », octobre 1969 et « Le jugement premier », avril-mai 1972).

Fortement marqué par la Seconde Guerre mondiale, Paul Virilio est revenu sur cette expérience tant dans ses écrits que dans son travail architectural. Son travail avec Claude Parent sur l’église Sainte-Bernadette du Belay, érigée en 1966, en est le meilleur exemple. En 1975, il consacre aux blockhaus du mur de l’Atlantique un essai doublé d’une exposition au Musée des arts décoratifs – Bunker archéologie (Galilée, 1975). Dans le même temps, il s’intéresse à l’équilibre de la terreur des années 1970 et à ce que la peur de la bombe atomique révèle de nos démocraties occidentales (« Moralité de la fin », mai 1973 et « L’évangile nucléaire », avril 1974).

L’assurance d’une destruction nucléaire est pour Virilio l’acte fondateur d’un effacement progressif des frontières que la mondialisation et les nouvelles technologies de l’information et de la communication vont accentuer. Il se fait alors penseur de l’accélération du monde, aussi appelée « dromologie ». Depuis Vitesse et politique. Essai de dromologie (Galilée, 1977), il constate les dégâts de la vitesse engendrée par notre monde globalisé et les avancées technologiques de l’instantanéité, une fausse proximité entre les hommes. Il évoque alors l’effacement de la géographie et de l’histoire sous l’impulsion des « progrès » techniques (« Les illusions du temps zéro », janvier 2000).

Paul Virilio se défend pourtant de tout pessimisme. Dans un entretien accordé à Jean-Louis Violeau en décembre 2010 (« Le littoral, la dernière frontière », décembre 2010), il écrit : « Je n’annonce pas le désastre et je suis au contraire très excité par ce qui arrive. »

15 octobre 2018  -  Après le bunker. Paul Virilio (1932-2018)
décembre 2010  -  Le littoral, la dernière frontière (entretien)
janvier 2000  -  Les illusions du temps zéro
avril 1974  -  L'évangile nucléaire
mai 1973  -  Moralité de la fin
avril/mai 1972  -  Le jugement premier
octobre 1969  -  L'idéologie sanitaire