La Ville insoutenable
Le titre de cet ouvrage peut prêter à confusion car il désigne moins la ville chaotique ou informelle que la transformation du monde rural provoquée par l’extension de l’urbain. Alors qu’une entité urbaine correspondait autrefois à une circonscription autonome qui cherchait à intégrer l’espace rural qui l’entourait, le rapport s’est désormais inversé si bien que la campagne est aujourd’hui un espace que l’urbanisation vient occuper pour échapper aux « vices » de la ville-centre. Hier, selon un mouvement centripète, la ville intégrait son environnement rural en l’aspirant, aujourd’hui, dans un mouvement centrifuge, elle le désintègre en se projetant à l’extérieur. L’urbanisation contemporaine s’exerce aux dépens de la campagne qui n’est pas un espace vierge, ni pur, que l’on pourrait « retrouver » tout en bénéficiant des apports de l’urbain. Ce livre collectif est publié sous l’autorité de trois chercheurs qui se penchent sur ce phénomène dans des zones géographiques qu’ils connaissent bien : l’Amérique du Nord (Cynthia Ghorra-Gobin), l’Europe occidentale (Philippe Bonnin) et l’Asie orientale (Augustin Berque). Dans chaque cas de figure, des articles aux thèmes diversifiés (à côté d’approches historiques, on peut lire des articles portant sur l’urbain à l’heure du postfordisme) décrivent et interprètent le devenir simultané de la campagne et de la ville quand l’urbain veut continuer la ville à la campagne. Loin des visions heureuses et utopiques du « rurbain » – particulièrement apprécié dans l’Hexagone – qui correspond souvent à des zones constituées d’enclaves résidentielles, les auteurs insistent sur le caractère « insoutenable » de la ville quand elle prend possession de la campagne.
O. M.
O. M.