Ukraine
le réveil d’une nation
Fin 2013, on a vu, au centre de Kiev, des citoyens ukrainiens brandir ensemble leur drapeau national et le drapeau européen. Les occupants de Maïdan savaient bien que leur pays ne rejoindrait pas tout de suite l’Europe. Mais ils ne pouvaient pas renoncer à la perspective de renforcer les liens, notamment commerciaux, de leur pays avec l’espace occidental. Quand Viktor Ianoukovitch a dénoncé le projet d’accord d’association avec l’Union européenne, il a déclenché la révolte parce qu’il cédait à la volonté russe. Un bel exemple de concordance entre l’aspiration européenne et la défense de l’autonomie nationale ! L’Europe apparaît en effet ici comme un recours contre l’intense pression exercée par le grand voisin russe, qui a toujours considéré l’Ukraine comme un espace dont il devait contrôler la souveraineté, quitte à couper le gaz ou à susciter le chaos dans la région du Donbass. Journaliste à La Croix, Alain Guillemoles a longtemps été correspondant en Europe centrale et orientale. En partant du récit vivant des quelques semaines déterminantes de l’hiver 2013-2014, il fait le portrait historique, géographique, économique et culturel d’un pays qui a déjà échoué par deux fois, après l’indépendance de 1991 et après la révolution « orange » de 2004, à s’émanciper de la tutelle russe et de l’emprise des oligarques sur l’économie. Au passage, il contredit utilement la propagande ou les argumentaires russes sur les « terroristes fascistes » de Maïdan et sur l’absence d’unité du pays. L’Ukraine inquiète le pouvoir russe parce que la rue y a chassé l’autocrate affairiste qui la gouvernait. Mais avec l’annexion de la Crimée, Poutine a enfin obtenu une victoire territoriale qui consolide son pouvoir. À la jonction de l’Europe, qui doute d’elle-même, et de la Russie, qui cherche une revanche à l’après-1989, l’Ukraine doit aussi apprendre à se gouverner : les nouveaux militants issus de l’« Euromaïdan » sauront-ils enfin réformer leur pays ?
M.-O. P.