FACE À LA CRISE : L’URGENCE ÉCOLOGISTE


Écologiste militant depuis des années, ingénieur de formation, Alain Lipietz est aussi un analyste subtil et un pédagogue. Dans cet entretien, il propose une description des mécanismes de la crise qui a le mérite d’articuler les trois dimensions financière, sociale et écologique (« On a bien une crise sociale et écologique, débouchant sur une crise financière dont on pense, à la mi-2007, qu’elle ne va toucher que ces usuriers. C’est là qu’intervient la troisième différence capitale avec 1930, ce fait stupéfiant que tout est devenu titre financier, à savoir qu’on a affaire à des titres qui ne se distinguent plus du titre monétaire et changent la nature de l’acte de faire crédit »). Tout en analysant la spécificité de la crise financière, Lipietz montre bien que ses effets vont être ressentis au premier étage (structures de la vie quotidienne) et au deuxième étage (la production des biens de base) de la « civilisation matérielle du capitalisme » chère à Braudel : « La crise éclate au troisième étage, financier, mais ce qui se manifeste est bien plus profond. » Le livre vaut également par deux autres approches récurrentes. Tout d’abord il souligne l’affaiblissement de la prise en compte de la réalité dans toutes ses dimensions, ce qui le conduit, de manière inattendue, à viser les élites intellectuelles qui se sont complu, dit-il, à ne voir dans la réalité que des simulacres : « Il y a une tendance (dans le monde intellectuel) à la dématérialisation du réel, que l’on retrouve dans le divorce entre la valeur des titres et ce qu’ils représentent. Cette rupture est intervenue très tôt dans les années 70 ». Cet essai ne vise donc pas que la discipline économique, il s’en prend au socle intellectuel de la période. Ensuite, il fait écho à la question politique chère à Polanyi dans la Grande Transformation : « Quelle sera la réponse politique à la crise ? » Alors que Polanyi évoque le fascisme, le nazisme comme des réponses à la crise (déjà provoquée par l’utopie du « tout marché ») des années 1930 (à propos la pique, un passage éclair, contre Mounier aurait mérité explication plus sérieuse !) déjà issue de la croyance en l’utopie du marché, Lipietz s’interroge sur les droites contemporaines. En tout cas le souci de clarté de Lipietz fait de cet entretien fort bien conduit par Bertrand Richard une excellente entrée en matière pour qui veut comprendre un régime de croissance économique susceptible de répondre au triple défi de la finance, de l’emploi et des impératifs écologiques.

O. M.

Textuel, 2009
144 p. 16 €